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Sketchs, mensonges et vidéo
Jack Cheshire, producteur de télévision et journaliste indépendant, basé à Londres.

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Les agents de vidéosurveillance de Newham prétendaient ne pas pouvoir repérer ces danseurs sur leurs images!


































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jack.cheshire@clara.net
Un humoriste utilise les lois sur la protection des données personnelles pour railler l’usage massif des caméras de surveillance au Royaume-Uni.

Les Britanniques passent pour des parangons de discrétion mais en fait, nous sommes une nation de voyeurs et d’exhibitionnistes. Depuis 25 ans, gouvernements et citoyens installent des caméras de surveillance dans les endroits les plus banals: bus, gares, aéroports, centres urbains et même cabines téléphoniques. Nous avons caché des caméras dans les cabines d’essayage des magasins et défilons dans les rues sous le nez de policiers en uniforme portant des casques équipés de caméras.
Au pays de George Orwell, la densité des caméras de surveillance est la plus forte du monde: une pour 55 habitants, selon une récente étude de l’Université de Hull. En 1995, près de 80 % du budget du ministère de l’Intérieur pour la prévention de la criminalité a été englouti par l’achat de nouvelles caméras. Et la demande du secteur privé représente 30 % d’un marché de 1,5 milliard de francs par an, qui progresse de 15 à 20% chaque année.
Selon Michael Howard, ancien ministre de l’Intérieur, «la vidéosurveillance permet d’arrêter les criminels, de repérer les infractions, d’identifier les délinquants et de condamner les coupables». On ne dispose pourtant d’aucune estimation officielle du ministère de l’Intérieur quant à l’impact des caméras sur le taux de criminalité. En Ecosse, il est récemment apparu que le Parlement ne disposait d’aucune information sur le nombre de condamnations résultant de la vidéosurveillance. Pourtant, James Ditton, professeur au Centre de criminologie d’Ecosse, soulignait en 1999 que les 32 caméras installées dans le centre de Glasgow ne produisaient qu’une arrestation tous les 40 jours.

Une caméra pour 55 habitants et toujours plus de crimes
En réalité, le développement exponentiel des circuits vidéo s’accompagne d’une augmentation du taux de criminalité et d’une baisse des effectifs de policiers dans les rues. Le taux de criminalité a doublé entre 1980 et 1990, avec un record absolu de 5,22 millions de crimes et délits l’an dernier et une augmentation de 8 % des actes violents à l’échelle nationale. Selon les autorités, seulement 300 policiers patrouillent de nuit à Londres, qui compte sept millions d’habitants.
Oublions donc l’argument sécuritaire et revenons à notre hypothèse de départ: la surveillance vise le contrôle social. Cette idée n’a rien d’absurde étant donné que le respect de la vie privée n’est pas inscrit dans la loi britannique. En revanche, nous avons une loi sur la protection des données, votée en 1984, et renforcée en mars 2000: les citoyens ont le droit de contrôler et de rectifier leurs informations personnelles, quel qu’en soit le détenteur.
Je travaille avec l’humoriste Mark Thomas pour l’émission de télévision The Mark Thomas Product. Dans l’esprit du service public, nous avons cherché à faire respecter la nouvelle loi. Tous les opérateurs vidéo sont obligés de déclarer leur activité aux autorités. Nous avons donc visité un Salon des professionnels de la sécurité. Parmi les 200 exposants, 127 avaient omis de faire la déclaration. Nous les avons invités à nous accompagner au cybercafé de l’expo pour qu’ils se mettent en règle via Internet. Mais la plupart nous ont envoyé balader et nous avons été expulsés du Salon, non sans que les organisateurs aient rédigé une lettre à l’intention des exposants, leur notifiant leurs obligations légales.

Quarante ans de spectacle gratuit
Nous nous sommes ensuite penchés sur un autre aspect de la loi: tout individu identifiable filmé par une caméra a le droit d’exiger une copie des images. Le rêve pour un humoriste. Puisque nous devons être filmés la moitié du temps que nous vivons, autant demander les séquences et en avoir pour 40 ans de spectacle!
D’où l’étape suivante: les chemins de fer britanniques, privatisés et peu fiables. A cause d’eux, de nombreux travailleurs pointent en retard et risquent des ennuis avec leur patron. Nous avons donc proposé à des voyageurs d’aller se planter sous une caméra de la gare, avec une grosse pendule dans les bras. Sur simple demande, la compagnie Railtrack a envoyé la cassette à chacun de ces voyageurs, qui ont ainsi pu prouver à leurs patrons que les chemins de fer étaient responsables de leurs retards.
Mais c’est en testant les équipements de vidéosurveillance dernier cri que nous avons eu de vraies surprises. La mairie de Newham (une subdivision administrative de Londres) a consacré près de 20 millions de francs à l’achat de caméras numériques capables d’identifier des malfrats grâce à un logiciel de reconnaissance faciale. Nous avons convaincu six danseurs folkloriques en costume d’exécuter leurs danses traditionnelles dans ce quartier et demandé les images. Peu après, les services municipaux nous répondaient qu’ils ne pouvaient pas nous les donner: le logiciel, disaient-ils, n’avait pas reconnu nos danseurs! Comme si l’on avait besoin de matériel high-tech pour reconnaître ce genre de danseurs… Problème: les agents de la municipalité étaient-ils de mauvaise foi?
Nous nous sommes trouvés par hasard devant une usine Ford au moment où des syndicalistes qui appelaient à la grève étaient pris à partie par des employés plus «sages». A notre demande, Ford nous a envoyé la vidéo de l’incident. Mais en dehors d’une vue captivante du parking voisin, pas la moindre trace de l’incident. La technologie avait-elle failli à sa mission?
Tout ceci confirme notre hypothèse: c’est pour le secteur du divertissement que la vidéosurveillance est la plus prometteuse. Nous avons donc lancé un concours de la meilleure vidéo obtenue au Royaume-Uni grâce aux lois sur la protection des données personnelles. Les candidats auront l’honneur d’être départagés par Jonathan Ross, l’éminent critique de film de la BBC. Je voudrais maintenant annoncer, dans ces colonnes, la création officielle d’un deuxième concours, international celui-là. Tout enregistrement issu d’un système de surveillance peut y participer, qu’il émane d’un pays disposant ou non d’une législation appropriée. Merci d’envoyer vos cassettes, à «Concours de la vidéosurveillance», Vera Productions, 3rd Floor, 66-68 Margaret Street, London, W1W 8SR, Londres, Royaume-Uni.

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