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La Caravane des peuples

«Les paysans du Sud n’ont pas besoin des OGM»
Entretien avec Michel Bessières, journaliste au Courrier de l’UNESCO.
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En 1998, des paysans en colère ont semé du riz dans un golf de Manille (Philippines) pour protester contre la politique foncière du gouvernement.




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Superficies cultivées en organismes génétiquement modifiées.





La Caravane des peuples

Dans les années 70, sous la loi martiale, les paysans créent des organisations de défense. Elles sortent de la clandestinité au début des années 80. Le KMP (Kilusang Magbubukid ng Pilipinas), fédération nationale d’organisations militantes paysannes, est officiellement fondé en 1985. Il compte 55 sections provinciales et environ 800 000 membres parmi les paysans pauvres et sans terre.
Le KMP, l’une des plus puissantes organisations de ce type en Asie, est membre du mouvement international paysan Via Campesina. Il a participé à plusieurs campagnes internationales contre les firmes agrochimiques et les OGM.
En novembre 2000, il co-organisait la Caravane des peuples, pour la terre et pour une alimentation sans poisons. Rassemblant des agriculteurs, des sans-terre et des écologistes, cette caravane a traversé le Tamil Nadu (Inde), le Bangladesh et les Philippines. Au Japon, en Corée et en Indonésie, leurs partenaires menaient d’autres actions.
A chaque étape, la caravane a tenu des conférences sur la mondialisation, les pesticides et les manipulations génétiques; des rencontres et des débats avec des scientifiques locaux et des foires alimentaires, afin de promouvoir une nourriture sans pesticides et de célébrer la diversité alimentaire locale. Elle a aussi organisé des échanges de semences, alternative à la mainmise des multinationales.


Pour plus d’informations:
www.geocities.com/kmp_ph





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Chiffres clés, Philippines

Population:
74 millions (1999)
PNB/habitant:
1 020 $ (1999)
Pourcentage des actifs
agricoles par rapport à la population active totale:
40% (2000)
52% (1980)
Part de l’agriculture dans le PIB:
17% (1999)
25% (1980)

Sources: Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Banque mondiale.
Dirigeant du syndicat paysan KMP et riziculteur, Rafael Mariano explique les raisons du large mouvement d’opinion, en Asie, contre les pesticides et les organismes génétiquement modifiés.

Quelle est la situation de l’agriculture aux Philippines?
L’agriculture reste la pierre angulaire de l’économie philippine: elle emploie 40% de la population active (11,6 millions de personnes en 1999). Une majorité de paysans ne disposent que d’outils rudimentaires et de bêtes de trait. La plupart des exploitations sont très petites: seulement 2,1 hectares en moyenne.
Problème crucial: sept paysans sur dix ne possèdent pas la terre qu’ils travaillent. Fermiers, métayers ou ouvriers agricoles, ils sont liés par des relations féodales ou semi-féodales. Un petit nombre de familles contrôle de vastes étendues de terres: 60% des terres agricoles sont aux mains de 13% des propriétaires fonciers. Quelques grands propriétaires terriens possèdent plus de 20% de l’espace agricole.

Votre pays est-il autosuffisant sur le plan alimentaire?
Depuis la colonisation, l’agriculture philippine est axée sur l’exportation, et c’est l’une de ses faiblesses. De 1995 à 1999, elle a exporté 8,25 millions de tonnes de bananes, ananas et mangues, mais a dû importer 4,74 millions de tonnes de riz et 1,18 million de tonnes de blé.
Notre pays n’a pas d’industries de transformation. La plupart des intrants, des outils et des machines sont importés. Neuf des 13 grands producteurs de pesticides des Philippines sont étrangers. Ils contrôlent 85% du marché. La transformation et le commerce des produits agroalimentaires sont dominés par des sociétés comme Nestlé, Dole ou Del Monte. Certaines possèdent ou contrôlent de vastes étendues de terres qu’elles exploitent.

