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Un espion entre dans votre réfrigérateur...
Simon Davies, directeur de Privacy International, organisation de défense des droits humains, basée à Londres.

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«L’ordinateur est à la vie privée ce que la mitrailleuse était à la cavalerie.»

Alan W. Scheflin,
juriste américain (1942-) et Edward M. Opton, Jr., chercheur en psychologie (1936-)











plus
www.privacyinternational.org
Pour rejoindre la campagne contre la i-TV: http://www.spytv.co.uk.
Grâce à l’électronique, polices et entreprises s’introduisent chez vous sans que vous vous en rendiez compte: Simon Davies, champion du droit à la vie privée, dénonce la mise en place d’une «société de la surveillance», où le fondement même des libertés publiques, l’intimité, est peu à peu éliminé (voir aussi pp. 20 à 22).

Le lourd attirail de contrôle imaginé par George Orwell dans son roman 1984 sera complètement dépassé en 2020. Si la tendance actuelle se poursuit, les dispositifs de surveillance seront alors si parfaitement intégrés à notre environnement que nous ne remarquerons même pas leur intrusion permanente dans notre vie privée.
Les plus apparents seront les caméras de vidéosurveillance. Elles sont déjà omniprésentes au Royaume-Uni (
voir pp. 36-37) et devraient se répandre ailleurs dans les centres urbains, les nouveaux quartiers résidentiels, les bâtiments publics, sur le réseau routier... Et pourquoi pas dans nos foyers, si la loi ou la pression sociale l’exigeait?
Internet et le téléphone seront également de plus en plus écoutés. Les polices américaines et européennes ont déjà jeté les bases d’un gigantesque système d’écoute, capable d’intercepter tous les messages transitant par un téléphone portable, Internet, le fax ou tout récepteur d’appel à travers l’Europe. Baptisé Enfopol 98, ce plan a été élaboré en secret par des fonctionnaires de police et de justice. L’objectif est de créer un réseau «en continu» de surveillance des télécommunications, qui, un jour, franchira toutes les frontières et atteindra n’importe quel citoyen, où qu’il se trouve.
Les fournisseurs d’accès et les compagnies de téléphone devront alors assurer à la police un libre accès à toutes les communications «en temps réel et 24 heures sur 24», quel que soit le pays d’origine. Tous les nouveaux médias, dont les opérateurs de télévision interactive, seront priés de faire de même.
Enfopol s’appuiera sur un système de repérage qui permettra de ne pas quitter d’une semelle les malheureux élus. En gestation, ce dispositif baptisé IUR intégrera non seulement les noms, adresses et numéros de téléphone des «cibles» et de leur entourage, mais aussi leurs adresses e-mail, références de carte de crédit, mots de passe, et même, grâce aux téléphones portables, l’endroit où ils se trouvent. Enfopol n’est que l’un des nombreux systèmes utilisés pour contrôler les communications internationales. Il y en a d’autres, plus effarants encore, comme Echelon, le réseau d’écoute mondial de la NSA américaine (
voir pp. 34-35).
Pour affiner la surveillance, il faut cerner au plus près l’identité de chacun: ce sera l’un des grands objectifs des autorités dans les 20 prochaines années. Tout en créant des bases de données génétiques — notamment pour identifier les criminels et les enfants disparus — Etats et entreprises vont introduire des systèmes nationaux de reconnaissance électronique.
Des «identificateurs biométriques» existent déjà un peu partout dans le monde. Ils sont censés garantir une identification parfaite grâce au scannage de la main, du doigt ou de la rétine. L’Espagne constitue une banque d’empreintes digitales pour contrôler le droit des chômeurs aux allocations et à la sécurité sociale. La Russie va créer le même genre de système pour ses banques. Les Jamaïcains doivent «montrer» leur pouce avant de voter. En France et en Allemagne, on travaille à intégrer l’empreinte digitale aux cartes de crédit.
Depuis cinq ans aux Etats-Unis, les services de l’immigration (INS) ont élaboré un système de contrôle des passeports fondé sur la forme de la main encodée dans une carte à puce «intelligente». Plus de 70 000 personnes ont déjà testé ce dispositif qui, selon l’INS, va être étendu au monde entier.
Mais ce qui va toucher le plus directement l’individu, c’est le renforcement de la surveillance au travail. Les employeurs de presque tous les pays sont autorisés, «dans des limites raisonnables», à contrôler leurs salariés en permanence. Ils peuvent écouter leurs entretiens téléphoniques et leurs conversations, lire leur courrier électronique, observer l’écran de leur ordinateur, analyser leur travail informatique, les épier au moyen de caméras en circuit fermé et les suivre à la trace grâce à des technologies comme les badges «intelligents», qui permettent de repérer leurs déplacements jusque dans les toilettes. Les employeurs exigent souvent des analyses d’urine pour détecter l’usage de drogues et un accès aux données personnelles et médicales les plus intimes.
Le logiciel qui permet d’écouter le téléphone du salarié paraît bien primitif comparé aux nouveaux produits. Certains mesurent par exemple le nombre de frappes sur son clavier pour évaluer sa productivité. Même les travailleurs les plus qualifiés doivent s’attendre à être observés à la loupe. Il est très probable que le logiciel de réseau par lequel vous échangez des fichiers avec un collègue permet déjà à votre supérieur de vous espionner, d’observer votre écran en temps réel, de scanner vos fichiers, voire d’«écraser» vos mots de passe.
Votre foyer ne sera pas non plus épargné. La «i-TV», la nouvelle génération de télévision numérique interactive, va instaurer une relation sans précédent avec le client. En collectant des données sur son comportement de téléspectateur, ses transactions financières, ses interventions lors d’enquêtes «en direct», elle pourra tracer son «portrait-robot».
Un ouvrage récent, Spy TV (publié sous la direction de l’Américain David Burke), révèle qu’équipées d’un nouveau logiciel, les compagnies de i-TV vont créer des «profils psychologiques» afin de «modifier le comportement» des téléspectateurs. En gros, on vous présentera un produit, on enregistrera vos réactions, puis, en fonction de celles-ci, on vous proposera autre chose. Votre téléviseur finira par vous connaître assez bien pour vous amener à faire de vous ce qu’il voudra. Et l’être humain qui le contrôlera sera un jour remplacé par un logiciel d’intelligence artificielle.
La vie privée est et sera rognée de mille autres manières. Les téléphones portables se muent en engins de filature, sous prétexte de donner des informations «utiles» comme indiquer la station-service la plus proche ou faire la publicité d’un restaurant local. Ne vous demandez pas si vous en avez besoin, mais plutôt si vous voulez être pris en filature partout.
Vous l’êtes probablement déjà sur Internet. Des sites conservent la trace de vos achats, d’autres vous offrent des services (informations, e-mails gratuits, actions) en échange de données qu’ils vendent à des tiers ou échangent sans votre accord (
voir pp. 24-25). Chaque fois que vous visitez un site Web, un petit fichier contenant un numéro d’identification (un cookie) est automatiquement stocké sur votre disque dur. Grâce à un seul cookie, les réseaux publicitaires peuvent vous suivre dans le dédale de milliers de pages. L’Internet Engineering Task Force, un groupe de concepteurs de réseaux, commerciaux et chercheurs travaillent à attribuer un numéro d’identification permanent à tout appareil connecté à Internet. Bientôt, quelqu’un, quelque part, aura sans doute les moyens de savoir ce que vous conservez dans votre réfrigérateur.

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