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CUBA VEUT RELANCER LE COMMERCE DE L’ÉCAILLE

Gerardo Tena, journaliste à La Havane.
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La tortue à écailles: une source de protéines et de revenus dans les Caraïbes.

Pour Cuba, la reprise d’un commerce limité d’écaille de tortues n’irait pas à l’encontre de la protection de cette espèce.

A Cuba, malgré la convention de 1975 (CITES, voir encadré p. 14) qui interdit le commerce des tortues de mer et les programmes nationaux de restriction des captures, des milliers de tortues à écailles (Eretmochelys imbricata) sont encore sacrifiées chaque année illégalement. On tire de leur carapace l’écaille, cette substance translucide et dure, très appréciée des artisans et autres fabricants de peignes, bibelots et montures de lunettes.
En prohibant leur commerce, la C
ITES a contribué à priver de revenus les communautés de pêcheurs des Caraïbes qui, depuis des siècles, vivaient de la capture de ces tortues, dont ils consomment les œufs et la chair, riche en protéines. Cuba ne fait pas exception. Entre 1960 et 1990, quelque 150 000 tortues (5 000 par an) ont été capturées au large de ses côtes, qui abritent 34% des tortues à écailles vivant dans l’ensemble des Caraïbes.

Une amende de 250 dollars
Il y a 10 ans, l’île a mis en œuvre un programme de contrôle des captures, qui autorise deux coopératives de pêcheurs à tuer 500 tortues par an au maximum. Elles sont obligées de suspendre leurs activités en période de reproduction et les tortues capturées doivent avoir une carapace d’au moins 66 centimètres de long. Leur chair est partagée entre les communautés de pêcheurs et les hôpitaux cubains. Dans le reste de l’île, la capture des tortues à écailles est interdite et punie d’une amende pouvant atteindre 5 000 pesos (250 dollars), quand le salaire moyen tourne autour de 10 dollars par mois.
Au départ, Cuba avait ratifié la C
ITES en émettant une réserve sur le chapitre consacré aux tortues de mer. Le Japon, son principal client, avait fait de même. Les deux pays ont donc continué pendant des années à se livrer au commerce des précieuses carapaces. Mais en 1993, le Japon a retiré sa réserve et Cuba s’est retrouvé privé de débouchés. Comme les captures n’ont pas cessé pour autant, l’île a accumulé près de sept tonnes de carapaces dans un entrepôt de Cojímar, un village de pécheurs proche de la Havane.
En avril 2000, lors de la dernière conférence de la C
ITES à Nairobi (Kenya), Cuba a tenté d’obtenir l’autorisation de revendre au Japon tout son stock, dont la valeur atteint cinq millions de dollars. La Havane demandait aussi de pouvoir ensuite continuer à écouler sa production de 500 carapaces par an. Ses demandes furent rejetées.
Pour le Centre de surveillance de l’environnement cubain (C
ICA), la tortue à écailles n’est pas une espèce en voie d’extinction dans les eaux de l’île. Sa chasse contrôlée permet de plus de faire vivre les habitants de nombreux villages. «Cinq cents prises annuelles est un chiffre très raisonnable si l’on en croit les études qui estiment à 15 000 le nombre de tortues femelles qui peuplent les eaux cubaines et pondent sur nos côtes, assure Silvia Alvarez, la directrice du CICA. Nous ne faisons que demander l’autorisation de pratiquer un commerce contrôlé.»
Silvia Alvarez admet cependant que le refus auquel Cuba s’est heurté répond à une inquiétude légitime. La reprise du commerce des carapaces de tortues à écailles avec le Japon pourrait provoquer une recrudescence du trafic illégal. Mais, d’un autre côté, ajoute-t-elle, «il existe aujourd’hui un marché noir des carapaces précisément parce qu’aucun commerce légal n’est possible».
Les experts cubains affirment également que plus de 2 000 tortues sont braconnées chaque année entre Porto Rico et les Iles Vierges, alors que ces pays abritent dans leurs eaux moins de 1% des stocks de la zone caraïbe. «Evidemment, précise Silvia Alvarez, l’idéal serait de mettre en œuvre un programme régional de contrôle de la pêche.» La création en 1997 du Groupe de recherche et de gestion de la région caraïbe devrait y concourir. Ses programmes scientifiques permettront de mieux connaître les populations de tortues.
En attendant, Cuba maintient son plan de capture de 500 tortues par an. «Nous avons deux ans, jusqu’à la prochaine conférence de la C
ITES, pour démontrer que ce que nous faisons est durable, explique la directrice du CICA. Le plus difficile sera de surmonter l’idée largement admise qu’interdire l’exploitation des ressources naturelles n’est pas la seule façon de les protéger.»