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Une renaissance du centre de Lima

Dédié à l’amour éternel

TAJ MAHAL: DES JUGES CONTRE DES USINES

T K Rajalakshmi, journaliste basé à New Delhi, collaborateurdu bimensuel indien Frontline.
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Les fonderies situées dans les environs d’Agra doivent s’équiper de systèmes moins polluants.






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Des ouvriers des fonderies brûlent l’effigie de leur patron pour protester contre les délocalisations.





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Le «cancer du marbre», provoqué par le dioxyde de soufre, jaunit les parois du Taj Mahal.






Dédié à l’amour éternel

Le Taj Mahal fut érigé par l’empereur moghol Shah Jahan pour perpétuer le souvenir de son épouse préférée, Mumtaz-i Mahal. La construction de ce mausolée, entièrement fait de marbre blanc, s’est étalée sur 22 années, jusqu’en 1647. Il est situé dans le nord de l’Inde, sur la rive sud de la rivière Yamuna, à Agra, à environ 210 kilomètres de la capitale, New Delhi. Le complexe du mausolée est considéré comme le plus bel exemple d’architecture moghole, un mélange de styles indien, perse et musulman. Le Taj Mahal est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983.

Le monument le plus visité de l’Inde est menacé par la pollution des usines d’Agra. Les verdicts des juges ordonnant leur délocalisation ou leur modernisation restent à appliquer.

«La pollution a causé plus de dégâts que trois siècles et demi de guerres, d’invasions et de catastrophes naturelles: elle a commencé à endommager les magnifiques murs du Taj Mahal», a déclaré le président américain Bill Clinton au début de cette année à Agra, en visitant ce monument du XVIIe siècle.
Au cours des dernières décennies, le sort de la plus grande attraction touristique de l’Inde a fait maintes fois la une de l’actualité. Des experts ont répété que la pollution rongeait le mausolée et décolorait son marbre blanc. Leurs recommandations – délocaliser un certain nombre d’usines situées dans la Taj Trapezium Zone (TTZ), un secteur de 10 400 kilomètres carrés autour du Taj Mahal – a déclenché un conflit entre les défenseurs de l’environnement d’une part, et les entreprises et syndicats, d’autre part. La TTZ abrite deux autres sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial: le fort d’Agra et le Fatehpur Sikri, qui comprend une des plus grandes mosquées du pays. Doit-on privilégier les monuments ou les milliers d’ouvriers des usines de la région ? Les enjeux sont tels que l’affaire a été portée devant la Cour suprême de l’Inde.
Parmi les coupables figurent la raffinerie de la ville de Mathura, des fonderies, des verreries et des fours à briques, sans parler du flot ininterrompu de véhicules sur les voies rapides entourant la ville. On a constaté en plusieurs occasions que la quantité de dioxyde de soufre émise par les industries de la région était dix fois supérieure au niveau normalement toléré. Ce polluant, combiné à l’oxygène et à l’humidité, forme un dépôt sur le Taj Mahal et l’attaque par l’entremise d’un champignon que les experts ont baptisé «cancer du marbre».
En 1984, Mahesh Chandra Mehta, avocat spécialisé en environnement, a intenté une action devant la Cour suprême, le marbre blanc ayant noirci par endroits tandis qu’à l’intérieur, le champignon faisait des ravages, en particulier dans la pièce où se trouvent les tombes de l’empereur moghol Shah Jahan et de son épouse favorite Mumtaz-i Mahal. M. Mehta a demandé à la Cour d’ordonner aux usines de prendre des mesures anti-pollution ou de fermer, ajoutant que la pollution affectait la santé des ouvriers et des habitants d’Agra.

