
Pendant le Mondial 98, les hooligans avaient provoqué des incidents avec la
police. Ici à Lille.
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La FIFA entre
indignation et indulgence
Après les incidents qui ont eu lieu cette année en Italie et en
Espagne, le comité exécutif de la FIFA (Fédération
internationale de football association) «condamnait vigoureusement les manifestations
publiques de racisme. Sur le terrain, dans les gradins ou hors du stade, ces comportements
sont inacceptables».
Cette déclaration certes très à propos ne doit pas faire oublier
l’absence de réaction observée suite au comportement critiquable de
certaines personnalités du football comme Mehmet Ali Yilmaz. Ce dernier, qui
est président du club turc de Trabzonsport, avait traité l’attaquant
noir anglais Kevin Campbell de «cannibale» et de «décoloré»,
le forçant à se mettre en grève, avant d’obtenir son transfert
au club anglais d’Everton.
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Tensions à Strasbourg
Pour les dirigeants du Racing-Club de Strasbourg, en France, la saison n’aurait
pu commencer plus mal. Après une série de mauvais résultats,
une cinquantaine de supporters ont commencé à insulter l’entraîneur,
Claude le Roy, et deux joueurs africains du club, accueillis par des grognements
supposés imiter des cris de singe. Quelques jours plus tard, une croix gammée
et «Le Roy, sale juif» étaient peints sur un mur du stade. Les
dirigeants du club ont porté plainte pour incitation à la haine raciale,
déclenchant une enquête judiciaire.
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Le démon du racisme
habite les stades. Parce que les supporters appartiendraient à l’extrême
droite? Non, ils ne font qu’exploiter les vieux clichés enracinés dans
l’esprit de Monsieur tout le monde.
Voilà trois jours à peine
que la saison du championnat anglais a commencé, quand, au cours de la rencontre
Liverpool-Arsenal, Patrick Vieira est exclu par l’arbitre. Milieu de terrain de l’Arsenal
de Londres et membre de l’équipe de France qui a remporté la coupe
du monde et l’Euro 2000, il vient de recevoir son deuxième carton rouge en
deux matches. La presse britannique s’empare de l’affaire. Patrick Vieira va-t-il
rester en Angleterre? Les journaux soulignent que le joueur se plaint d’être
la cible de remarques xénophobes, tant de la part d’autres joueurs que de
diverses personnalités. Parce qu’il est noir? Non, affirme-t-il, parce qu’il
est français. On se souvient d’ailleurs des avanies subies, en leur temps,
par Eric Cantona, Franck Lebœuf et Emmanuel Petit.
Le racisme
des supporters anglais a changé de forme
Quelques mois plus tôt,
un défenseur de West Ham, un autre club londonien, avait été
sanctionné pour ses propos racistes: lors d’une algarade au cours de laquelle
Patrick Vieira lui avait craché dessus, il avait répliqué en
traitant son adversaire de «French prat» (petit con de Français)
qui «sentait l’ail». Harry Redknapp, le manager de West Ham avait alors
pris la défense de son joueur. «Quelle absurdité de le punir
pour si peu», avait-il commenté. «Tout cela pour une blague!»
En Angleterre, berceau du hooliganisme, le racisme des supporters existe toujours,
il a seulement changé de forme. Dans les années 70 et 80, les supporters
accablaient d’injures les joueurs noirs. La fermeté des campagnes d’opinion
condamnant ces manifestations avait fini par porter leurs fruits.
Mais les préjugés n’ont pas disparu et, ces dernières années,
un racisme plus insidieux empoisonne le jeu. Dans presque toute l’Europe, les stades
servent de défouloir aux esprits les plus étroits. Sous prétexte
de rivalité sportive, on y tolère des attitudes qui n’ont pas droit
de cité ailleurs.
Une affaire tragique, à Saint-Sébastien en Espagne, en est l’exemple
le plus récent. A l’issue d’un match entre les Basques de Real Sociedad et
l’Atletico de Madrid qui se solde par un score nul, les supporters s’affrontent violemment.
Un supporter basque, Aitor Zabaleta, est tué. Selon la version officielle,
il s’agit d’une simple échauffourée qui a mal tourné. Pourtant,
Ricardo Guerra, mis en examen pour ce meurtre, est membre du Bastion. Or, lors de
la rencontre, ce groupe d’ultras de l’Atletico chantait sur l’air de l’hymne national
espagnol: «Dehors, dehors les pédés, les nègres, les Basques
et les Catalans». Ils vont même surenchérir, pendant le match
retour, en exhibant devant les caméras de télévision un drapeau
portant la croix gammée.
