Le Courrier

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2. L’offre et la demande
| L’irrésistible ascension d’Objetivo| L’école privée, une chance pour les pauvres | Quand les parents s’en mêlent | La gestion éclairée des écoles d’Edison | Les universités happées par la Net économie |
Afrique du Sud: la course aux diplômes exportables

Karen Macgregor, journaliste sud-africaine.

photo
Un cours d’informatique pour adultes dans l’ouest de la province du Cap, en Afrique du Sud.







L’enseignant
est à l’élève
ce que la pluie
est au champ.

Zaira Alexandra
Rodriguez Guijamo,
une élève mexicaine (1985-)








 
Population totale
(millions, 1999): 42
Taux d’alphabétisation
(%, 1998): 84,6
Taux bruts de scolarisation
(%, 1997):
- Primaire: 133
- Secondaire: 95
- Supérieur: 17
Élèves du primaire et du
secondaire fréquentant
un établissement privé
(%, 1997): 3,3

Sources: Banque mondiale, PNUD.

Le gouvernement tente de réglementer le florissant secteur privé de l’enseignement supérieur et de freiner les initiatives étrangères douteuses.

Lebo Sekoto est une jeune femme de 28 ans en pleine ascension sociale, experte-conseil en ressources humaines dans une importante compagnie minière de Pretoria. Elle est aussi en bonne position sur le marché international du travail, dit-elle, grâce à l’installation en Afrique du Sud de l'Université britannique De Montfort. Comme plusieurs centaines d’autres – qu’ils soient nationaux ou étrangers –, cet établissement d’enseignement supérieur a récemment ouvert ses portes dans le pays.
Lebo, qui est en train de finir un MBA (gestion), explique pourquoi elle a choisi De Montfort. «Je veux élargir mon horizon, travailler pour une multinationale et aller au Royaume-Uni. J'ai donc opté pour un diplôme exportable». Née à Soweto, Lebo a passé l'essentiel de sa vie à étudier. Après ses études secondaires, elle a obtenu un diplôme de gestion dans un institut de technologie, puis une licence de psychologie appliquée à l'entreprise et de gestion à l'Université à distance d'Afrique du Sud. Enfin, elle a fait son MBA en combinant temps partiel et études en ligne. «Les entreprises vous voient d'abord comme une jeune femme noire, sans tenir compte de vos compétences. Si je veux grimper et devenir cadre supérieur, je dois être trois fois plus diplômée et expérimentée qu’un homme», estime-t-elle.
De Montfort, où 65 % des étudiants sont noirs, fait partie des universités étrangères privées installées en Afrique du Sud. Dans ce pays en développement, elle fait figure d’exception car elle forme aux affaires tout en étant à but non lucratif. La plupart des autres, qu’elles soient nationales ou étrangères, recherchent au contraire la rentabilité. De Montfort est aussi le premier établissement privé agréé aux termes des nouvelles lois sud-africaines. Ces lois visent à réguler la croissance et la qualité du secteur de l'enseignement supérieur privé, qui menace de nombreux établissements publics.

Les universités étrangères se multiplient après les élections de 1994
«Notre secteur public est immature, explique Nasima Badsha, sous-directeur général chargé de l'enseignement supérieur. Nous devons le faire évoluer. Le secteur privé est en majorité à but commercial. Il n’a pas, comme nous, la mission d’offrir un accès universel à l’éducation, l'égalité des chances et un enseignement de qualité. Beaucoup de pays du Sud ont le même problème.»
On ne connaît pas exactement le nombre d’universités privées en Afrique du Sud. Dans l'enseignement supérieur, sur les 200 qui ont demandé une autorisation, une centaine ont été ou vont être agréées. Le secteur privé forme plus de 20 000 étudiants à temps plein (contre 564 000 inscrits dans le public). Par ailleurs, plusieurs centaines de milliers de jeunes suivent un cursus à temps partiel dans des établissements privés.
Les universités étrangères ont commencé à se multiplier après les premières élections démocratiques de 1994. Avec la fin de l'apartheid, les étudiants noirs ont déserté les établissements «noirs» chichement subventionnés au profit des écoles «blanches» mieux dotées. Dans le même temps, une grande partie des étudiants blancs de la classe moyenne se sont tournés vers le privé, parce qu'ils ne se sentaient plus en sécurité dans le secteur public et craignaient de le voir se détériorer.
Alors que le taux de chômage s’élève à 30%, l'économie n’absorbe que 56% des jeunes diplômés sortis des meilleures universités et 25% de ceux qui ont fréquenté les moins réputées. Il est donc logique que les étudiants soient friands des diplômes «vendables». Ils sont nombreux à considérer les diplômes étrangers comme plus prestigieux que les nationaux et les voient même parfois comme des passeports pour les pays riches.
Si la plupart des établissements privés sont sérieux, certains sont peu fiables. La loi de 1997 sur l'enseignement supérieur vise à les éliminer. Elle impose à tous les établissements privés d’obtenir l'agrément d’une commission spéciale de «qualification». Ils doivent aussi se faire enregistrer auprès du ministère de l’Education qui statue selon deux critères: la viabilité financière et la qualité.
«Les établissements étrangers représentent une menace particulière pour les universités publiques, explique M. Badsha. Ils se concentrent sur des domaines précis et lucratifs comme l'informatique, la gestion et le commerce. Les universités publiques se sont ainsi vu privées des programmes les plus rentables qui leur permettent de subventionner d’autres disciplines coûteuses comme la musique ou la médecine». Les établissements étrangers attirent par ailleurs les meilleurs enseignants du secteur public en leur offrant des salaires élevés, et demandent des frais de scolarité que seuls les riches peuvent assumer. Ce qui engendre une nouvelle forme d'apartheid, selon M. Badsha.
Du coup, bien que la constitution sud-africaine interdise la discrimination à l'encontre des opérateurs non nationaux, le gouvernement a décidé d'amender la loi pour rendre plus difficile l'implantation des écoles étrangères. Par exemple, avant d'accorder des autorisations, les services d'enregistrement doivent désormais juger si le nouvel établissement est utile au service public et s'il élargit l'éventail des orientations proposées. Certains établissements ont d’ores et déjà menacé de porter la question devant l'Organisation mondiale du commerce tandis que d’autres se sont retirés.
Le ministre de l'Education, Kader Asmel, refuse de voir dans la nouvelle réglementation un «programme protectionniste étriqué ou un chauvinisme national». Le but, explique-t-il, est simplement de garantir un usage efficace et responsable des deniers publiques. «Nous ne voulons pas aller à contre-courant de l’évolution mondiale, ni bâtir de nouveaux murs autour de nous. Mais nous ne pouvons pas assister passivement à la destruction de notre système», a-t-il déclaré.