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Dayton, dans l’Ohio: des parents et des enfants manifestent pour choisir librement
leur école.
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Population totale
(millions, 1999): 273
Taux d’alphabétisation
(%, 1998): 99
Taux bruts de scolarisation
(%, 1997):
- Primaire: 102
- Secondaire: 97
- Supérieur: 81
Part du budget des institutions éducatives privés dans le budget
éducatif total
(%, 1997): 25
Sources: Banque mondiale,
PNUD, OCDE. |
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Las de payer des impôts
pour un système public qui ne leur convient plus, de nombreux parents d’élèves
américains se rallient aux partisans du privé. Regard critique sur
une controverse nationale.
Le premier système d’écoles publiques du monde
industrialisé est assiégé de toutes parts. Dans les grandes
villes, sa gestion serait inefficace, bureaucratique et plus préoccupée
des règlements que de la qualité de l’enseignement. Professeurs, élèves
et parents, en particulier dans les zones défavorisées, sont désignés
comme responsables de «la médiocrité qui menace l’avenir [des
Etats-Unis] en tant que nation et en tant que peuple».
Jamais une campagne présidentielle n’avait accordé autant d’importance
à l’enseignement. Les Américains n’ont pas perdu une miette du débat
sur le sujet qui a opposé Al Gore et George Bush. Les deux candidats en ont
profité pour clarifier leurs positions. Le démocrate en promettant
d’injecter 115 milliards de dollars supplémentaires dans un système
public en panne d’innovation. Le républicain en jurant de le démanteler
au profit du privé.
Au cœur du débat, le projet très controversé des «chèques
éducation» repose sur un principe simple: au lieu de payer les impôts
destinés à financer les écoles publiques de leur lieu de résidence,
les parents pourraient choisir d’utiliser cet argent pour inscrire leurs enfants
dans le privé. Faisant œuvre de pionnière, la Floride a adopté
cette politique dès 1998, tandis que la Californie et le Michigan voteront
ce mois-ci sur la question. En Californie, le projet est notamment soutenu par Tim
Draper, patron d’une entreprise de la Silicon Valley. Il consiste à créer
des bourses de 4 000 dollars par an et par élève (l’Etat en dépense
aujourd’hui 5 627), qui seraient attribuées à tous les enfants que
les parents voudraient envoyer dans une école privée ou religieuse.
Les syndicats d’enseignants, bien que puissants, sont étrangement absents
du débat. Considérés comme de farouches défenseurs du
statu quo, ils se sont laissé piéger dans une position défensive.
Ils s’efforcent de contrer les réformes les plus extrêmes tout en revendiquant
pour leurs adhérents de meilleurs salaires et des avantages sociaux, de l’avis
général très insuffisants. Si la Fédération américaine
des enseignants et l’Association de l’éducation nationale continuent à
jouer un rôle majeur dans les élections de chaque Etat, leur influence
sur la controverse actuelle reste minime.
Les partisans de la privatisation sont les grosses entreprises qui ont désespéré
de l’école publique, les conservateurs religieux qui veulent surveiller de
près ce que leurs enfants apprennent et un nombre croissant de parents des
classes moyennes, qui ont choisi le privé et rechignent à financer
un secteur public dont ils ne profitent pas. Dans la plupart des Etats, cette coalition
n’a pas réussi à obtenir ce qu’elle voulait. Mais la balance commence
à pencher en sa faveur.
Certains secteurs de l’électorat, autrefois attachés à l’éducation
publique, paraissent en effet prêts à se rallier au camp réformateur,
sans pour autant savoir avec précision quelles options choisir pour remplacer
le système existant. Une étude récente menée par un centre
d’études politiques et économiques montre que 88% des familles noires
américaines sont favorables à des projets donnant aux parents la possibilité
de choisir entre le privé et le public. Ce pourcentage atteint des sommets
(95%) dans les familles qui ont des revenus annuels inférieurs à 15
000 dollars.
