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ONG:
les briseurs de chaînes
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Esclaves à
12 ans
Louise
Corradini , journaliste au Courrier de l’UNESCO. |

Les mains d’Andres, qui transporte la glaise dans une fabrique de briques à
Bogota (Colombie).
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Les
instruments juridiques
La lutte contre
l’esclavage des mineurs est régie par deux documents de l’ONU. La Convention
sur les pires formes de travail des enfants, approuvée en 1999 par l’OIT (Organisation
internationale du travail), précise: «l’expression »les pires
formes de travail des enfants» comprend: toutes les formes d’esclavage ou de
pratiques analogues, telles que la vente et la traite des enfants, la servitude pour
dettes et le servage ainsi que le travail forcé ou obligatoire, y compris
le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation
dans des conflits armés (…)».
Le Protocole pour prévenir, réprimer et sanctionner la traite des personnes,
en particulier des femmes et des enfants, adopté en 2000, indique: «l’expression
»traite des personnes» désigne le recrutement, le transport, le
transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours
ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement,
fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité,
ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement
d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. L’exploitation
comprend, au minimum, l’exploitation de la prostitution d’autrui ou d’autres formes
d’exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou
les pratiques analogues à l’esclavage, la servitude ou le prélèvement
d’organes (…) Le terme »enfant» désigne toute personne âgée
de moins de 18 ans».
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Le
trafic et l’exploitation de millions d’enfants n’épargnent aucun pays, pas
même ceux du Nord. Pourtant, malgré l’horreur et l’ampleur de ce phénomène,
les ripostes sont demeurées jusqu’ici timides et dispersées.
En 1997, la police nord-américaine
découvrait un réseau de 55 enfants sourds-muets contraints de vendre,
18 heures par jour, des porte-clés dans les trains et le métro de New
York. «Les petits muets de Jackson Heights», comme les appellera la presse
américaine, avaient été enlevés à Mexico par une
bande spécialisée dans l’esclavage des enfants. Ils devaient rapporter
100 dollars par jour à leurs «commanditaires» et ne percevaient,
en guise de salaire, que des coups.
Cette découverte révéla que l’esclavage des enfants sévissait
au cœur même de la civilisation occidentale. Chaque année, selon les
estimations du gouvernement des Etats-Unis, de 700 000 à un million d’enfants
et de femmes sont victimes de ce trafic dans le monde.
Lorsque des mineurs arrivent en pays étranger, loin de leur famille, ils se
retrouvent à la merci de ceux qui les emploient. Que ce soit dans la rue,
dans des plantations, des usines, ou au service de particuliers, ils sont forcés
de travailler, de mendier, ou de se prostituer. Reclus sur leur lieu de travail,
ils sont traités pratiquement en esclaves. A l’aube de ce troisième
millénaire, leur situation égale en horreur celle des enfants exploités
du xixe siècle, que nous décrivent Charles Dickens, Victor Hugo ou
Edmondo De Amicis.
Des
chiffres éloquents
Ce phénomène est indissociable d’une réalité plus générale:
le travail des enfants. L’Organisation internationale du travail (OIT) estimait à
73 millions, en 1995, le nombre d’enfants de moins de 10 ans «économiquement
actifs». Sur ce terreau se développent de nouvelles formes d’esclavage
et de trafic, illégales par nature, et donc difficiles à quantifier.
Mais plusieurs études, menées par diverses organisations, permettent
de prendre la mesure de leur gravité.
Chaque année, d’après l’Organisation internationale des migrations
(OIM), quelque 200 000 femmes et enfants du Sud-Est asiatique sont victimes de ce
trafic.
Le Comité des droits de l’enfant a dénoncé l’exploitation sexuelle
en Inde, en 1995, de 100 000 à 150 000 femmes et fillettes originaires du
Népal.
L’UNICEF estime à 200 000 le nombre d’enfants retenus en esclavage
en Afrique centrale et occidentale.
En juin 2000, l’organisation Human Rights Watch dénonçait la présence
d’enfants esclaves, pour la plupart âgés de 12 ans, dans l’agriculture
aux Etats-Unis. Phénomène confirmé par la Central Intelligence
Agency (CIA), qui a reconnu, en avril 2000, qu’environ 50 000 femmes et enfants étaient
introduits chaque année dans ce pays pour y être «exploités
comme esclaves».
Les
trafiquants utilisent partout les mêmes méthodes
Selon un rapport de l’ONG Centro de Colaboraciones Solidarias (Centre de coopération
solidaire), qui s’est penchée sur le Brésil, jusqu’à 40 000
enfants ont été vendus, en 1994, pour travailler dans des exploitations
agricoles ou chez des particuliers. Des jeunes filles ont également été
envoyées dans des «circuits» de prostitution liés aux centres
miniers.
Casa Alianza, une ONG qui défend les enfants en danger, dénonce un
trafic de jeunes filles au départ du Honduras, du Guatemala et du Salvador,
en direction du Mexique, où elles sont vendues à des maisons de passe
pour 700 à 1 400 francs. Au Nicaragua, un enfant disparaît en moyenne
tous les trois jours.
