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Un cours de langue maorie dans une école primaire, à Te Koha, en Nouvelle-Zélande.

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Population totale
(millions, 1999): 4
Taux d’alphabétisation
(%, 1998): 99
Taux bruts de scolarisation
(%, 1997):
- Primaire: 101
- Secondaire: 113
- Supérieur: 63
Élèves du primaire et
du secondaire fréquentant
un établissement privé : n.d.
Sources: Banque mondiale,PNUD. |
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En accordant une totale
autonomie aux établissements, Auckland a
mis en place le système d’éducation publique le plus libéral
du monde. Dix ans plus tard, une école sur quatre est sinistrée.
Généraliser les
principes du privé à l’ensemble du système scolaire? Sur le
papier, l’idée est séduisante. Accorder une totale autonomie opérationnelle
aux établissements, laisser les parents choisir où envoyer leurs enfants
sans leur imposer de contrainte géographique, tout cela est censé créer
une saine émulation entre les écoles. Autrement dit, en laissant faire
le marché dans le domaine de l’éducation, on améliorerait la
qualité de l’enseignement et les résultats des élèves.
C’est ce raisonnement que la Nouvelle-Zélande a appliqué à l’éducation
publique. Les Tomorrow’s Schools reforms (réformes de l’école de demain),
une cascade de changements législatifs adoptés dans les années
90, représentent le programme de libéralisation de l'éducation
le plus audacieux jamais mis en place dans un pays riche.
L’introduction
des lois du marché dans l’éducation: une étape logique
Dix ans plus
tard, le bilan est plus que mitigé. Bénéfique pour certains
établissements, la démarche s’est révélée désastreuse
pour d’autres, en particulier ceux qui scolarisent les élèves les plus
défavorisés. A l’heure où les autorités néo-zélandaises
tentent faire marche arrière, l’expérience mérite d’être
méditée dans les pays qui seraient tentés de suivre la même
voie.
En Nouvelle-Zélande, l’introduction des lois du marché dans le secteur
public de l’éducation est apparue comme une étape logique. Au début
des années 80, l’économie de ce pays de 3,8 millions d’habitants était
menacée de quasi-banqueroute. Décidé à rompre avec le
passé, le gouvernement travailliste, issu des élections de 1984, s’est
alors lancé dans un processus de restructuration inspiré des principes
néo-libéraux. A la fin de la décennie, les autorités
ont étendu les réformes aux secteurs sociaux: la santé d’abord,
puis le logement, la protection sociale et enfin l’éducation.
En 1989, à l’issue d’une nuit de débats parlementaires, un secteur
qui était jusque-là étroitement contrôlé par l’Etat
devient l’un des plus décentralisés au monde. Le Département
national de l’éducation est dissout et remplacé par un ministère
de l’Education, chargé de conseiller le ministre et non plus d’administrer
l’ensemble du système.
La gestion des établissements primaires et secondaires est confiée
à des conseils élus par les parents d’élèves et composés
pour l’essentiel de bénévoles. L’administration garde cependant un
rôle: elle continue à financer l’éducation nationale, négocie
les contrats des enseignants et évalue leur travail par le biais d’inspections.
De
nombreuses écoles tirent avantage de la libéralisation
Deux ans plus
tard, le nouveau gouvernement conservateur, dans lequel le parti national est majoritaire,
poursuit les réformes. Les parents sont autorisés à inscrire
leurs enfants là où ils veulent, sans être contraints par leur
lieu de résidence. Dans le primaire comme dans le secondaire, la concurrence
fait rage pour attirer les élèves. Désormais, un directeur d’établissement
doit avoir les compétences d’un expert en marketing et en relations publiques.
De nombreuses écoles, en particulier celles qui sont fréquentées
par les enfants des classes moyennes, tirent avantage de cette réorganisation.
Les représentants des parents d’élèves élus au conseil
d’établissement maîtrisent la gestion, le droit, la comptabilité…
Ils ont toutes les compétences requises pour administrer une école.
