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Le maire de Bamako (Mali),
Ibrahima N’Diaye, mise sur Internet pour accroître la participation démocratique
en Afrique. A travers la dernière génération des téléphones
portables.
Démocratie et Internet vont-ils de pair en Afrique?
Non, parce qu’Internet commence à peine à s’y implanter. Pour devenir
un outil de la démocratie, Internet doit d’abord être démocratisé!
Le réseau a déjà fait son entrée dans tous les pays,
mais 2% seulement de la population mondiale y ont accès. Dans la plupart des
pays africains, Internet est réservé à une élite, résidant
généralement dans les grandes villes. Pour étendre son utilisation,
nous avons besoin du soutien des pays industrialisés.
Qu’attendez-vous d’eux?
Qu’ils nous aident à développer une infrastructure au moindre coût
possible, en tenant compte de nos réalités. Ce n’est pas demander la
charité: s’ils décident d’investir, ils auront tout à gagner,
ne serait-ce qu’en termes d’économie d’échelle. Il reste en effet 98%
de la population mondiale à équiper, c’est-à-dire des milliards
de personnes. Quel que soit leur niveau de pauvreté, elles constituent un
marché extraordinaire. D’un autre côté, les pays du Sud y gagneront,
eux aussi, car les nouvelles technologies contribuent à la diffusion de l’information,
formidable atout pour le développement démocratique.
Il faut aussi évoquer la solidarité. Les pays industrialisés
investissent beaucoup dans le développement de la démocratie à
travers le monde. Si Internet est l’un de ses supports, nous ne comprendrions pas
qu’ils ne nous aident pas à contourner les obstacles auxquels nous nous heurtons.
Quels sont-ils concrètement?
Premier obstacle majeur: l’analphabétisme dont le taux est de 50% environ
au Mali. A quoi sert de mettre Internet entre les mains de tous les citoyens, s’ils
ne savent pas lire et écrire? Bien sûr, il faut alphabétiser
et cette entreprise est de longue haleine. On peut aussi recourir à des solutions
technologiques. Grâce à la synthèse vocale et au braille, des
appareils spéciaux permettent aujourd’hui aux non-voyants d’accéder
à Internet. On peut très bien imaginer des appareils semblables pour
les analphabètes.
En matière d’énergie, la situation est tout aussi dramatique: moins
de 10% de la population malienne a accès à l’électricité.
Idem pour le réseau téléphonique. Que faire? Il faut opter,
dans l’immédiat, pour des équipements appropriés qui utilisent,
par exemple, des piles.
Quel est le média qui permet aujourd’hui la plus large participation démocratique
au Mali?
La radio, incontestablement. Elle permet de surmonter le problème de l’analphabétisme
et de communiquer dans les langues nationales: le transistor est petit, pas cher
et fonctionne avec des piles. Ce que le transistor est aujourd’hui, le téléphone
cellulaire le sera demain. Internet sera bientôt disponible sur le téléphone
portable et je suis convaincu que celui-ci peut nous permettre de brûler les
étapes.
Les prix des téléphones portables avec accès à Internet
seront exorbitants…
Oui, mais le poste de radio était aussi très cher au moment de son
apparition. Il peut sembler illusoire d’imaginer une prolifération de téléphones
portables en Afrique. Mais les technologies se développent très vite,
ce qui entraîne une baisse des prix tout aussi rapide. La volonté politique
et l’engagement des entreprises seront déterminants pour l’avenir de ces technologies
en Afrique.
Si Internet était aujourd’hui largement répandu au Mali, quel serait
son impact sur la vie démocratique?
Le réseau favoriserait une plus large participation démocratique des
citoyens. Il leur permettrait, sans doute plus efficacement que la radio, à
la fois de s’informer et de s’exprimer. Lors d’élections, le vote informatisé
résoudrait deux problèmes majeurs: la participation des émigrés
(20 à 25% des Maliens) et celle des villageois qui doivent parfois parcourir
20 ou 30 kilomètres pour trouver un bureau de vote.
Mais, il faut admettre qu’au Mali, indépendamment de ces difficultés
techniques, les gens ne se bousculent pas pour voter. Les citoyens semblent avoir
perdu confiance en leurs leaders politiques et il ne faut pas compter sur Internet
pour remédier à ce manque de motivation.
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