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Un avion colombien de la Police nationale procède à la fumigation des
champs de pavot (Etat de Huila).

Plus de la moitié de la coca du pays se concentre à la frontière
sud.

Un champ de coca fumigé en janvier 2001.
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la
Colombie et la coca
La Colombie
est le premier producteur de coca et de pâte de base de cocaïne au monde.
Selon les chiffres publiés en mars 2001 par le Département d’État
américain, la Colombie cultive la feuille de coca sur près de 140 000
hectares. La quantité de cocaïne produite annuellement dans ce pays est
estimée à 580 tonnes.
En Colombie, la coca n’a pas la même signification culturelle qu’en Bolivie
ou dans d’autres pays andins, même si on l’utilise aussi à des fins
médicinales, surtout dans les communautés indigènes d’Amazonie.
Son usage n’est pas reconnu par la loi colombienne, contrairement à ce qui
se passe dans certaines régions de Bolivie.
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«La seule chose
que la coca nous ait apportée, c’est la ruine, la prison ou la mort.»
«Les trafiquants de drogue ont déboisé 600 000 hectares de jungle
et de forêt.»
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La
politique de fumigation engagée par le gouvernement colombien, avec l’aide
des Etats-Unis, pour éradiquer la culture de la coca provoque des dégâts
irréversibles sur les populations et l’environnement. Mais les trafiquants
eux-mêmes font des ravages.
A
première
vue, la feuille de coca n’a rien d’impressionnant, pas plus que l’arbuste qui la
produit. Mais dès qu’elle est exposée à la lumière, elle
vire du vert clair au jaunâtre et laisse transparaître des nervures qui
convergent vers son centre. C’est là que se concentre la drogue, enjeu d’une
guerre de plusieurs années en Colombie, où s’opposent 15 000 guérilleros
de gauche et 8 000 paramilitaires d’extrême-droite. Le contrôle du trafic
de la coca assurant le financement des belligérants.
Depuis 15 ans, la situation en Colombie est l’une des priorités de la politique
de sécurité nationale des Etats-Unis, premier consommateur de cocaïne.
Dans sa lutte contre le trafic de stupéfiants, le gouvernement américain
a déjà débloqué des millions de dollars et fourni du
matériel militaire au gouvernement colombien. Washington a aussi apporté
son soutien au Plan Colombia – le projet le plus important du gouvernement de l’actuel
président Andrés Pastrana – en lui fournissant une aide de 1,3 milliard
de dollars.
Pour le chef d’Etat colombien, la destruction des cultures de coca en Colombie tarira
les sources de financement de cette guerre. Elle poussera les parties en présence
à la table des négociations et permettra de démanteler les réseaux
de trafiquants de cocaïne dans les villes nord-américaines. Le gouvernement
colombien s’est donné cinq ans pour réussir son plan. Les autorités
de Bogota disposent, sur le terrain, de trois bataillons formés à la
lutte contre les stupéfiants et d’une flotte aérienne pour fumiger
les cultures illégales avec du gliphosate.
Des organisations non-gouvernementales de défense de l’environnement, comme
Acción Andina, estiment que le gouvernement de Bogota s’est engagé
dans une véritable politique de la terre brûlée. Des délégués
de l’Union européenne ont condamné ce programme, car il ne prévoit
aucune solution globale d’aide aux populations qui vivent de la coca. Le gouvernement
colombien, quant a lui, reconnaît que 500 000 personnes au moins (450 000 paysans
et 50 000 indigènes) dépendent directement de la culture et du traitement
de la coca. Cela ne l’a pas empêché de procéder, en décembre
2000 et janvier 2001, à une fumigation secrète de 30 000 hectares de
champs de coca, selon la Direction de la lutte contre les stupéfiants de la
Police nationale.
Plusieurs
hameaux ont été désertés
Le gliphosate, de couleur rosâtre, est utilisé depuis 1984 dans l’éradication
de la marijuana. Dix ans plus tard, le gouvernement en a autorisé l’usage
sur les hauts plateaux andins pour détruire la culture du pavot, dont sont
extraits l’opium, la morphine et l’héroïne.
Aux Etats-Unis, la Floride a interdit ce produit suite aux résultats controversés
des études sur «les effets du gliphosate sur l’environnement».
