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2. L’offre et la demande
| L’irrésistible ascension d’Objetivo| L’école privée, une chance pour les pauvres | Afrique du Sud: la course aux diplômes | Quand les parents s’en mêlent | Les universités happées par la Net économie |
La gestion éclairée des écoles d’Edison
Mark Walsh, journaliste à l’hebdomadaire Education Week (Etats-Unis).
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Les nouvelles technologies sont très présentes dans les écoles gérées par Edison.



Dans les grands Etats, l’enseignement public sera toujours médiocre, de la même façon que dans les grandes cuisines, la nourriture est habituellement mauvaise.

Friedrich Nietzsche, philosophe allemand (1844-1900)

En moins de 10 ans, une société privée new-yorkaise s’est fait un nom en prenant en charge la gestion d’écoles publiques. Mais la rentabilité financière n’est pas encore au rendez-vous.


En 1992, Benno C. Schmidt Jr. crée la surprise en quittant la présidence de Yale, l’un des postes universitaires les plus prisés des Etats-Unis, pour s’engager dans un projet éducatif pour le moins risqué.
A l’époque, c’est Christopher Whittle qui le débauche. Cet homme d’affaires du secteur des médias désire assurer la respectabilité d’Edison, une entreprise créée en 1991. Objectif: appliquer à l’enseignement
primaire et secondaire une nouvelle approche, que Whittle compare à la révolution provoquée par
l’inventeur de l’ampoule électrique, Thomas Edison.
Neuf ans plus tard, Edison Schools Inc. se retrouve en tête du mouvement de privatisation de la gestion de l’enseignement public aux Etats-Unis. L’entreprise gère 108 établissements qui accueillent plus de 57 000 élèves, alors qu’elle ne comptait que 25 écoles en 1997-98. La plupart sont des charter schools, ces écoles publiques au statut particulier qui jouissent d’une grande autonomie administrative et pédagogique. Leur financement est pris en charge par l’Etat sur la base du nombre d’élèves inscrits et les parents n’ont pas de frais de scolarité à payer. Mais Edison gère aussi, sous contrat avec l’administration scolaire, des écoles publiques traditionnelles où elle applique son modèle.
«Les gens ont longtemps pensé que nous tentions l’impossible, explique Schmidt. Une entreprise privée qui prétend gérer des écoles publiques suscite la méfiance. Pourtant, l’administration admet de plus en plus que des sociétés privées de qualité peuvent grandement améliorer le système.»
Dans plusieurs quartiers, les pouvoirs publics ont confié à Edison les établissements les plus difficiles. L’entreprise dispose d’un dispositif de marketing bien huilé et le personnel scolaire est sensible à son professionnalisme et à son audace. Edison a investi 40 millions de dollars pour mettre au point un ensemble de services. Les programmes, souvent très sérieux, dépassent les exigences du curriculum classique. Les journées sont plus longues, des cours d’espagnol sont proposés dès la maternelle et les jeunes peuvent préparer le bac international. Chaque classe est équipée d’au moins trois ordinateurs et les élèves peuvent emmener un portable chez eux pour préparer un devoir, surfer sur le Net ou communiquer avec parents et professeurs.
Les deux syndicats d’enseignants ne voient pas d’un très bon œil cette privatisation de la gestion scolaire. Ils s’inquiètent surtout de voir Edison embaucher des professeurs peu expérimentés et en changer trop souvent. La Fédération américaine des enseignants (AFT) après avoir étudier les résultats obtenus par les élèves, fait remarquer qu’ils ne sont pas aussi spectaculaires que cela. «Certaines écoles ont enregistré des progrès, mais d’autres connaissent beaucoup de difficultés. La privatisation n’est pas la panacée», conclut Celia Lose, porte-parole de l’AFT.

Depuis un an, Edison a vu grimper le cours de ses actions
Edison Inc. reste optimiste malgré les critiques. Le nombre d’élèves a été multiplié par huit depuis 1996, le chiffre d’affaires atteint 225 millions de dollars et les pertes financières sont en baisse (37 millions de dollars). Depuis son introduction en bourse en novembre 1999, Edison a vu grimper le cours de ses actions. Elle doit étendre ses activités aux Etats-Unis pour devenir rentable mais a aussi des ambitions internationales. «Edison est une application parfaite de ce que les Britanniques, en particulier Tony Blair, appellent la troisième voie, souligne Schmidt. Ni 100% privée ni 100% publique.» Il ajoute qu’en Europe, la privatisation des services publics est trop souvent posée en termes de «tout ou rien»; c’est ainsi que des entreprises d’Etat se retrouvent avec «une gestion totalement privée». «Edison propose plutôt un partenariat avec les pouvoirs publics.»