Pour de nombreux commentateurs, la haine raciale qui s’exprime dans les stades reflète
l’influence des groupes néo-nazis sur ce milieu. Dans toute l’Europe, des
groupes de supporters exsudent la même haine de l’étranger. Ils gravitent
autour de l’Atletico et du Real Madrid en Espagne, du Lazio et du Milan AC en Italie,
du PSG en France et du Red Star Belgrade en Yougoslavie… Ils ont forcé le
club italien Udine à abandonner son projet d’engager le joueur israélien
Ronnie Rosenthal en multipliant les bombages antisémites sur le siège
du club; à Rome, ils déroulent face à leurs rivaux locaux une
banderole où l’on peut lire: «Auschwitz est votre pays, le crématoire
votre foyer».
Ces manifestations de haine raciale reflètent-elles pour autant une véritable
emprise des groupes néo-nazis sur les supporters? En Allemagne par exemple,
l’influence de l’extrême droite dans les stades est largement admise et soulignée
par les médias. Pourtant, selon le professeur Volker Rittner, de l’Institut
de sociologie du sport de Cologne, «les symboles nazis ne servent qu’à
provoquer, à briser les tabous. Ils n’ont pas de visée politique et
servent uniquement à attirer l’attention, à faire la une des journaux
du lundi».
Même quand le racisme des supporters se veut plus politique, il reste souvent
instable et fluctuant car en réalité, seules comptent les rivalités
entre clubs: à la première occasion, le racisme cède le pas.
En 1990, en Italie, pendant la coupe du monde, les supporters de Naples avaient renié
leur équipe nationale au profit de l’équipe argentine, dans laquelle
évoluait Diego Maradona, qu’ils considéraient comme un véritable
héros. Aussitôt, les «ultras» du Nord avaient manifesté
leur hostilité traditionnelle envers ces «sudistes» en prenant
parti pour les équipes affrontant l’Argentine: ainsi, même les supporters
les plus racistes s’étaient brusquement pris de passion pour l’équipe
camerounaise...
Fondée sur l’antagonisme, la culture des clubs de supporters blancs exige
de recourir à «l’insulte efficace», à la provocation la
plus pertinente, celle qui saura le mieux blesser. Au Royaume-Uni, les supporters
de tous les clubs rivaux de Liverpool scandent régulièrement: «Plutôt
être pakistanais qu’habitant de Liverpool». De même, en Italie,
les supporters nordistes parlent souvent des «Noirs» quand ils évoquent
leurs adversaires méridionaux. Dans chacun de ces cas, l’insulte est efficace
parce qu’elle fait référence à un groupe racial méprisé
par les fans des deux camps. Affirmer que l’on préfère le «Paki»
à l’habitant de Liverpool revient à charger l’injure d’une forte dose
de venin, tout comme associer les Italiens du Sud à la noirceur suffit à
raviver de vieux fantasmes nés de la proximité géographique
de l’Afrique.
Injures
proférées sous toutes les latitudes
L’efficacité des
propos racistes repose sur les préjugés dont souffrent certaines minorités
ethniques dans de larges secteurs de la société européenne blanche.
De ce point de vue, le racisme apparaît comme marginal plutôt que programmatique:
il représente une arme parmi d’autres, utilisable dans les rivalités
ritualisées entre supporters, pour peu que les circonstances s’y prêtent.
Comme on le sait, ni les chants des ultras italiens, adaptés du répertoire
communiste ou fasciste, ni les hymnes chrétiens entonnés par les fans
britanniques, ne permettent de conclure à de quelconques affinités
politiques ou religieuses.
En comparant les injures proférées sous toutes les latitudes, on se
rend bien compte qu’elles s’appuient sur des préjugés communs aux supporters.
Au Brésil par exemple, où de nombreux fans appartiennent à des
groupes ethniques marginalisés et souffrant eux-mêmes de discrimination,
les abus racistes sont rares (c’est la dérision sexiste qui prévaut).
En Angleterre, les succès sportifs des joueurs noirs ont modifié la
donne: l’humour xénophobe prend pour cible les Pakistanais ou, dans le cas
de Patrick Vieira, les Français. En Europe de l’Est et, dans une certaine
mesure, en Allemagne et en Italie, le racisme anti-noir tient toujours le haut du
pavé, en raison de la relative rareté des joueurs noirs dans les équipes.
Le spectre du racisme qui habite les stades nous atterre. Mais on se fourvoierait
à chercher ses origines dans l’influence de l’extrême droite ou dans
une déviance psychologique des supporters. Cette violence n’est qu’un symptôme.
Le mal est ailleurs, dans la société européenne elle-même.
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