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Ville cosmopolite
dont les plus grandes œuvres d’art et d’architecture témoignent d’un métissage
des cultures, Florence débat depuis plus de 10 ans du sort des quelque 200
familles de Roms (environ 1 000 personnes) vivant dans ses murs. Comme d’autres grandes
villes italiennes confrontées au problème du contrôle des implantations
spontanées des Roms, la cité toscane a opté pour la solution
du «campement de nomades», autrement dit une réserve où
sont regroupés ces nouveaux arrivants.
Les Roms de Florence sont pour la plupart originaires de Macédoine et du Kosovo.
Ils sont arrivés au cours des 15 dernières années, chassés
par la crise économique, puis par les guerres qui ont frappé la région.
Ils y avaient déjà presque totalement abandonné le nomadisme
pour vivre dans certains quartiers de grandes villes.
Dans un premier temps, les Roms de Florence et des environs se sont sans cesse déplacés
en petits groupes familiaux, chassés par les protestations des gens du voisinage
ou par les projets immobiliers lancés dans de nouvelles zones de la banlieue.
Au début des années 90, la municipalité a décidé
de les rassembler dans deux «campements de nomades». L’un de ces terrains
est une ancienne décharge située dans une zone inondable près
du fleuve Arno; l’autre est une bande de terre coincée entre le chemin de
fer et l’autoroute. Ces espaces inutilisables n’intéressaient personne. A
Florence comme ailleurs, les zones choisies pour installer des «campements
de nomades» sont révélatrices d’une attitude fort répandue:
les tsiganes sont un peuple à tenir géographiquement à l’écart,
et avec lequel il faut garder socialement ses distances.
Aux yeux de l’administration, la création de ces campements était considérée
comme une solution provisoire. En fait, ce fut la première d’une série
d’autres «solutions provisoires» qui n’ont jamais permis la suppression
de ces campements. S’y sont développés les pathologies classiques d’un
ghetto. Le risque d’incendie y est particulièrement élevé. A
plusieurs reprises, des enfants ont péri dans les flammes dont leurs parents
n’ont pas réussi à les extraire. Les installations sanitaires sont
collectives, chacune servant à de nombreuses familles, avec d’évidentes
conséquences sur les conditions d’hygiène, les coûts d’entretien
et les relations interfamiliales.
La dégradation des installations, des conditions de vie et des relations sociales
était inévitable. Des problèmes comme la consommation de drogues,
en partie apparue au contact de populations locales défavorisées, ont
entraîné un renforcement des mesures de contrôle des autorités.
Les campements sont des espaces clos; leurs entrées sont gardées; les
entrées et sorties de Roms comme de non-Roms sont enregistrées. Toutes
les caractéristiques d’un ghetto sont désormais réunies.
Ces dernières années, sous la pression d’associations de Roms ou de
bénévoles soutenus par quelques rares intellectuels — mais de grande
notoriété, comme l’écrivain Antonio Tabucchi —, la municipalité
a tenté de trouver de nouvelles issues. Grâce à une loi régionale,
les autorités ont réalisé un projet de la fondation Michelucci
prévoyant la construction d’un petit lotissement de six logements, attribués
à des familles de Roms de Macédoine. Le succès a été
tel que quelque 30 autres familles ont été relogées dans des
logements appartenant à la municipalité. Ces expériences ont
montré que, sorties des conditions de vie dégradantes et de l’exclusion
dans lesquelles elles sont restées pendant des années, des familles
Roms ont pu saisir de bonnes occasions de s’intégrer, économiquement
et socialement.
Cependant, la réalisation du petit lotissement a suscité de vives critiques
à Florence, exploitées par la droite, ce qui a dissuadé la municipalité
d’entreprendre d’autres projets du même type. Au total, il n’y a pas eu suffisamment
de familles relogées pour permettre la fermeture définitive des «campements
nomades», où sont entre-temps arrivés des Roms réfugiés
du Kosovo.
Ainsi, Florence continue de présenter au monde entier, côté face,
son visage de ville d’art et de culture, tandis qu’elle cache, côté
pile, son incapacité à dialoguer avec une petite minorité porteuse
d’une culture différente.
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