Comment la situation a-t-elle évolué depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce en 1995?
Le renversement a été spectaculaire: exportateur net de denrées alimentaires, le pays en est devenu importateur. L’Accord sur l’agriculture est entré en vigueur en janvier 1995. Dans les cinq ans qui ont suivi, les Philippines ont enregistré un déficit global du commerce agricole de 3,5 milliards de dollars, contre un excédent de 1,69 milliard de dollars pour les cinq années précédentes.
Le riz, la principale culture du pays, est une source de revenus pour ses 3,2 millions de producteurs. Mais il représente aussi 35% de l’alimentation d’un Philippin. Les importations de riz ont pourtant atteint le niveau record de 2,2 millions de tonnes en 1998, soit plus du quart de la consommation locale. L’instabilité des prix peut conduire à de brusques fluctuations du pouvoir d’achat des consommateurs pauvres. Une telle incertitude s’oppose à la notion de sécurité alimentaire.

Comment l’agrochimie affecte-t-elle les agriculteurs philippins?
Tout a commencé dans les années 70, avec la Révolution verte. La dictature de Marcos a présenté l’introduction de variétés à haut rendement comme une réforme agraire et les paysans ont été obligés de suivre le mouvement. Avant cela, on trouvait toujours quelque chose à ramener à la maison, même en dehors des périodes de récolte: poissons-chats, escargots, grenouilles... De ce point de vue, nos fermes étaient alors plus productives. Après l’introduction du prétendu «riz miracle», nous avons commencé à nous endetter. A chaque fois que nos champs étaient ravagés par un nouveau parasite, nous devions acheter d’autres pesticides. Beaucoup de paysans endettés ont dû abandonner leurs terres.

Les semences transgéniques permettraient d’augmenter la production et de satisfaire la demande d’une population croissante. Pourquoi y êtes-vous opposé?
Les OGM sont une fausse solution à un faux problème. Les paysans du Sud n’en ont pas besoin. Le problème n’est pas l’insuffisance de la production, mais que trop de gens n’aient pas accès à la nourriture dont ils ont besoin. Quatre personnes affamées sur cinq vivent dans des pays exportateurs de denrées alimentaires. L’Europe et l’Amérique du Nord, confrontées à un problème d’excédents, veulent introduire de force leurs produits agricoles sur les marchés des pays pauvres.
Les OGM renforceront le pouvoir des multinationales. Les cinq principales firmes agrochimiques dominent aussi le marché des semences transgéniques. Elles dicteront leurs conditions. A quoi bon accroître les rendements si c’est pour enfoncer, encore un peu plus, des millions de paysans dans la pauvreté?
Tout cela va-t-il vraiment améliorer la productivité? J’en doute. La petite polyculture qui produit pour le marché local est beaucoup plus productive que la grande monoculture orientée vers les villes ou l’exportation.

A vos yeux, l’agriculture biologique est-elle une solution?
Le principal rôle du KMP est de défendre les paysans. Mais nous encourageons nos membres à rompre avec l’agrochimie et à s’orienter vers d’autres méthodes. Nous collaborons avec diverses ONG dans ce domaine. Avec Masipag, par exemple, qui conserve, diffuse et développe 154 variétés de riz traditionnelles.
Honnêtement, l’agriculture biologique reste assez marginale aux Philippines en raison de l’influence des firmes agrochimiques. C’est pourquoi il est important de combiner nos campagnes de mobilisation avec l’introduction de l’agriculture biologique. Tôt ou tard, nous parviendrons à renverser la tendance. L’agriculture de l’avenir sera plus productive pour les personnes et plus respectueuse de l’environnement, parce qu’elle sera développée par les agriculteurs eux-mêmes.

La première préoccupation du KMP reste la réforme agraire. Où en êtes-vous?
Les problèmes ne doivent pas faire oublier nos succès. Par leurs campagnes, les paysans ont obtenu la réduction des loyers fonciers, la diminution des taux d’intérêt sur le capital agricole et des augmentations de salaires pour les ouvriers agricoles.
Dans la province de Batangas, en 1991, les fermiers de Hacienda Looc ont obtenu des certificats de propriété, délivrés par le département de la Réforme agraire. Deux ans plus tard, ces mêmes terres étaient vendues à une société immobilière, la Fil-Estate Land, qui voulait les convertir en complexe touristique et en cours de golf. Mais le promoteur et les hommes politiques locaux ont eu beau utiliser toutes les tactiques possibles, les fermiers sont toujours là. Hacienda Looc est devenu un symbole de la résistance des paysans.

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