
Un archéologue explique à des paysans maliens l’importance de préserver
les sites.

Mali
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La
liste rouge: un signal d’alarme
Huit catégories
d’objets archéologiques africains sont aujourd’hui particulièrement
menacées par le pillage: les terres cuites nok, les terres cuites et bronzes
d’Ifé, les statues en pierre d’Esie (Nigéria), les terres cuites, bronzes
et poteries de la vallée du Niger (Mali), les terres cuites, bronzes et poteries
du système des sites de Bura (Niger et Burkina Faso), les statues en pierre
du nord du Burkina Faso, les terres cuites du nord du Ghana et de la Côte-d’Ivoire,
les terre cuites et bronzes dits sao (Cameroun, Tchad, Nigeria).
L’ICOM (Conseil international
des musées), une ONG qui entretient des relations étroites avec l’UNESCO, a dressé une Liste
rouge incluant tous ces objets. Elle doit servir de «signal d’alarme»
pour les musées, les marchands, la police et les douanes sur le trafic des
œuvres d’art.
Outil d’information et de contrôle, laListe rouge présente, pour chaque
catégorie d’objets, leur provenance et leurs caractéristiques physiques,
ainsi que les législations nationales et internationales qui les protègent.
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«Restituer
au pays qui
l’a produit telle œuvre d’art ou tel document, c’est permettre à un peuple
de recouvrer
une partie de sa mémoire et de son identité, c’est faire la preuve
que… se poursuit toujours le long dialogue des civilisations.»
Amadou-Mahtar
M’Bow, ancien Directeur général de l’UNESCO (1921-)
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L’ensemble
de la population malienne, dont les paysans, mène depuis 20 ans une véritable
guerre contre le pillage. A la tête de ce combat: le président Alpha
Oumar Konaré.
Aujourd’hui, le site
archéologique de Jenné-Jeno n’est plus pillé. Non loin de là,
les villageois de Nombori ont créé leur propre musée, comme
les habitants de Fombori, dans la région de Mopti. Tous auraient pu être
tentés par le pillage pour améliorer leurs conditions de vie difficiles
mais, désormais, ils sont conservateurs! Les efforts déployés
par le Mali, ces deux dernières décennies, n’ont pas été
vains, même si le pillage archéologique est loin d’être éradiqué.
Il remonte aux années 1970. Auparavant, le commerce des objets d’art concernait
essentiellement les statuettes et masques en bois, les seuls à posséder
une valeur esthétique et marchande en Occident. Très vite, le pillage
a pris des proportions dramatiques. A tel point que le Mali est, avec le Nigeria
et le Niger, l’un des pays d’Afrique de l’Ouest dont le patrimoine archéologique
a le plus souffert du pillage et du trafic illicite.
Selon une étude menée en 1989 par l’Institut des sciences humaines
de Bamako, 17% des 834 sites répertoriés dans le pays dogon ont été
victimes de ce vandalisme, et 2% sont à jamais perdus pour la recherche. Dans
le delta intérieur du Niger, les centaines de statuettes en terre cuite, dites
de «Djenné», du nom de la ville1 proche du site archéologique
de Jenné-Jeno, sont dispersées à travers le monde dans les collections
privées et les musées. Les fameuses statuettes «Bankoni»,
du nom d’un village dans la banlieue de Bamako, partagent leur sort. Tout comme les
figurines en bronze, d’une valeur archéologique inestimable, provenant des
sites du Méma, dans la région de Ségou.
La
Belgique, plaque-tournante du trafic
Le
génie de nos anciennes civilisations de tradition orale s’est exprimé
essentiellement par le biais de la statuaire, l’une de nos sources d’information
les plus précieuses sur le passé. Une des rares statuettes trouvées
lors d’une fouille scientifique du site de Jenné-Jeno a révélé,
par exemple, la pratique de l’inhumation en jarre et d’autres traditions animistes.
Mais nous ne savons toujours rien des «Bankoni», si ce n’est qu’elles
datent du xive et xve siècles. Elles ont toutes été découvertes
par des pilleurs. Ces anciennes cultures, qui nous ont légué ce patrimoine,
resteront mystérieuses, bien qu’un grand nombre de pièces se retrouvent
sur le marché de l’art.