Indemnités de six ans de salaire
Il a fallu attendre 1996 pour que la Cour suprême décrète que les usines de la région contribuaient effectivement à la pollution atmosphérique et leur ordonne de s’équiper de dispositifs anti-pollution. «On ne peut pas prendre le moindre risque lorsque – sans même parler de la vie humaine – la préservation d’un monument aussi prestigieux que le Taj Mahal est menacée», a dit l’arrêt. La Cour a proposé aux 292 usines fonctionnant au charbon (gros polluant atmosphérique), soit d’opter pour le gaz naturel, soit de déménager à l’extérieur de la zone protégée avant le 30 avril 1997. Dans ce dernier cas, les usines devaient s’engager à réembaucher leurs ouvriers, avec une prime d’un an de salaire. Si l’usine fermait, elle devait verser à son personnel une indemnité de six années de salaire.
La raffinerie et plusieurs fonderies d’Agra se sont équipées de systèmes anti-pollution onéreux et la plus grande usine de la ville, Sterling Machine Tools, a pu se convertir au gaz naturel, en obtenant un raccordement au réseau national. Mais, affirme un de ses responsables, il faut du temps pour que la production retrouve ses niveaux antérieurs et que les ouvriers s’adaptent à la nouvelle technologie. «Un four à gaz coûte environ cinq millions de roupies (120 000 dollars). Les petites unités n’ont pas nos moyens», ajoute-t-il.
Un grand nombre d’usines n’ont pris aucune disposition. Certaines ont estimé que le coût des mesures était prohibitif. D’après un représentant des industriels, l’équipement minimal anti-pollution coûte entre trois et quatre millions de roupies (entre 75 000 et 100 000 dollars), soit près du quart du chiffre d’affaires annuel d’une entreprise de taille moyenne. La demande de raccordement, qui implique un paiement préalable, pénalise davantage les petites entreprises. Leurs patrons affirment que, même en fermant leur usine et en revendant le terrain, ils ne pourraient pas payer l’indemnité prévue pour leurs ouvriers. Et les propriétaires des fonderies ajoutent qu’il leur serait difficile de trouver du personnel qualifié à proximité du nouveau site.
En août 1999, la Cour suprême a ordonné la fermeture de 53 fonderies et de 107 autres usines d’Agra qui n’avaient pas obtempéré. Pour gagner du temps, les industriels ont adressé une pétition au gouvernement de l’Etat d’Uttar Pradesh. Ils ont obtenu un sursis. L’affaire sera de nouveau examinée par la Cour suprême dans le courant de cet été.

Les syndicats s’opposent aux délocalisations
L’association des fonderies d’Agra a mis ce délai à profit pour étoffer son dossier. Elle avance que 3 000 unités de production dépendent des fonderies, qui emploient directement ou indirectement 300 000 personnes; elle argue que la technologie permettant une conversion au gaz naturel dans son secteur n’est pas encore au point. Ce que M. Mehta qualifie de «manœuvres dilatoires»: des experts avaient prétendu le contraire dès 1995. D’après lui, cette technologie, développée par le laboratoire national de la métallurgie, permettrait aux centaines de fonderies d’Agra d’être à la fois plus efficaces et moins polluantes. La croisade contre la pollution industrielle qu’il continue de mener lui a déjà valu le prix Goldman pour l’environnement en 1996 et le prix Ramon Magsaysay, récompensant des initiatives d’utilité publique, en 1997.
Les responsables syndicaux s’opposent fermement à toute délocalisation ou fermeture d’usine mais la bataille judiciaire met en évidence d’autres préoccupations. Selon un responsable du Centre des syndicats indiens, l’industrie de la métallurgie est basée sur l’exploitation des ouvriers et le travail s’effectue dans des conditions dangereuses. De plus, la plupart des ouvriers ont des contrats à durée déterminée, alors qu’ils travaillent depuis très longtemps dans les fonderies. En cas de fermeture de leur entreprise, ils ne bénéficient d’aucune protection. Leur manque d’information est criant: après avoir vaguement entendu parler de la délocalisation des fonderies, Ram Sharan, un ouvrier originaire du Bihar et âgé d’une trentaine d’années, était pratiquement certain que cela signifierait pour lui la perte de son emploi. Les ouvriers de GT Iron Industries, une usine de pièces moulées condamnée à la fermeture, avaient eu vent de la décision de la Cour mais ne savaient pas où aller si l’usine fermait. Cela faisait des années qu’ils avaient quitté leurs villages d’Uttar Pradesh ou d’autres provinces, mais ils continuaient de louer des chambres en ville, prêts à tout supporter plutôt que de perdre leur emploi.
Le Taj Mahal est un atout économique en lui-même: deux millions de touristes le visitent chaque année, ce qui constitue une importante source de revenus et de devises. Grâce à lui, les hôtels, l’artisanat et les petites entreprises de la région sont florissants. En mai 2000, la Cour suprême a interdit la circulation et le stationnement sur 500 mètres le long de ses murs d’enceintes. Elle a également ordonné à quelque 70 boutiques de s’éloigner du mausolée. Selon les experts, certaines de ces mesures devraient contribuer à améliorer la qualité de l’air sur le site. Pourtant, la pollution n’est pas redescendue en deçà du seuil toléré, puisque aucune des usines environnantes n’a fermé.
La pollution atmosphérique, la poussière, le manque d’espaces verts, la circulation et la présence de bruyants générateurs au diesel autour d’Agra ne sont guère susceptibles de charmer les touristes attirés par les sites. A ce jour, les élus ont tendance à se ranger du côté de l’industrie, tandis que le pouvoir judiciaire prend fait et cause pour le Taj Mahal. En attendant, il continue de subir les assauts d’un air enfumé.