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L’or qui n’est pas extrait reste poussière
sur la poussière; l’aloès, s’il prend racine sur le sol ne semble qu’une
variété de bois qu’on fait brûler comme tant d’autres.
Tire l’or de son filon, chacun en veut et veut payer; débite l’aloès
et mets-le à l’encan, chacun pour en avoir donnerait l’or en échange.
Les Mille et Une Nuits
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Un combat victorieux en faveur
d’une véritable démocratie populaire peut libérer l’État
de la mainmise des intérêts commerciaux et financiers, et en faire un
agent essentiel de la promotion d’intérêts sociaux au sens large |
La mondialisation est souvent
considérée comme un phénomène planétaire d’origine
technologique, qui a conduit à une intensification des relations entre nations.
Ce n’est cependant là qu’une de ses facettes, qui ne présuppose pas
l’homogénéisation idéologique ou la rapide réduction
de l’État providence auxquelles on assiste aujourd’hui.
Le débat sur la mondialisation ne porte pas sur l’intensification des interrelations
mondiales, mais plutôt sur la conception du système international que
la mondialisation projette. Cette conception implique un système économique
international doté d’un code de conduite clairement identifié en matière
de commerce, finance, taxation, politiques d’investissement, propriété
intellectuelle et marché des changes, établi selon les principes du
néolibéralisme et avec le minimum de réglementation gouvernementale.
Comme le fait judicieusement remarquer Ellen Wood, une spécialiste de l’économie
politique, cette conception du système international représente une
nouvelle phase du capitalisme, «plus universelle, plus incontestée et
plus pure que jamais auparavant».
Pour nombre de ses détracteurs, la mondialisation est essentiellement un processus
anti-démocratique faisant fi des intérêts de nombre de groupes.
Mais ce processus ne résulte pas seulement des forces du marché. Il
n’existe que grâce à l’acceptation, sinon au soutien actif des gouvernements,
notamment ceux des pays avancés.
La liste des problèmes causés par la mondialisation est longue. Dans
les pays à faibles revenus, comme ceux d’Afrique subsaharienne, où
les gouvernements n’ont pas su ou voulu garantir à la population la protection
la plus rudimentaire contre cette nouvelle phase du capitalisme mondial et les programmes
d’ajustement structurel, la situation du peuple est particulièrement désespérée.
Les opposants à la mondialisation s’attaquent donc à d’authentiques
problèmes. Mais il n’est pas sûr qu’ils parviennent à l’inverser,
ni même à en atténuer les effets négatifs. Tout d’abord
parce qu’ils sont souvent mal organisés. Ensuite, parce que la plupart d’entre
eux s’attaquent à des problèmes particuliers au lieu de formuler une
contre-proposition globale. À l’heure actuelle, celle-ci semble porter sur
un système international qui ne soit pas façonné par les intérêts
mesquins du capital mais qui tienne compte des intérêts de divers groupes
sociaux. Elle est cependant encore un peu mince.
Qui plus est, ces opposants n’ont pas encore mis au point de stratégies viables
pour freiner la mondialisation. Certains estiment qu’il faut affaiblir voir abolir
des institutions comme la Banque mondiale, le FMI ou l’OMC, qu’ils considèrent
comme des agents de la mondialisation. Mais c’est bien parce qu’ils jouent ce rôle
qu’on voit mal pourquoi les intérêts commerciaux et les gouvernements
le permettraient. Le bien-fondé de ces organismes ne peut diminuer que si
les pays du Tiers Monde, notamment ceux à moyens revenus, commencent à
réduire leur dépendance à leur égard sous la pression
de la population.
Le principal problème des opposants à la mondialisation est néanmoins
que beaucoup d’entre eux ne perçoivent pas le poids de l’État. Un combat
victorieux en faveur d’une véritable démocratie populaire peut le libérer
de la mainmise des intérêts commerciaux et financiers, et en faire un
agent essentiel de la promotion d’intérêts sociaux au sens large. Au
lieu de cela, de nombreuses ONG comptent sur la société civile, alors
qu’elle ne peut se substituer à l’État en tant que décisionnaire
politique. La lutte contre la mondialisation est essentiellement une lutte en faveur
de la démocratie: l’État ne peut être court-circuité,
il doit devenir un allié.
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