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Le processus de globalisation
est si impétueux qu’il gagne des secteurs jusqu’ici amplement publics, comme
l’enseignement.
Certes, les liens entre l’école et le privé sont anciens, qu’il s’agisse
de la privatisation de l’enseignement, d’institutions scolaires qui recourent aux
modes de fonctionnement du secteur privé ou encore de la délégation
de missions éducatives du service public à des opérateurs privés.
Mais un pas supplémentaire est en train d’être franchi. L’explosion
des nouvelles technologies, qui accélère la production et la diffusion
de «biens éducatifs», la mondialisation des marchés, qui
donne un coup de fouet à leur commercialisation à l’échelle
planétaire, et, enfin, l’attrait irrésistible qu’exerce auprès
d’entrepreneurs, toujours à l’affût de nouveaux débouchés,
une activité pesant grosso modo 2 000 milliards de dollars, exacerbe l’offre
commerciale de «marchandises éducatives». Simultanément,
les insuffisances, réelles ou supposées, de l’éducation publique
en détournent des parents et des élèves, et nourrissent leur
tendance grandissante à chercher ailleurs des services éducatifs de
qualité.
Tous ceux qui considèrent que l’éducation est d’abord un droit fondamental
jugent que les risques de cette marchandisation sont aigus. Ils estiment que l’éducation
ne doit pas seulement former des travailleurs mais aussi des citoyens et des individus
responsables. Ils ne s’interrogent donc pas seulement sur les effets d’une libéralisation
de ce secteur, qui aboutiraient à une discrimination vis-à-vis des
pays ou des groupes d’individus les plus démunis. Ils mettent aussi en cause
les finalités d’une démarche commerciale quant à la diffusion
de «valeurs communes» ou au respect de l’indispensable diversité
des contenus et des méthodes d’apprentissage, compte tenu de la langue, de
la culture ou des modes d’acquisition des connaissances des bénéficiaires.
Les tenants du libéralisme critiquent l’incapacité du système
public à offrir un égal accès à une éducation
de qualité pour tous. Ils mettent en avant la nécessité d’augmenter
et de diversifier l’offre, afin de répondre à des besoins auxquels
les systèmes traditionnels ne parviennent pas à faire face, à
plus forte raison du fait des contraintes budgétaires. Ils insistent sur la
nécessité d’introduire les notions de rendement et de responsabilité,
qui manqueraient selon eux au secteur public.
Pour l’UNESCO — et pour les Etats qui y siègent —, ni le
«tout Etat» ni le «tout commerce» ne permettraient de surmonter
une crise éducative bien tangible. La conviction de l’organisation est que
les secteurs éducatifs public et privé possèdent chacun leur
propre valeur ajoutée, et que la conjugaison de leurs efforts, en partenariat,
peut accroître l’efficacité générale du système
éducatif. Mais à une condition expresse: en matière d’enseignement,
la responsabilité première doit rester à l’autorité publique,
parce qu’elle et elle seule est garante de l’intérêt général.
Or, il conduit à faire de l’éducation le moyen de former des citoyens
responsables, avant tout. La dérégulation des institutions éducatives
ne peut donc s’accompagner du dépérissement des règles fondamentales
qui encadrent la mission éducative, ni de l’absence d’un contrôle sérieux
quant à leur respect.
Ceci vaut tout autant au niveau mondial: la commercialisation de l’enseignement exige
une concertation à un niveau régional ou international, en particulier
pour veiller à ce que l’acquisition de valeurs universelles garde sa primauté
dans toute entreprise d’éducation. L’Organisation mondiale du commerce a commencé
à s’y intéresser. Car on esquive le problème en n’envisageant
l’impact de la mondialisation que sous l’angle des affaires, et donc en ignorant
ses effets — et ses potentialités — sur la liberté et l’épanouissement
de l’homme, via l’éducation mais aussi la science ou la culture.
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