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2. Cosmos, Dieu et nous
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Quand les mythes volent au secours de la science | Dieu et le big-bang: une rencontre au sommet | Et si le monde n’avait pas eu de commencement ? | La fresque |
La science progresse, les mystères aussi
John Horgan, auteur américain de The End of Science (1996), de The Undiscovered Mind (1999) et de The Deep End: Getting to the Bottom of Mysticism (à paraître).
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La nébuleuse Œil de chat, linceul gazeux  éjecté par une étoile mourante de type solaire.




«Le contraire d’une assertion correcte est une assertion fausse. Mais le contraire d’une vérité profonde est peut-être bien une vérité profonde.»

Niels Bohr, physicien danois (1885-1962)

La cosmologie est capable de remonter jusqu’à la toute première seconde de l’univers. Pourtant, plus elle nous en apprend, plus elle laisse de questions sans réponse.

L’explication du mystère de l’existence est-elle imminente? Des scientifiques de renom le prétendent: les théories d’unification de la physique – comme celle des supercordes –, combinées avec des versions sophistiquées du big-bang, nous fourniraient bientôt une «théorie de tout». Le physicien Stephen Hawking, par exemple, considère cette «théorie de tout» comme une révélation mystique qui nous amènera, devant la nature, à émettre un péremptoire «Ah, c’était donc ça!» au lieu du traditionnel «Hein? Je n’ai pas compris».
Si la perspective d’un monde sans mystère vous refroidit, rassurez-vous: elle ne se réalisera jamais. C’est le paradoxe de la science moderne: plus elle nous en apprend, plus le mystère s’épaissit.

Un zeste de gravitation
Prenez la question la plus élémentaire: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? La formidable théorie du big-bang ne nous dit pas pourquoi ni comment ce big-bang est survenu. Selon la mécanique quantique, le vide grouille de particules virtuelles, affirment certains physiciens. Elles deviennent réelles l’espace d’un instant, avant de disparaître. Peut-être, concluent les mêmes, l’univers tout entier était-il, à l’origine, une particule virtuelle. Mais les physiciens ne disposent d’aucun indice permettant d’expliquer pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Après tout, d’où viennent les lois de la mécanique quantique, censées présider à la création quantique?
Question suivante: pourquoi l’univers a-t-il cette apparence plutôt qu’une autre? Pourquoi obéit-il à telle loi plutôt qu’à telle autre? Une dose infinitésimale de gravitation en plus et l’univers aurait cessé son expansion. Aussitôt après le big-bang, il se serait effondré dans un trou noir. Un zeste de gravitation en moins et il se serait éparpillé avec une rapidité telle qu’étoiles, galaxies et planètes ne se seraient jamais formées. Pour le physicien Lawrence Krauss, la gravitation avait autant de chances d’aboutir à la création du cosmos qu’un humain de deviner le nombre d’atomes qui composent le soleil.
Reste l’énigme de la vie. Le biologiste Richard Dawkins déclarait un jour que la vie «n’est plus un mystère» depuis Darwin et sa théorie de l’évolution par la sélection naturelle. Soyons sérieux: la vie demeure une énigme en dépit de cette théorie ou de disciplines plus contemporaines – la génétique et la biologie moléculaire. Aucune ne peut nous dire pourquoi la vie est apparue sur Terre. Ni s’il s’agissait d’un phénomène prévisible ou d’un coup de chance.
Richard Dawkins et d’autres affirment que la vie est un phénomène vigoureux, susceptible d’apparaître ailleurs. Mais où sont les preuves? Des décennies de recherches n’ont permis de déceler aucune trace de vie extra-terrestre. Pour autant qu’on le sache, la vie n’est apparue qu’une fois, ici, sur Terre, il y a environ 3,5 milliards d’années. Et les tentatives pour recréer la vie en laboratoire ont déconcerté tous les chercheurs qui s’y sont essayés. «Les conditions à réunir pour que la vie apparaisse sont si nombreuses que son apparition tient du miracle», déplore le prix Nobel Francis Crick, un agnostique tendant vers l’athéisme.

Les trilobites et les chauffeurs de taxi
Une fois la vie en marche, l’apparition d’espèces aussi complexes que la nôtre n’était qu’une question de temps, assurent de nombreux scientifiques. Mais l’histoire de la vie contredit cette interprétation. La vie existe depuis 3,5 milliards d’années. Et durant 80 % de ce laps de temps, elle s’est cantonnée aux organismes unicellulaires – algues ou bactéries. Puis, quelque chose s’est produit – les biologistes ne sauront sans doute jamais quoi – et l’on a vu surgir les trilobites, les tricératops, les chauffeurs de taxi et les autres créatures multicellulaires.
Le paléontologue Stephen Jay Gould a souligné le rôle crucial du hasard dans l’émergence d’homo sapiens. Si la vie sur Terre repartait de zéro, et ce, un million de fois, elle ne produirait, en toute probabilité, aucun mammifère et encore moins une créature ressemblant à homo sapiens. Le biologiste Ernst Mayr soupçonne l’être humain d’être la seule forme de vie dans toute la galaxie, voire dans l’univers, capable d’inventer la radio et les autres techniques de communication. Pour lui, le programme SETI – la recherche d’intelligences extraterrestres par l’écoute des radio-transmissions – est voué à l’échec.
Selon Steven Weinberg, spécialiste de la physique des particules, «plus l’univers semble compréhensible, plus il semble dénué de sens». Je suggère un autre aphorisme: «plus l’univers semble compréhensible, plus il semble improbable». Et le plus improbable, c’est qu’un amas de matière soit capable de se faire de la bile au sujet de cette improbabilité.

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