
«Un crime contre la culture», selon le Directeur général
de l’UNESCO.

Afghanistan
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L’UNESCO poursuit ses efforts
Dès
les premières menaces contre le patrimoine, l’UNESCO
a impulsé
ou relayé la plupart des initiatives internationales destinées à
«enrayer le mouvement vers l’absurde, dans lequel se sont engagées les
autorités de Kaboul», selon les termes de Koïchiro Matsuura, directeur
général de l’Organisation.
Celui-ci a dépêché un envoyé spécial afin de les
amener à reconsidérer leur décision de détruire le patrimoine
préislamique afghan. Il a aussi réuni d’urgence les représentants
de l’Organisation de la Conférence islamique, pour discuter avec eux de lignes
d’action communes. Tout en poursuivant la mobilisation des dirigeants politiques
et religieux, l’UNESCO
a aussi
lancé une pétition internationale appelant à l’arrêt des
destructions et à la reprise du dialogue par les talibans. La destruction
confirmée des statues de Bamiyan – des représentations de Bouddha exceptionnelles
par leurs dimensions et leur ancienneté – ne doit pas interrompre la pression
internationale sur le régime afghan.
Pour plus de détails sur la pétition et sur le fonds spécial
de l’UNESCO
: www.UNESCO.org/
opi2/afghan-crisis/
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«En
temps de guerre, le patrimoine culturel
de ces pays a souffert du pillage et des destructions. En conséquence, la
paix et la stabilité apparaissent comme des facteurs fondamentaux pour la
préservation et la protection du patrimoine.»
Kassaye
Begashaw, directeur du Centre de recherches et de conservation du patrimoine culturel
pour l’Ethiopie
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Malgré
une réprobation unanime, les talibans ont détruit les bouddhas de Bamiyan.
Pourrait-on transférer en lieu sûr, et sous la responsabilité
de l’UNESCO,
ce qui peut être encore sauvé?
Le 26 février
2001, le mollah Omar, émir autoproclamé des talibans, décrète
la destruction de tous les monuments et œuvres d’art figuratives sur le sol afghan.
La décision, sans précédent, suscite une réaction internationale
unanime.
Pourquoi une telle mobilisation? Et pourquoi a-t-elle rencontré une fin de
non-recevoir? A mon avis, si le régime des talibans avait, dans un domaine
ou dans un autre, contribué au bien-être de la population, sa rage iconoclaste
n’aurait pas suscité une telle levée de boucliers. Certes, le vandalisme
culturel aurait mobilisé les consciences. Mais, dans ce cas précis,
l’indignation universelle s’est nourrie de toutes les vexations imposées aux
Afghans, avant de se cristalliser sur la question du patrimoine.
Depuis que le régime s’est installé à Kaboul en 1996, son insondable
mépris s’est manifesté à l’égard de toute la population.
La minorité chiite d’abord, puis les femmes, soumises au port du tchador grillagé,
les filles, interdites de scolarité dès l’âge de 8 ans, comme
les paysans, touchés par la sécheresse et contraints de prendre par
centaines de milliers les routes de l’exil, tandis que les champs du sud et de l’est
du pays sont consacrés à la culture du pavot. Un seul trait distingue
les atteintes au patrimoine des autres exactions: cette fois, le message s’adresse
d’abord à la communauté internationale.
Un
Bouddha au visage d’Apollon
Et
cette fois, il a été reçu. Car, en 1989, quelques semaines après
le retrait des troupes soviétiques, un groupe de maquisards du Hezb-i-Islami,
saccageait le monastère bouddhique de Hadda et ses œuvres d’une qualité
exceptionnelle, à l’est de l’Afghanistan, sans susciter la moindre réaction.
Ces mêmes combattants qui ont, depuis, rejoint les talibans, posaient les prémisses
de destructions motivées par l’idéologie.
Le décret de mollah Omar formalise cette logique. Il manifeste plus qu’un
mépris de principe pour la culture des autres communautés et, en particulier,
la culture bouddhiste: il la refuse radicalement, au point de décider de l’éradiquer,
parce qu’il attache toujours à ces statues une valeur magique, maudite et
crainte.
La représentation du Bouddha a été fixée pour la première
fois sur l’actuel territoire afghan. Et ce depuis que les artistes de la civilisation
du Gandhara, entre le ier et le ve siècle de notre ère, inspirés
par la statuaire hellénistique, lui ont donné le visage d’Apollon.
Le Japon, le Sri Lanka, la Chine, la Birmanie, la Corée ou la Thaïlande
voient dans l’Afghanistan l’Athènes du bouddhisme.
