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2. Les nouvelles vagues
| Le cinéma iranien emporte la révolution | Japon: jeunes réalisateurs en toute indépendance | Corée du Sud:la liberté ou l’amour! | Le casse-tête chinois | Kazakhstan: une aventure éphémère | Le cinéma argentin en chantier | Brésil: une renaissance menacée | La création en exil | «La technique n’est jamais l’ennemie de l’artiste» |

Pour en savoir plus

Le casse-tête chinois
Jacob Wong, responsable de la programmation du cinéma asiatique au Festival international du film de Hong-Kong de 1997 à 2000.
photo
Yi YI du réalisateur taiwanais Edward Yang: une confrontation entre tradition et modernité.






Pour en savoir +

Rang mondial pour la production
1999: 10
e
Part de marché du cinéma national
1998: n.d.
Nombre de films produits



Population (millions)
1988: 1 121,9
1998: 1 255,7
Nombre d’écrans
1988: 161 777
1998: 65 000
Nombre d’entrées (millions)
1988: 18 730
1998: 121
Investissements dans la production (millions de dollars)
1999: 34,7

Source: Screen Digest (contact:
David.Hancock@
screendigest.com
) Institut de statistique de l’UNESCO.

Des films et des réalisateurs de langue chinoise prospèrent malgré la censure et l’indifférence du public.

Si remporter des prix dans les plus grands festivals est un signe de bonne santé, le cinéma de langue chinoise se porte à merveille. A Cannes cette année, la Chine aussi bien que Taiwan et Hong-Kong figuraient au palmarès – respectivement avec Devils on the Doorstep de Jiang Wen, Yi Yi d’Edward Yang et In the Mood of Love de Wong Kar-wai. Quant à Tigre et Dragon de Ang Lee, qui passait hors compétition, il a été ovationné par les festivaliers.
Pourtant, chez eux, aucun de ces films n’a été distribué – à l’exception du très consensuel Tigre et Dragon. Devils on the Doorstep, qui a provoqué l’ire du Bureau chinois du film lorsqu’il est sorti à l’étranger sans être passé par les circuits officiels, devra sans doute surmonter bien des obstacles avant de revoir son pays d’origine. Dans le cas de Yi Yi et de In the Mood of Love, les difficultés sont plutôt d’ordre commercial: les distributeurs, qui ne croient guère à leur succès, traînent les pieds. Au total, la terre qui a donné naissance à ce cinéma de qualité semble nourrir à son égard une étrange réaction de rejet. Et de fait, tous ces films, à l’exception de Devils, sont des coproductions internationales.
Jusqu’à ce jour, la République populaire, crispée sur l’idée que «le cinéma doit être au service du peuple», a gardé la haute main sur cette industrie. Mais ce dogme s’accommode mal de l’obsession de la Chine moderne pour son glorieux destin historique. Les cinéastes de la «cinquième génération», comme Chen Kaige et Zhang Yimou, se sont glissés dans la brèche en faisant appel à l’Histoire pour exposer les échecs du présent. Apparus dans le sillage de l’insurrection de Tiananmen, les cinéastes de la «sixième génération» se réclament, eux, d’une tout autre esthétique. Leurs premiers films, réalisés sans l’accord des autorités, comme Mama de Zhang Yuan (1991) et Red Beads de He Jianjun (1993), brûlent d’une rage intérieure suscitée par la résignation de la société de l’après-1989. Les thèmes de la folie, des dysfonctionnements familiaux et, surtout, de l’aliénation occupent une place centrale dans ce cinéma. Pour ces artistes indépendants, le plus dur est de voir leurs films triompher dans les festivals tout en restant inconnus en Chine.
Ces deux styles – historique et contemporain – semblent se rejoindre dans le nouveau film de Jia Zhangke, Platform. Cette œuvre très riche raconte la vie et les amours de jeunes musiciens de province précipités dans l’univers de la «modernisation». Le film, qui dure trois heures pour moins d’une centaine de plans, est sans précédent en Chine continentale.
Au même moment à Taiwan, le cinéma gagne une reconnaissance internationale alors que l’industrie est en plein déclin. Bien que la production, tombée à 20 films par an, soit financée par l’Etat ou par des fonds étrangers, l’île continue à produire, envers et contre tout, des cinéastes qui comptent parmi les meilleurs du monde – les Hou Hsiao-hsien, Edward Yang, Tsai Ming-liang. Sans oublier Ang Lee, réalisateur plus populaire que ses pairs, et dont la filmographie emprunte autant à la comédie légère (Salé, Sucré) qu’à l’adaptation de romans classiques (Raison et Sentiments), ou encore au style guerrier traditionnel.
A Hong-Kong, patrie des réalisateurs à sensation comme Fruit Chan et Stanley Kwan, les problèmes financiers s’accumulent également. C’est peut-être ici que les relations sont les plus fréquentes entre les productions commerciale et indépendante: Chan et Kwan sont sortis des «écuries» du cinéma commercial dans les années 80, quand l’industrie vivait son âge d’or, mais doivent aujourd’hui aller chercher des fonds ailleurs.
Comme la République populaire ne semble pas près de relâcher son contrôle, ni Hong-Kong de défendre des projets peu porteurs sur le plan commercial, le cinéma de langue chinoise pourrait bien s’orienter vers le modèle taïwanais: l’internationalisation du financement. Il sera alors passionnant d’observer les conséquences de ce processus sur les cinématographies nationales chinoises.