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Presse mexicaine: les affres de la liberté

En Amérique latine, la presse brise ses chaînes
Interview recueillie par Louise Corradini, journaliste au Courrier de l’UNESCO.
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Censuré, le journal guatémaltèque «XXIe  siècle»...


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… s’est rebaptisé «XIVe siècle».
Après des années de soumission politique, la presse latino-américaine semble emprunter la voie de l’indépendance. Elle y trouve, comme en Argentine, un regain de crédibilité, affirme Mario Diament (journaliste et dramaturge argentin, il est professeur de journalisme à l’Université internationale de Miami en Floride).

Ces vingt dernières années, l’Amérique latine a vécu de nombreuses transitions politiques. Quel rôle la presse a-t-elle joué dans ces processus? Peut-on affirmer qu’il existe un modèle régional de relations entre la presse et le pouvoir politique?
Je ne crois pas que l’on puisse parler de «modèle régional», mais plutôt de processus semblables, qui obéissent à l’équation habituelle: plus le niveau de démocratie est élevé, plus la liberté de la presse est grande. Mais cette équation varie d’un pays à l’autre.
Dans le passé, une bonne partie de la presse latino-américaine était liée, par la personnalité de ses propriétaires, à des intérêts économiques et politiques, et ces intérêts l’emportaient sur l’objectivité de l’information. Par ailleurs, dans les années 70, bon nombre de journalistes étaient politiquement très proches du pouvoir. La crédibilité de la presse était très faible. Puis, les années 80 ont vu se produire un changement considérable avec l’avènement de la démocratisation dans les pays de la région, et l’arrivée d’une nouvelle génération de journalistes. Tout cela a apporté un peu d’air frais.

Pouvez-vous analyser quelques cas précis?
Les deux les plus intéressants concernent le Mexique et le Guatemala. Au Mexique, le soulèvement du Chiapas, en 1994, a eu raison de la subordination de la presse aux diktats du PRI, le parti au pouvoir, qui s’accompagnaient d’une corruption rampante. Je crois pouvoir l’affirmer: c’est en grande partie cette nouvelle attitude de la presse qui a permis d’en finir, au Mexique, avec le système de parti unique.
En ce qui concerne le Guatemala, lors du coup d’Etat organisé, le 25 mai 1993, par le président Jorge Serrano lui-même, le pouvoir a tenté d’imposer la censure. La presse a réagi, pour la première fois, en défiant les autorités. Le journal Siglo Veintiuno (xxie siècle) s’est rebaptisé Siglo Catorce (xive siècle) et a remplacé les textes censurés par des colonnes noires, affichant au grand jour les manœuvres du gouvernement pour empêcher la presse de faire son travail. Enfin, n’oublions pas la Colombie, où de nombreux journalistes ont risqué leur vie et la risquent encore en réalisant des reportages malgré les menaces de mort de la guérilla, des groupes paramilitaires et des narcotrafiquants.

Par le passé, la presse latino-américaine a souvent fait acte de soumission à l’égard des autorités. Parfois, elle s’est même montrée complice. Quelles sont les raisons de cette évolution?
Les deux facteurs qui ont contribué à ces changements sont, à mon sens, la restauration de la démocratie et la révolution technologique. Les dictatures des années 70, en Amérique du Sud, ont engendré une presse soumise et complaisante. Mais au fur et à mesure que ces régimes se désintégraient, la presse faisait preuve d’une plus grande indépendance.
Le retour de la démocratie dans la région l’a incitée à prendre des risques plus importants et à pousser plus loin ses investigations. Dans certains cas, comme celui de l’Argentine, le regain de crédibilité dont elle a joui a été proportionnel au discrédit jeté sur les partis politiques. Sous la présidence de Carlos Menem (1989-1999), les enquêtes en profondeur réalisées par les journalistes argentins sur la corruption et le blanchiment d’argent ont ébranlé le gouvernement. Le prestige de la presse a alors dépassé celui de toutes les autres institutions du pays, y compris l’Eglise.
En outre, les récentes révolutions technologiques (télécopie dans un premier temps puis Internet) ont entraîné une diversification des sources d’information à un point tel qu’il est devenu inimaginable d’exercer le moindre contrôle. Et le coût relativement peu élevé de cette technologie a engendré un phénomène sans précédent de démocratisation de l’information.

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