
Des Juifs mis au bûcher par l’Inquisition (gravure éditée à
Nuremberg en 1493).

Une vente d’esclaves en Virginie (Etats-Unis), en 1861.
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Les
actions de l’UNESCO contre le racisme
La lutte contre
le racisme est inscrite dans l’acte constitutif de l’UNESCO, qui dénonce
«l’ignorance et les préjugés, le dogme de l’inégalité
des races et des hommes». Depuis plus d’un demi-siècle, l’Organisation
s’attaque aux racines du mal. Cette dimension est présente dans les programmes
d’enseignement qu’elle contribue à élaborer, comme dans les cours de
nombreux professeurs appelés à occuper les chaires UNESCO
dans les universités des pays en voie de développement. Par ailleurs,
en participant à la rédaction de textes internationaux, comme en intervenant
dans le débat d’idées, l’UNESCO combat les préjugés
et le mépris culturel, qui sont au fondement de la notion de racisme.
L’objectif de ce travail de longue haleine est de surmonter les obstacles à
la connaissance de l’autre, mais aussi de prouver que l’histoire de l’humanité
est faite d’interactions. Qu’il n’existe pas de peuple, d’ethnie ou de race «pure».
Que toute culture est le fruit de dialogues.
En valorisant le pluralisme culturel, des projets tels que «La Route de la
soie» (lancé en 1988), «La Route de l’esclave» (1994), «Les
Routes du fer en Afrique» (1995) permettent à l’UNESCO
de s’attaquer au racisme, en mettant en relief les liens culturels et spirituels
qui existent entre les peuples. On retrouve ce même souci dans l’élaboration
des ouvrages d’Histoire publiés par l’UNESCO. L’Histoire de l’humanité,
L’Histoire générale de l’Afrique, L’Histoire des civilisations de l’Asie
centrale, L’Histoire générale de l’Amérique latine, Aspects
de la culture islamique et L’Histoire générale des Caraïbes visent
tous à éclairer le développement humain dans sa complexité
et ses contradictions.
D’autres projets comme «Dialogue interculturel au quotidien», MUSIC (Musique,
urbanisme, intégration sociale et culture) ou «Culture de quartier»
s’adressent principalement aux jeunes.
L’UNESCO combat aussi le racisme
par le biais des sciences exactes. Son Comité international de bioéthique
(CIB), composé de 55 membres (scientifiques, juristes, économistes,
démographes, anthropologues, philosophes, nutritionnistes…) a élaboré
une Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme
(DUGHDH), adoptée en 1997. Deux décennies après la Déclaration
de l’UNESCO sur la race et les
préjugés raciaux (1978), ce premier texte international sur la bioéthique
invalide définitivement les fondements pseudo scientifiques du racisme.
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«On
est peut-être venus par des navires différents, mais aujourd’hui on
est tous sur le même bateau.»
Martin
Luther King, militant américain
des droits civiques
(1929-1968)
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La
notion de «race» est une invention européenne, élaborée
à la Renaissance. Elle s’est nourrie d’interprétations religieuses
puis scientifiques. Aujourd’hui, le racisme officiel a disparu. Mais le racisme?
Il y a racisme quand
un groupe ethnique ou une collectivité historique en domine une autre, l’exclut,
ou cherche à l’éliminer, en invoquant des différences héréditaires
et immuables. Les justifications idéologiques du racisme, ainsi définies,
apparaissent en Occident au début de l’époque moderne. Quelle que soit
l’ampleur des discriminations ou des rivalités entre communautés, aucune
manifestation évidente de racisme n’est décelable dans aucune autre
civilisation, ou en Europe, jusqu’au Moyen Age.
Peut-être faut-il voir dans l’identification des Juifs au diable et à
la sorcellerie, par la pensée populaire des XIIe et XIVe siècles, le
premier signe de cette conception raciste du monde. L’Espagne du XVIe siècle
officialise ce type d’attitudes quand elle soumet les Juifs convertis et aussi leurs
descendants à un ensemble de discriminations et d’exclusions.
Pendant cette même période — la Renaissance et la Réforme — les
Européens multiplient les contacts avec des peuples à la peau plus
sombre, en Afrique, en Asie et aux Amériques, et commencent à porter
des jugements sur eux. Ils réduisent les Africains en esclavage pour des raisons
avant tout économiques — le besoin de main-d’œuvre sur les plantations du
Nouveau Monde —, mais l’argument officiel est qu’il s’agit de païens. Négriers
et propriétaires d’esclaves invoquent parfois un passage de la Genèse:
en péchant contre son père Noé, Cham a condamné tous
ses descendants, présumés noirs, à être «les derniers
des serviteurs de leurs frères». Lorsqu’en 1667, la Virginie décrète
que les Noirs convertis peuvent être maintenus en esclavage parce qu’ils descendent
de païens, la justification de l’asservissement quitte le terrain religieux
pour se rapprocher de la notion de race. Dès la fin du xviie siècle,
les lois de l’Amérique du Nord anglaise interdisent les mariages entre Blancs
et Noirs, et instaurent des discriminations à l’égard des Métis
nés de liaisons hors mariage. Sans le formuler, ces lois présupposent
que les Noirs sont intrinsèquement différents et inférieurs.