Tout le système est
dans un état de délabrement avancé
Ces parents qui ont longtemps été
contraints, faute de moyens, d’envoyer leurs enfants dans de mauvais établissements,
voient dans la privatisation l’occasion de les faire accéder à une
éducation de qualité. Mais la désaffection vis-à-vis
du système a d’autres explications. Certes, le secteur public a de nombreux
atouts. Le droit à l’éducation n’est pas garanti par la Constitution
des Etats-Unis mais il est désormais reconnu dans le monde entier. De plus,
de nombreux progrès concernant les droits civils des minorités ethniques
et linguistiques, les droits des handicapés ou, plus récemment, des
homosexuels, sont apparus dans les structures de l’éducation publique avant
de s’étendre à d’autres secteurs de la société. Au cours
des dernières années, la population américaine semblait même
compter de plus en plus sur ses écoles pour résoudre un nombre croissant
de questions sociales.
Le problème est que tout le système est dans un état de délabrement
avancé. Les coupes budgétaires des années 80 ont obligé
quantité d’établissements à supprimer des cours (arts plastiques,
musique, gymnastique), à augmenter le nombre d’élèves par classe
et à négliger le travail de conseil et d’orientation. Le personnel
enseignant et administratif doit faire face à des tensions de plus en plus
dures, pour la plupart liées à la pauvreté et à l’état
pitoyable des locaux et de l’environnement.
Du coup, les classes moyennes des villes désertent certains quartiers, dont
les écoles deviennent des voies de garage. Les Noirs ou les Latinos sont très
nombreux dans ces établissements en perte de vitesse. Il est donc logique
que leurs parents s’intéressent aux solutions alternatives. La peur, les préjugés
à l’égard des minorités et l’arrivée de nouveaux immigrants
ont aussi contribué à faire fuir la classe moyenne blanche. Dans des
Etats comme la Californie, la Floride ou New York, les effectifs du public ont sensiblement
augmenté avec l’arrivée de nombreux Asiatiques et Latinos-Américains.
Or, les vieux électeurs blancs rechignent à financer cette surcharge
par leurs impôts.
La Californie prévoit
de réduire le budget du secteur public
Malgré leurs nombreuses faiblesses,
les établissements publics offrent aux familles modestes l’une des rares voies
d’intégration et d’ascension sociale. Au contraire, le système des
chèques éducation risque de rendre les meilleures écoles privées
encore plus élitistes: si les demandes d’inscription augmentent, elles pourront
majorer leur prix et deviendront encore plus inaccessibles aux pauvres. Qu’adviendra-t-il
alors des établissements et des élèves restés hors course?
Leur financement étant largement fonction de leurs effectifs, il paraît
peu probable que les écoles mal cotées recevront les fonds nécessaires
pour progresser. Les conseillers juridiques du gouvernement californien prévoient
déjà de réduire le budget des écoles publiques quand
les enfants fréquentant le privé bénéficieront de chèques
éducation et quand 5% des élèves du public profiteront de ces
chèques pour quitter leur établissement.
La privatisation du secteur de l’éducation introduirait un autre changement
majeur: l’accès à une formation de bon niveau ne dépendrait
plus des autorités gouvernementales mais de personnes privées. Les
tenants de la privatisation de l’école rappellent que de nouvelles lignes
aériennes ont été créées suite à la déréglementation
du secteur dans les années 80. Mais ils oublient de dire que la plupart de
ces lignes ont disparu et que celles qui ont survécu offrent, de l’avis général,
un service moins cher mais de moins bonne qualité. Ils soutiennent aussi que
les nouvelles écoles ne pourront pas faire pire que les établissements
publics de certains quartiers. N’oublions pas cependant que les écoles publiques
doivent respecter des normes légales (scolarité obligatoire, formation
des professeurs, etc.). Or, rien ne prouve que les écoles privées seront
soumises à des exigences similaires.
Actuellement, les partisans de la privatisation semblent prendre l’avantage politique
sur leurs adversaires. Dans ce climat, les défenseurs de l’enseignement public
ne peuvent plus se contenter d’affirmer qu’il suffit d’améliorer le système
existant. Ils doivent le prouver. L’enseignement public a absolument besoin d’être
réformé. Ceux qui, aux Etats-Unis, attachent de l’importance à
son rôle dans la société doivent mener la bataille du changement
sans quoi il risque purement et simplement de disparaître.
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