Le Courrier

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2. L’offre et la demande
| L’école privée, une chance pour les pauvres | Afrique du Sud: la course aux diplômes | Quand les parents s’en mêlent | La gestion éclairée des écoles d’Edison | Les universités happées par la Net économie |
L’irrésistible ascension d’Objetivo

Luciana Zenti , journaliste à la Nova Escola, revue brésilienne sur l’éducation.

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Des enfants découvrent les joies de la peinture dans une école d’Objetivo, au Brésil.





Une aristocratie fondée sur
la naissance,
la richesse ou
le rang social
ne peut résister à un système d’écoles publiques où les mêmes chances sont données à tous.

William T. Harris, éducateur américain (1835-1909)




 
Population totale
(millions, 1999): 168
Taux d’alphabétisation
(%, 1998): 84,5
Taux bruts de
scolarisation (%, 1997):
- Primaire: 125
- Secondaire: 62
- Supérieur: 15
Élèves du primaire et du
secondaire fréquentant
un établissement privé
(%, 1997): 12,2

Sources: Banque mondiale, PNUD, OCDE.

En quelques décennies, cette entreprise pionnière de l’enseignement
privé au Brésil est devenu un réseau de plusieurs centaines d’établissements, réservés aux classes moyennes et supérieures.


Trente-cinq ans après sa fondation, Objetivo est l'une des entreprises éducatives les plus florissantes du Brésil. Les effectifs de ses 400 établissements disséminés sur tout le territoire ne sont dépassés que par ceux de l'enseignement public. Le secret de cette réussite? C’est qu’il faut réussir. Aussi bien dans l'enseignement primaire que secondaire, le taux de redoublement est inférieur à 1%, alors que la moyenne nationale atteint 21,3% dans le primaire et 40,1% dans le secondaire, selon le ministère de l'Education.
Au cours des dernières années, la part de l'initiative privée dans l'enseignement brésilien a globalement diminué, passant de 10,5% en 1996 à 8,2% en 2000. Mais Objetivo continue à accueillir près de 380 000 enfants et adolescents, dans ses jardins d'enfants, ses écoles et ses universités. Outre ses propres établissements (13 rien qu'à Sao Paulo, son implantation principale) l’entreprise possède tout un réseau de correspondants franchisés à Brasilia, Goiania, Manaus, Campinas ou encore Bauru.
Pour le professeur Alfredo Fernandes, coordinateur pédagogique d’Objetivo, elle doit son succès à l’image qu’elle a su transmettre. «Nous sommes une école joyeuse, ouverte au dialogue avec la société et avec les élèves», affirme-t-il.Tout a commencé en 1965 par l’ouverture d’un cours préparatoire à l'examen d'entrée imposé par les universités brésiliennes. Grâce à un taux de réussite de près de 90%, son prestige a grandi rapidement. En 1970, stimulé par ses excellents résultats financiers — que le groupe ne divulgue jamais —, Objetivo ouvre son premier établissement à part entière. «Nous aspirions à offrir un enseignement de qualité; aussi avons-nous imaginé des activités et des méthodes qui nous sont propres», explique Fernandes.
Le groupe explose rapidement. En 1972, il inaugure ses premières facultés. Seize ans plus tard, elles deviennent l’Université de Sao Paulo, qui compte aujourd'hui 53 000 étudiants. En 1975, les premières écoles maternelles et primaires ouvrent à leur tour.
Objetivo accueille aussi bien les bons élèves que ceux qui ont des problèmes, en s'efforçant de les insérer dans l’univers scolaire. «A l’issue de nombreux débats, nous avons opté pour une école ouverte et non sélective, où chacun aurait la possibilité de s'exprimer, rapporte Fernandes. C’est ce qui nous distingue le plus des autres écoles privées». De là l'absence d'examen d'entrée.
Paradoxalement, cette spécificité a valu les pires critiques à l’entreprise. «Comme les élèves entrent et restent facilement chez nous, on nous a soupçonnés d’agir uniquement pour de l’argent», explique Fernandes. Ce qui est sûr, c'est que les frais de scolarité (215 à 355 dollars par mois selon le niveau) sont dissuasifs pour de nombreux Brésiliens, dans un pays où le revenu mensuel moyen est de 400 dollars et le salaire minimum inférieur à 100 dollars.
Ces prix élevés et le fait que le projet ait été lancé par des personnes étrangères au milieu de l'enseignement, suscite la méfiance. «Je suis ouvertement contre la marchandisation de l'éducation, affirme Dermeval Saviani, professeur de philosophie et d'Histoire de l'éducation à l'Université d'Etat de Campinas. L'éducation est une nécessité sociale qui est par nature incompatible avec l'initiative privée. Avec les bénéfices importants qu'Objetivo tire de l'enseignement supérieur, le groupe pourrait investir dans des écoles moins chères. Mais il ne le fait pas. Il préfère négliger les pauvres pour maintenir ses structures très coûteuses.»
Cependant, la prospérité de l’entreprise lui permet d'être à l'avant-garde. Elle peut investir dans la technologie et dans des équipements que les autres écoles ne peuvent pas s’offrir. Presque tous ses établissements sont dotés de laboratoires d'informatique, de bibliothèques et de terrains de sport. Ils proposent aussi des activités extrascolaires comme le judo, la musique et les arts. «Cela nous permet de sortir de la routine et d'apprendre davantage», affirme Bianca Sgai Franco, une élève de 14 ans.
Certaines écoles, qui possèdent leur propre matériel pédagogique, leurs programmes informatiques et leurs CD-Rom, tentent également de nouvelles expériences: une «école de la mer» a été inaugurée en 1998 à Angrados Reis (Etat de Rio de Janeiro) tandis qu’une «école de la nature» permet à des jeunes d’étudier l’écosystème de l’Amazonie.
Mais le projet le plus populaire est le Programme Objetivo de promotion du talent (Poit) destiné aux particulièrement doués. A la demande de la famille ou du professeur, un élève est soumis à une série d'épreuves puis invité à participer à des activités aussi bien littéraires que scientifiques. «J'ai inscrit ma fille dans une école Objetivo pour le Poit. Maintenant elle fait de la robotique, de la technologie et de l’art. C'est très intéressant», se réjouit la mère d'une petite surdouée de 11 ans.
«C'est un système éducatif ouvert sur le futur, qui maintient un lien très étroit avec les familles», dit Tereza Cristina Matteis, qui paie près de 200 reales (650 dollars) par mois pour l'éducation de ses trois fils. «Il y a une ouverture très grande en direction des parents», affirme Silvana Da Costa, qui a étudié dans ce type d'école et est mère de trois élèves. Elle qui a dû changer huit fois d'Etat suite aux mutations successives de son époux apprécie particulièrement l’envergure nationale d’Objetivo.
Pour Alfredo Fernandes, ce qui distingue le plus le réseau de l’entreprise du système public est la formation des enseignants, qui «au Brésil pose un problème chronique». Pour ne pas en pâtir, Objetivo offre régulièrement des cours de perfectionnement à tout son personnel. «Chaque année, nous organisons au moins cinq sessions régionales avec des professeurs de plusieurs Etats», explique Deborah Cristina Catarinacho, professeur de portugais depuis 12 ans. «Objetivo intègre, résume Adriana Venturi, qui s’occupe d’un jardin d'enfants. C’est une famille où tout le monde peut progresser.»