Herat, à l’ouest de l’Afghanistan, est ensuite, au XVe siècle, la Florence
de la peinture musulmane. Car, dans la querelle qui avait opposé, quelques
siècles plus tôt, partisans et adversaires du droit à représenter
le divin, si le califat de Damas avait décrété l’interdiction
de représenter Dieu, il avait en revanche autorisé celle du prince
et de son pouvoir.
Héritières de cette tradition, les miniatures et les enluminures de
la cour de Herat fixent les canons du genre, repris, jusqu’au XVIIIe siècle, d’Istanbul à
Agra. La plupart de ces chefs d’œuvre furent transportés en Perse, après
l’annexion du royaume, en 1510, d’autres accompagnèrent les princes timourides
de Kaboul, cousins de ceux de Herat, quand ils conquirent l’Inde et y installèrent
la dynastie moghole. Les dernières enluminures figuratives conservées
dans une bibliothèque au nord de Kaboul ont été brûlées
après 1996. Le transfert du patrimoine hors de son cadre d’origine a parfois
des effets positifs!
Solution
d’urgence: envoyer les œuvres à l’étranger
Au
XXe siècle enfin,
tous les Etats de culture musulmane, sans exception, comme tous les autres Etats,
ont adopté le principe que la conservation et la mise en valeur du patrimoine
archéologique sont essentielles à l’édification d’une nation
moderne et représentent un soubassement de l’identité culturelle. Ils
rompaient, comme l’avaient fait les puissances européennes après la
découverte de Pompéi au XVIIIe siècle, avec
la terreur sacrée qui prévalait jusque-là face aux œuvres de
tradition religieuse étrangère. Désormais, le passé archéologique
devait être préservé comme support de la connaissance, indépendamment
de la charge religieuse qu’il pouvait porter à l’origine.
Dès 1919, l’Afghanistan indépendant invite des archéologues
– français, d’abord, puis italiens, russes, japonais et américains,
plus récemment britanniques et indiens – à entreprendre des fouilles
sur leur territoire, à former des archéologues afghans en échange
d’accords sur la répartition des trouvailles. Mais, en 1979, la guerre met
un terme à ces échanges. Pourtant, c’est après le retrait soviétique
que les troubles vont atteindre une inquiétante intensité, dont je
peux témoigner.
A l’automne 1994, j’entre dans le musée, en même temps que les troupes
du commandant Massoud. Depuis deux ans, le quartier est entre les mains d’une faction
indépendante de tout pouvoir central. Le bâtiment a souffert de tirs
de roquettes et les collections ont été pillées par pure cupidité.
Massoud accepte de placer un cordon de soldats autour des lieux et se porte garant
de leur protection. Dans les 24 heures, Carla Grissmann, membre de la de la Spach
(Society for the Protection of the Afghan Cutural Heritage, à Peshawar) commence
à répertorier les collections restantes.
La même année, des archéologues afghans me font part de leurs
craintes. Selon eux, le gouvernement de Rabbani et de Massoud ne tiendra pas longtemps
à Kaboul. Quand ils entreront dans la capitale, les islamistes extrémistes
pourraient bien en finir avec les collections. Najibullah Popal, le conservateur
du musée, suggère un projet dicté par l’urgence: créer
un dépôt provisoire dans un pays lointain. Je consulte alors les représentations
diplomatiques et les associations de protection du patrimoine afghan. Personne, hélas,
ne donne suite.
Bâle,
New York, deux asiles pressentis
Depuis,
plusieurs projets du même ordre se sont succédé. Paul Bucherer-Dietschi,
un collectionneur suisse de manuscrits afghans, affirme avoir été contacté
par les talibans aussi bien que par Rabbani pour accueillir dans son musée
de Bubendorf (canton de Bâle), ce qui reste du patrimoine afghan. Après
la fatwâ de mollah Omar, le Metropolitan Museum de New York, proposait à
son tour d’abriter les pièces épargnées. Si le transfert est
encore possible et quelle que soit la destination retenue, il devrait s’opérer
sous le contrôle d’une autorité supranationale. L’UNESCO serait la plus légitime.
En 1937, pendant le siège de Madrid, le gouvernement républicain espagnol
avait demandé à la Suisse d’offrir l’asile aux collections du Prado.
Elles n’avaient regagné le territoire national qu’à la fin de la Seconde
Guerre mondiale. Les circonstances afghanes sont différentes, mais l’intensité
de la crise est comparable. C’est pourquoi la notion de patrimoine national doit
céder le pas à celle de patrimoine de l’humanité. Ou il faudra
accepter la disparition de l’art figuratif afghan. |