Les directeurs les plus entreprenants se permettent même d’innover. Gladstone,
une école primaire d’Auckland, élabore par exemple un programme fondé
sur la théorie des intelligences multiples formulée par Howard Gardner,
un psychologue de l’Université de Harvard. «Personne ne nous impose
de limites, souligne Colin Dale, le directeur. Notre seule obligation est de satisfaire
la demande et d’obtenir de bons résultats. Si l’on atteint cet objectif, les
gens accourent.»
Mais l’autonomie a un prix. La charge de travail des directeurs et des enseignants
augmente considérablement. Par ailleurs, les écoles qui accueillent
un grand nombre d’élèves pauvres ont du mal à constituer un
conseil d’établissement compétent.
Pour les parents, la liberté de choix est une aubaine. Même si le coût
des transports est parfois un handicap, quantité d’élèves s’aventurent
hors des limites de leur ancien secteur scolaire. Des enfants maoris ou polynésiens
issus de familles modestes saisissent cette occasion de fuir les établissements
urbains les plus médiocres.
On comprend que les parents sélectionnent les meilleurs établissements
pour leurs enfants. Mais le problème est qu’en Nouvelle-Zélande, ils
fondent avant tout leur choix sur des critères ethniques et socio-économiques.
Ainsi jugés meilleurs, les établissements qui accueillent une majorité
d’élèves d’origine européenne prospèrent au cours des
années 90. La loi du marché tourne à leur avantage. Incapables
d’attirer les enseignants les plus compétents et les élèves
les plus motivés, les autres voient leurs effectifs décroître.
On constate dans tous les pays que les disparités sont accentuées lorsque
les parents ont toute liberté pour choisir un établissement pour leurs
enfants. Par définition, un environnement concurrentiel produit des gagnants
et des perdants. C’est la loi du marché. La compétition entre des établissements
dotés des mêmes atouts peut tourner à l’avantage des élèves.
En Nouvelle-Zélande, plusieurs exemples le montrent.
Mais tout le monde ne combat pas à armes égales. Les coûts de
transport et les frais «optionnels» (livres supplémentaires, cours
facultatifs) sont rédhibitoires pour les enfants des familles modestes ou
appartenant à des minorités. Ils sont donc sur-représentés
dans les écoles de faible niveau, comme le sont les élèves en
situation d’échec qui viennent de familles pauvres, maîtrisent mal l’anglais,
ont des difficultés d’apprentissage ou ont été renvoyés
d’autres établissements pour indiscipline.
Ces écoles sont prises, comme disent les Néo-Zélandais, dans
une «spirale» descendante. Sur le marché de l’éducation,
on ne rattrape pas son retard. Au contraire, les problèmes s’aggravent et
font boule de neige: la réduction des effectifs entraîne la suppression
de postes d’enseignants, donc une diminution de l’offre de programmes, donc une désaffection
plus importante encore. Etablissements, élèves et familles, tout le
monde est perdant.
Sous la pression de l’opinion publique, le ministère de l’Education commence
à soutenir ces établissements dès le milieu des années
90. Dans un premier temps, il fournit une assistance à l’administration puis
intervient plus directement. En 1998, les hauts fonctionnaires du ministère
admettent que les lois du marché sont inapplicables à un quart au moins
des écoles.
Le
ministère n’a pas prévu de filet de sécurité pour les
plus défavorisés
Une question
se pose alors: est-il efficace, moral ou autre chose encore de réorganiser
le secteur éducatif en sachant pertinemment que ce processus pénalise
une partie des écoles? La compétition creuse les écarts, mais
elle pourrait se justifier si elle favorisait une élévation générale
du niveau, y compris des perdants. Elle serait mieux acceptée si le ministère
de l’Education, conscient des risques, avait prévu un filet de sécurité.
Mais en Nouvelle-Zélande, aucune de ses deux conditions n’a été
remplie.
La décennie de réformes néo-libérales que vient de traverser
le pays montre qu’il n’existe pas de solution miracle pour l’éducation. En
Nouvelle-Zélande, la bonne stratégie consiste aujourd’hui à
préserver les avantages de l’autonomie et de la concurrence tout en minimisant
leurs conséquences négatives par l’adoption de mesures de protection
appropriées.
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