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Repères

Petits pêcheurs contre gros poissons

Propos recueillis par Ivan Briscoe, journaliste au Courrier de l’UNESCO.
photo
Un petit port indien menacé par la pêche industrielle.








Repères

Population
(millions, 1998): 982,2
PNB (milliards de
dollars): 427,4
PNB par habitant
(dollars): 440
Population vivant
avec moins d’un dollar par jour (%): 44,2

Source: Rapport sur le développement humain 2000, PNUD.

En 10 ans, le père Kocherry a été propulsé à la tête des 10 millions d’Indiens qui luttent contre la pêche industrielle, les élevages de crevettes et la pollution. Interview.

«La vie sur Terre, dont dépendent la santé et le bien-être de l’humanité, ne doit pas être sacrifiée à la cupidité de quelques-uns», déclarait l’année dernière le père Thomas Kocherry, en recevant le prix Sophie, créé par le romancier norvégien Jostein Gaardner, pour son action en faveur de l’environnement. Ce prêtre catholique a participé à la création du Forum mondial des pêcheurs et travailleurs de la pêche, fondé en 1997, dont il est l’un des coordinateurs.

Les 10 dernières années ont été marquées par des manifestations de pêcheurs à travers tout le pays. Pourquoi un tel mécontentement?
En 1991, l’Inde a adopté une nouvelle politique économique qui a permis, entre autres, le développement de la pêche hauturière. D’énormes navires étrangers ont obtenu des permis de pêche dans le cadre d’entreprises mixtes et moyennant des redevances versées au gouvernement. Les 25 000 navires de ce type qui existent dans le monde ont pillé toutes les mers, sauf l’océan Indien. Dans les pays en développement, ils menacent 100 millions de personnes, qui vivent de la pêche. La nouvelle politique indienne aura forcément des conséquences à long terme sur la vie des pêcheurs locaux; elle risque de les chasser de chez eux. Après les quatre grèves nationales menées par 10 millions de pêcheurs à partir de 1993, le gouvernement a nommé le comité Murari, qui a produit 21 recommandations en vue de changer de politique. Comme le Conseil des ministres les a acceptées, le gouvernement n’accorde plus de nouveaux permis depuis 1996. Sans doute pour la première fois dans l’Histoire, des pêcheurs ont réussi à faire barrage à la mondialisation.

Votre mouvement s’inquiète du développement de l’élevage de crevettes destinées à l’exportation.
Pourquoi fait-on de l’aquaculture? Parce que telle ou telle variété de crevette, de seiche ou de saumon a été si exploitée qu’on ne la trouve plus en mer. Toute monoculture est inquiétante car elle repose sur l’utilisation intensive de pesticides et d’engrais chimiques, qui polluent toute la région environnante. De plus, les rizières censées couvrir les besoins essentiels de la population sont réaffectées à l’aquaculture; les mangroves, où quantité d’espèces se reproduisent, sont détruites et on pollue l’eau potable en introduisant de l’eau salée à l’intérieur des terres. Au total, cette activité nouvelle [les élevages de crevettes ont envahi 200 000 hectares de côtes] chasse du littoral pêcheurs et habitants. L’aquaculture intensive, financée par la Banque mondiale, est contrôlée par de grosses sociétés. Son mot d’ordre pourrait être «prends l’oseille et tire-toi»: il faut gagner de l’argent rapidement et partir ailleurs.
En 1996, la Cour suprême a ordonné l’arrêt de tous les élevages aquacoles. Loin d’obtempérer, le gouvernement et les partis politiques ont pris le parti de la Banque mondiale et des multinationales. Ils ont demandé que la décision soit révisée et ont présenté un nouveau projet de loi que la chambre haute du Parlement s’apprête à approuver. Les pêcheurs sont très en colère.

En quoi les pêcheurs indiens se sont-ils distingués des autres?
Tout le secteur de la pêche est contrôlé par des flottes et des entreprises industrielles, qui ont dépeuplé 75 % des zones poissonneuses. Que ce soit en Inde, aux Etats-Unis ou en Europe, les petits bateaux et les villages de pêcheurs n’ont aucune chance de survie. Mais les victimes de la mondialisation peuvent changer certaines choses. Du Nord au Sud, les pêcheurs se battent contre une industrie destructrice et contre le pouvoir des multinationales. Les groupements locaux de pêcheurs, gardiens de ces richesses naturelles, devraient gérer les ressources.

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www.south-asian-initiative.org/wff