Que ce soit en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, les trafiquants utilisent
des méthodes identiques. Des recruteurs gagnent la confiance des parents moyennant
une petite somme d’argent ou quelques cadeaux. Puis ils parviennent à se faire
confier les enfants sous la promesse de leur trouver un travail, qui permettra d’améliorer
le niveau de vie de la famille toute entière.
Un
asservissement considéré comme «normal»
L’ampleur de ce trafic s’explique par la pauvreté, par le déclin du
modèle familial, et par l’impossibilité d’accéder à l’éducation.
Cependant, selon l’ensemble des organisations, c’est avant tout la façon dont
est perçu l’enfant dans certaines communautés qui est en cause. Très
souvent, les parents sont les principaux responsables de l’esclavage de leur enfant,
qu’ils considèrent volontiers comme un placement dont ils attendent des revenus
(en argent ou en nature).
La dominante patriarcale de certaines sociétés et la discrimination
à l’égard des jeunes filles expliquent aussi que leur exploitation
dans le commerce sexuel ou dans les travaux domestiques soit, dans une certaine mesure,
considérée comme «normale».
L’absence de législation nationale favorise l’action des intermédiaires
et des agents de ce trafic. Malgré une récente initiative des Nations
unies (voir encadré ci-dessus), il n’existe pas de définition commune
ni de critères uniformes concernant les peines. Le Programme d’élimination
du travail infantile (IPEC) de l’OIT s’efforce d’initier divers projets pour aider
les gouvernements à combattre le trafic d’enfants en Asie, en Afrique et en
Amérique latine.
Son but est avant tout la prise de conscience. L’essentiel de son effort vise à
soustraire les mineurs à l’exploitation professionnelle et à empêcher
le travail des enfants en s’attaquant aux racines de la pauvreté, de l’ignorance,
aux déficiences des systèmes d’éducation. Faire en sorte que
les lois soient appliquées, que les mineurs bénéficient des
moyens de leur épanouissement et les adultes d’un travail rémunérateur:
tels sont encore les projets de l’OIT.
L’enfer
de la drogue
Les conditions de travail intolérables dont souffrent les enfants victimes
du trafic, le contact avec des machines et des substances dangereuses et les châtiments
violents qu’ils subissent ne compromettent pas seulement leur santé. Tout
cela les expose à de profonds traumatismes psychologiques.
L’arrachement des enfants au milieu familial, les contraintes subies de la part des
trafiquants, aggravées par les abus sexuels exercés sur les mineures
travaillant à des tâches domestiques, ou encore l’obligation qui leur
est faite de se prostituer les condamnent à un isolement dépressif.
Bon nombre de ces victimes, accablées par ces souffrances supplémentaires,
finissent par plonger dans la délinquance ou dans l’enfer de la drogue. |
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Le
prix d’un petit esclave
Dans les rues
du centre de Bamenda (Cameroun), des affiches, apposées par des agences clandestines,
proposent du travail aux enfants en précisant l’âge requis et le salaire
offert. Ces agences recrutent des mineurs de 6 à 14 ans, qui, une fois placés
dans des plantations de cacao ou de coton, percevront pour tout salaire moins de
100 francs par mois. A Abidjan (Côte-d’Ivoire), les agences recrutent des enfants
qui travailleront dans les mines pour 70 francs mensuels et des fillettes qui seront
envoyées en Europe ou aux Etats-Unis pour y être employées à
des tâches domestiques à 175 francs par mois. Beaucoup d’entre elles
finiront par alimenter les réseaux de prostitution infantile.
La même situation prévaut dans presque tous les pays d’Afrique occidentale
et centrale. Dans ces régions, le trafic de mineurs, utilisés comme
main-d’œuvre à bon marché dans des conditions d’esclavage, s’est intensifié
ces dernières années. C’est ce qu’a pu vérifier une commission
d’enquête de l’OIT (Organisation internationale du travail), en 2000, dans
neuf pays de cette zone. Dans la plupart des cas, les mineurs étaient vendus
par leurs parents pour un prix variant de 100 à 300 francs. Quelques intermédiaires
ont reconnu avoir placé jusqu’à 150 enfants par an.
Selon le Service d’immigration des Etats-Unis, cité dans un rapport de la
CIA en 2000, un réseau nigérian a reçu de 70 000 à 84
000 francs pour faire pénétrer clandestinement des enfants à
New York. Des filières comparables existent aussi en Asie et en Amérique
latine, deux autres régions du monde dénoncées par les organisations
de défense des droits de l’homme comme étant des «pourvoyeuses
massives» d’enfants esclaves.
Quel est le chiffre d’affaires mondial de la traite des enfants? Les spécialistes
estiment qu’après le trafic de drogue, le jeu clandestin et la prostitution,
l’esclavage des enfants est une des formes les plus lucratives de la délinquance
organisée à l’échelle internationale.
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