En Colombie, en revanche, les études de l’Institut colombien d’agriculture
et d’élevage ont conclu que sa toxicité était minimale, tant
pour les hommes que pour la flore et la faune. Pour apaiser les critiques, les autorités
se sont engagées à mettre en place un plan de gestion de l’environnement,
qui serait le garant de l’utilisation exclusive de ce produit chimique pour anéantir
les plantations illégales. Six ans plus tard, ce plan se trouve toujours sur
le bureau du ministre de l’environnement, Juan Mayr, dans l’attente de modifications.
Pendant ce temps, la pluie empoisonnée a déjà touché
plus de 300 000 hectares de jungle et de forêt.
Certains organismes de contrôle, comme le «Bureau du défenseur
du peuple», ont constaté que le gliphosate avait causé des dommages
irréversibles tant sur les populations des zones traitées que sur l’environnement.
L’étude la plus récente de cet organisme a été réalisée
lors de l’exécution du Plan Colombia, dans le département de Putumayo,
limitrophe de l’Equateur, où sont cultivées plus de la moitié
des feuilles de coca du pays.
Le 11 janvier dernier, des représentants de quatre communautés indigènes
ont dénoncé les effets du gliphosate sur la santé, les cultures
vivrières (maïs, banane, manioc et cultures maraîchères)
et le bétail dont la mortalité a considérablement augmenté.
Entre le 15 et le 25 janvier 2001, une commission du «Bureau du défenseur
du peuple» a enquêté dans cette région, accompagnée
de fonctionnaires du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
(HCR). «C’est un spectacle de désolation. Tout est détruit, sans
distinction: jungle, plantations légales, plantes médicinales, bassins
de pisciculture. La migration de la faune est évidente, tout comme la pollution
des rivières et la diminution de l’activité productive de la région.»
La commission a constaté des maladies récurrentes au sein de la population:
affections cutanées et gastro-intestinales, fièvres, maux de tête,
vertiges, grippes et vomissements. La police et la Direction nationale de lutte contre
les stupéfiants, autorités chargées des fumigations, assurent
pour leur part que la marge d’erreur dans les zones concernées par les opérations
est minimale, grâce aux informations fournies par les satellites qui permettent
une localisation précise des plantations de coca. Mais le vent et d’autres
facteurs climatiques peuvent dérouter le gliphosate jusqu’à 150 mètres
des plantations, comme l’a vérifié le «Bureau du défenseur
du peuple».
Les conséquences sont importantes. Plusieurs hameaux ont été
désertés et environ 20 000 personnes ont abandonné leurs fermes
pour fuir les zones de combat. A l’été 2000, le HCR a dû monter
plusieurs camps dans la région du lac Agrio (Equateur) pour accueillir d’éventuels
réfugiés.
«Nous avons suffisamment de preuves pour réclamer la suspension immédiate
des fumigations et une indemnité pour tous ceux dont les moyens de subsistance
se trouvent sérieusement affectés», affirme Eduardo Cifuentes,
le directeur du «Bureau du défenseur du peuple», qui souligne
le manque de coordination entre les autorités chargées de la lutte
contre les stupéfiants et celles responsables de l’environnement.
Accablé par une chaleur caniculaire, terrifié par la guérilla
et les groupes paramilitaires, traumatisé par le survol des avions et la fumigation:
c’est ainsi que vit, désormais, Aicardo Loaiza, un paysan attiré dans
la province de Putumayo, à la fin des années 60, par le développement
de la culture du riz. A 48 ans, ce père de 13 enfants, établi dans
la région de Santana, est las de cultiver la coca «pour les patrons».
Il s’efforce actuellement de convaincre les 500 paysans de son village et des environs
de signer un accord avec le gouvernement. «Regardez-moi, regardez-vous! Nous
sommes le fruit amer de cette maudite coca. Nous l’avons cultivée pendant
20 ou 30 ans et la seule chose qu’elle nous ait rapportée, c’est la ruine,
la prison ou la mort.» Ce cueilleur de coca chevronné, ce raspachín
comme l’appellent les trafiquants, a été le premier à signer
l’accord.
