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Immatériel, mais bien réel

Des retombées bénéfiques pour les chefs-d’œuvre

Asbel López, journaliste au Courrier de l’UNESCO.
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La Colline des croix, à Siaulai (Lituanie): un lieu de pèlerinage national.
L’Inde redécouvre son théâtre kuttiyattam, l’Espagne regarde d’un œil neuf son vieux Mystère d’Elche… 19 trésors brillent aujourd’hui de tout leur éclat, depuis leur inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO.

En mai 2001, pendant la cérémonie de proclamation des 19 premiers chefs-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de l’UNESCO, à Paris, des membres de la délégation espagnole poussent des cris de joie. Ils se précipitent sur leur téléphone portable pour diffuser la nouvelle: le Mystère d’Elche est reconnu comme un chef-d’œuvre! Le bouche-à-oreille aidant, en quelques minutes, des centaines d’habitants d’Elche, une ville du sud de l’Espagne, fêtent l’événement dans la rue, devançant la célébration officielle prévue pour le lendemain.
Tout ce remue ménage pourrait paraître excessif, puisqu’Elche figure déjà au Patrimoine mondial de l’humanité pour sa palmeraie millénaire, plantée quand la ville était arabe. Plus que pour la palmeraie, pourtant, le cœur des habitants bat pour le Misteri d’Elx. Chaque année, dans la basilique Santa Maria, 300 volontaires jouent la mort, l’ascension et le couronnement de la Vierge. Ce drame musical sacré, célébré les 14 et 15 août, est un élément essentiel de l’identité culturelle et linguistique de la population qui maintient la tradition vivante depuis le xve siècle.
Figurer sur la liste du Patrimoine immatériel a des conséquence immédiates pour les dépositaires de ces œuvres. Comme pour les cinq indigènes qui parlent encore la langue zapra dans la forêt amazonienne, ou les conteurs de la place Jemmaa el-Fna de Marrakech. Les répercussions sont d’abord nationales, car la presse surmonte, dans certains cas, des décennies d’indifférence à l’égard de ces diverses manifestations.
Ainsi, l’Inde redécouvre le théâtre sanscrit kuttiyattam, joué, aujourd’hui, par cinq familles chakyar. Le kunqu, la plus ancienne tradition théâtrale chinoise, est désormais représenté dans tout le pays. «Si la valeur de ces œuvres était indiscutable avant leur nomination, celle-ci leur a néanmoins conféré une nouvelle dimension», commente Noriko Aikawa, directrice de la section Patrimoine immatériel de l’UNESCO. Cette notoriété soudaine est décisive pour obtenir des moyens financiers, mobiliser les pouvoirs publics et stimuler la coopération internationale.

L’UNESCO apportera un appui financier
C’est le cas, par exemple de la culture garifuna en Amérique centrale, sélectionnée pour sa langue, sa musique et sa danse. Les représentants de cette culture, des descendants d’esclaves rebelles, originaires d’Afrique, vivent disséminés au Belize (dont le gouvernement a présenté la candidature de ce patrimoine à l’UNESCO), au Honduras, au Nicaragua et au Guatemala. Des enseignants, membres du Conseil national garifuna du Belize, voyagent à travers le Nicaragua pour éviter la disparition de la langue.
Suite à la décision de l’UNESCO, des fonctionnaires du ministère de la Culture du Nicaragua ont proposé, comme l’explique Roy Cayetano, vice-ministre du Développement rural et culturel, de donner une dimension officielle à ce projet. Cette initiative participe à un projet ambitieux de normalisation de l’orthographe garifuna, qui sera un instrument indispensable aux 11 000 dépositaires de cette langue, dispersés à travers dix communautés de quatre pays différents.
De plus, l’UNESCO apportera un appui financier aux projets d’action présentés par les différents candidats afin de préserver et de promouvoir ces trésors fragiles.

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