Celui-ci est essentiellement alimenté par de prétendus antiquaires
qui s’approvisionnent auprès de leurs propres réseaux de pilleurs,
des paysans ou des bandes organisées. Les antiquités sont exportées
vers la France, les Etats-Unis et surtout la Belgique, plaque tournante de ce commerce.
La gravité de la situation est apparue très vite aux yeux des autorités
maliennes. Sous l’impulsion de l’actuel président Alpha Oumar Konaré,
qui fut responsable du patrimoine historique et ethnographique de 1976 à 1978,
puis ministre de la culture de 1978 à 1980, un cadre juridique permettant
une lutte efficace contre le pillage et le trafic a été élaboré.
Une série de lois ont été adoptées à partir de
1985. En 1987, le Mali a ratifié la Convention de l’UNESCO
de 1970 (voir
p. 21).
Des
villageois au service de la gendarmerie
Mais
comment impliquer la population? Une série de rencontres, regroupant de 50
à 100 personnes issues de toutes les catégories sociales ont été
organisées, surtout dans les régions les plus touchées. Elles
ont permis d’expliquer la portée des nouvelles lois et l’importance des sites
pour notre histoire nationale et notre identité culturelle. Ce n’était
pas toujours facile. Les populations rurales, victimes de sécheresses répétées
depuis 1974, ne comprenaient pas ou n’acceptaient pas toujours le sens de notre démarche.
Mais nous avons persévéré. En 1993, nous avons franchi une nouvelle
étape: à Bandiagara, Djenné et Tombouctou, des missions culturelles
ont favorisé la participation des villageois à la protection de leur
patrimoine. Résultat: les habitants des environs de Djenné et de Tenenkou
ont récemment monté une pièce de théâtre et une
exposition temporaire expliquant leur démarche. Certains se sont mis au service
de la gendarmerie pour assurer la protection des sites archéologiques.
En milieu urbain, la presse a contribué à la sensibilisation. L’exposition
Vallées du Niger, au Musée National de Bamako, en 1994, a révélé
au public notre extraordinaire richesse archéologique et souligné les
dangers qui la menacent. Le Mali n’a pas hésité à procéder
à des arrestations et à condamner à des peines d’emprisonnement
pour montrer la gravité du pillage et du trafic.
Mais la lutte sur le plan national ne pouvait aboutir aux résultats escomptés
tant que la demande du marché international restait forte. La coopération
internationale s’imposait. Dans le cadre de la Convention de l’UNESCO
de 1970, le Mali et les Etats-Unis ont signé, en 1997, un accord de restriction
à l’importation illicite du patrimoine archéologique de la Vallée
du Niger et des objets issus des grottes tellem des falaises de Bandiagara2. C’est un cas unique
sur le continent africain. Le Mali souhaiterait établir une coopération
bilatérale avec d’autres pays importateurs, comme la France, qui est déjà
partie à la Convention de l’UNESCO, ou encore la Suisse
et la Belgique, quand elles l’auront ratifiée.
Pour ce qui concerne la coopération professionnelle, le Mali a participé
aux ateliers régionaux organisés par l’ICOM (Conseil international
des musées) à Arusha en 1993, à Bamako en 1994 et à Kinshasa
en 1995, avec la participation de responsables de musées, de la police et
des douanes. En 1997, le Mali était également présent à
l’atelier international d’Amsterdam, dont l’objectif était de renforcer la
solidarité entre les pays sources et les pays importateurs. C’est au cours
de cette réunion que la Liste rouge de l’ICOM a été
établie (voir
encadré).
La solidarité internationale est indispensable pour contrôler le marché
illicite, développer les recherches archéologiques et mettre en place
des programmes d’éducation. La faiblesse des ressources humaines et financières
d’un pays comme le Mali, confronté par ailleurs à la pauvreté,
ne lui permet pas de mettre en œuvre tous les programmes indispensables pour arrêter
le pillage. Il faut dire non à l’égoïsme. Le patrimoine des pays
pauvres mérite autant de respect que celui des pays riches. La bataille est
loin d’être gagnée.
1. Inscrite
sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, en 1988.
2. Les falaises de Bandiagara (pays Dogon) ont été inscrites sur
la Liste du patrimoine mondial en 1989. |