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Pour
parvenir à un Etat de droit, l’essor des auto-organisations populaires et
l’implication de la puissance publique doivent fusionner.
Au début du XXe siècle, moins
du dixième de la population mondiale vivait dans un pays indépendant.
Aujourd’hui, l’ONU compte 189 Etats membres et pratiquement tous les êtres
humains vivent sous l’autorité d’un Etat souverain, reconnu par la communauté
internationale. Mais est-il pour autant légitime à leurs yeux et exerce-t-il
les missions qu’ils en attendent?
Parmi les 144 pays et territoires étudiés dans le dernier rapport d’Amnesty
international, des groupes armés assassinent des civils, torturent, prennent
des otages dans 46 d’entre eux. L’Etat y faillit à sa mission première:
monopoliser l’exercice de la violence légitime, que la collectivité
lui a volontairement délégué.
Violations des droits humains, insécurité, mais aussi prédation
pure et simple: nombre d’Etats sont un instrument qu’une minorité utilise
pour piller la population, quand les prélèvements qu’il opère
devraient être restitués sous forme de services rendus. La formule:
L’Etat, c’est le vol, s’applique alors exactement. Enfin, l’Etat peut être
de droit et pourtant impuissant, faute des moyens nécessaires pour accomplir
ses missions essentielles.
Face au vide et/ou à la coercition, les populations peuvent réagir
en s’appuyant sur leur «capital social», c’est-à-dire sur leur
volonté de s’en sortir et sur les organisations qu’elles constituent à
cette fin. Elles créent alors une dynamique de progrès matériel,
centré sur la lutte contre la pauvreté, mais aussi une dynamique identitaire,
puisqu’elles se prennent en charge à partir de leurs traditions et de leurs
savoir-faire, et une dynamique politique, à travers l’essor d’une démocratie
participative locale.
Faut-il pour autant imaginer que l’extension progressive de ces pouvoirs locaux autonomes
et leur réunion seraient «la» voie à suivre pour construire,
«par le bas», un nouveau type d’Etat en phase avec les attentes et les
besoins, donc inévitablement différent du type d’Etat «importé»
des pays industrialisés?
L’autonomie communautaire a une double limite que seule l’intervention de l’Etat,
aussi absent ou méfiant soit-il, permet de dépasser. D’une part, l’aménagement
d’un quartier doit s’inscrire dans un réseau d’infrastructures et un cadre
réglementaire, créés par la puissance publique, pour qu’il se
coordonne avec l’aménagement des quartiers voisins. D’autre part, les inévitables
conflits entre les acteurs locaux ne peuvent être démocratiquement arbitrés
qu’au sein d’instances plus larges, que seul l’Etat peut offrir.
Pour reconstruire des Etats forts et légitimes là où ils ne
le sont pas, les approches «par le bas», en faisant fructifier un capital
social trop souvent inexploité, et les approches «par le haut»,
pour que la puissance publique prenne ses missions en charge, ne s’opposent pas mais
doivent fusionner. |