Et comme lui, 5 000 familles colombiennes ont, ces derniers mois, décidé
d’arrêter la culture de la coca. Toutes propriétaires de petites plantations,
qui n’excèdent pas dix hectares, elles récoltaient les feuilles trois
à six fois par an, les emballaient et les transportaient par voie fluviale
jusqu’au laboratoire le plus proche. Aujourd’hui, ces paysans se sont engagés
à détruire leurs plants de coca dans un délai d’un an. En échange,
ils bénéficieront de programmes de développement alternatif.
Une usine de traitement de cœur de palmiers et de fruits a déjà été
construite à Santana. Elle assurera leur subsistance.
Pour ces populations comme pour les organisations de protection de l’environnement,
c’est la meilleure des solutions, car elle devrait mettre un terme à la culture
de la coca sans causer de dégâts à l’écosystème.
Cependant, les moyens financiers affectés par le Plan Colombia au développement
alternatif restent modestes, comparés aux sommes engagées dans les
opérations militaires et la fumigation. Les Etats-Unis ne consacrent que 300
millions de dollars aux programmes sociaux, contre un milliard de dollar aux opérations
militaires.
L’urgence
d’un accord
Il existe, par ailleurs, un obstacle important à l’application des accords:
ces derniers ne concernent pas les gros producteurs de coca (cent hectares ou plus),
protégés par des milices armées. Selon Gonzalo de Francisco,
conseiller du Président de la République et coordinateur du Plan Colombia
à Putumayo, «avec eux, le gouvernement n’a pas d’autre choix que l’action
militaire et la fumigation aérienne».
Gabriel Merchán, directeur national de la lutte contre les stupéfiants,
surnommé le «tsar anti-stupéfiants», rétorque aux
critiques que «les dégâts sur l’environnement sont d’abord le
fait des trafiquants de drogue et personne ne proteste. La controverse se limite
à l’usage du gliphosate, alors que nous l’avons utilisé dans le respect
des lois et des normes internationales». Le ministre de l’Environnement, Juan
Mayr, renchérit: «les trafiquants de drogue ont déboisé
600 000 hectares de jungle et de forêt et ont utilisé 75 produits chimiques,
tous plus nocifs que le gliphosate».
Pour Tomás León Sicard, chercheur à l’Université nationale
de Colombie, spécialiste des questions d’environnement et de développement,
il est désormais urgent que les parties arrivent à un accord: «l’une
des principales conséquences de ce conflit, c’est la destruction de zones
d’écosystèmes fragiles, comme l’Amazonie».
Le lancement du Plan Colombia, les fumigations massives et les protestations des
paysans ont provoqué la mobilisation des écologistes. Ce qui a obligé
le Département d’Etat américain à reconnaître pour la
première fois, il y a quelques semaines, que des «erreurs» pouvaient
être commises lors des fumigations. L’administration américaine a admis
la possibilité de changer de stratégie, à condition que celle-ci
soit remplacée par une autre, plus efficace. Pour l’instant, les statistiques
dont disposent les autorités de lutte contre les stupéfiants démontrent
que les hectares consacrés à la culture de la coca augmentent proportionnellement
aux hectares fumigés. Les plantations ne font, en réalité, que
se déplacer d’une province à une autre, et il en sera ainsi tant que
le mal ne sera pas attaqué à la racine: pauvreté, chômage,
absence de services d’Etat, demande croissante de cocaïne…
En attendant, la voie judiciaire offre un ultime recours. Grâce aux avocats
Claudia Sampedro et Héctor Suárez, spécialistes en droit de
l’environnement, un tribunal administratif a admis la validité d’une requête
exigeant du gouvernement la réparation des dommages subis par les populations
et l’environnement du fait des opérations de fumigation. «Pour la première
fois, la société colombienne se prévaut de l’Etat de droit pour
demander au gouvernement de répondre des dégâts causés
par les fumigations, de les suspendre et d’assumer ses responsabilités en
matière de prévention», explique Claudia Sampedro.
Comment les autorités colombiennes ont-elles pu procéder, pendant plus
15 ans, à des opérations de fumigation sans prendre la moindre mesure
pour protéger l’environnement? Qui doit répondre de cette situation?
Le juge administratif devra se prononcer rapidement, avant que les requérants
ne passent à l’étape suivante: une action juridique internationale
pour atteinte à un patrimoine commun de l’humanité, en l’occurrence
l’Amazonie.

Pour plus d’informations:
http://usinfo.state.gov/espanol/
http://www.presidencia.gov.co
http://www.mediosparalapaz.org |