L’époque des Lumières élabore une théorie scientifique
de la race, qui se dissocie des enseignements de la Bible et de leur insistance sur
l’unité essentielle de l’espèce humaine. Pour les ethnologues du xviiie
siècle comme Linné, Buffon ou Blumenbach, les êtres humains sont
partie intégrante de la nature et se divisent en trois puis en cinq races,
généralement considérées comme des variantes d’une même
espèce humaine. A la fin du xviiie et au début du XIXe siècle,
cependant, un nombre croissant d’auteurs, surtout parmi les partisans de l’esclavage,
affirment que les races constituent autant d’espèces distinctes.
Le XIXe siècle est l’époque de l’émancipation, du nationalisme
et de l’impérialisme, qui tous contribuent à l’intensification du racisme
idéologique. Si les partisans de l’affranchissement des esclaves noirs et
des Juifs des ghettos se recrutent essentiellement parmi ceux, religieux ou laïcs,
qui croient en l’égalité fondamentale de tous les humains, ces réformes
ont pour conséquence d’intensifier et non de diminuer le racisme. Moins strictement
hiérarchiques, les relations interraciales sont de plus en plus placées
sous le signe de la compétition. Les mutations rapides et le climat d’incertitude,
liés à l’expansion du capitalisme industriel, poussent à rechercher
des boucs émissaires. L’insistance du darwinisme sur la «lutte pour
la vie» et la «survie des plus aptes» conduit à l’émergence
d’un nouveau racisme scientifique, alors même que les relations entre races
sont considérées, de plus en plus, comme un sujet de conflit et non
plus comme le résultat d’une hiérarchie stable.
Le
racisme n’atteint son apogée qu’au XXe siècle
Avec le nationalisme, notamment un nationalisme culturel romantique alliant patrimoine
ethnique (reçu par les liens du sang) et sens de l’identité collective,
une nouveau racisme se développe, particulièrement en Allemagne. A
partir de la fin des années 1870 et du début des années 1880,
les inventeurs du mot «antisémitisme» formalisent une notion jusque-là
confusément présente chez certains nationalistes: être Juif en
Allemagne, ce n’est pas seulement adhérer à un ensemble de croyances
religieuses ou de pratiques culturelles, c’est appartenir à une race qui est
l’antithèse de celle des véritables Allemands.
En cette fin du XIXe siècle, l’impérialisme occidental atteint son
apogée. Le «partage de l’Afrique» et l’expansionnisme en Asie
et dans le Pacifique sont l’occasion d’affrontements privilégiés entre
les nationalismes ethniques des divers pays européens (et des États-Unis,
à partir de la guerre hispano-américaine de 1898). Le colonialisme
confirme aussi cette prétention des Européens à un «droit
inné», fondé sur la science, qui les autoriserait à assujettir
les Africains et les Asiatiques.
C’est seulement au XXe siècle, néanmoins, que le racisme atteint son
apogée. Dans le sud des Etats-Unis, les lois ségrégationnistes
réduisent les Noirs à un statut de caste inférieure. La contamination
sexuelle, par le biais du viol ou du mariage, est la hantise de ce régime.
Ce qui explique ses tentatives pour empêcher toute union entre un Blanc et
quiconque serait d’origine africaine.
Le projet d’extermination d’un groupe ethnique dans sa totalité par l’Allemagne
nazie est la manifestation la plus extrême de l’idéologie raciste. On
a dit que Hitler avait donné mauvaise réputation au racisme. La révulsion
morale provoquée dans le monde par le nazisme, ainsi que les nombreux travaux
scientifiques qui sapent les fondements de la génétique raciste (l’eugénisme),
ont jeté le discrédit sur le racisme scientifique, influent aux Etats-Unis
et en Europe avant la Deuxième Guerre mondiale.
Les nouvelles nations créées au lendemain des décolonisations
portent, elles aussi, un coup redoutable au racisme explicite. Aux Etats-Unis, la
lutte pour les droits civiques — qui obtient, dans les années 1960, l’abrogation
des lois ségrégationnistes — trouve un soutien décisif dans
le sentiment croissant qu’injurier ou maltraiter un Noir, c’est porter atteinte aux
intérêts nationaux. Dans la lutte que se livrent les Etats-Unis et l’Union
soviétique pour gagner «le cœur et l’esprit» des Etats africains
et asiatiques indépendants, les comportements et l’idéologie ségrégationnistes
deviennent une source d’embarras national, aux éventuelles conséquences
stratégiques négatives.
Un
nouveau racisme culturel
Un seul régime raciste survit à la Deuxième Guerre mondiale
et à la Guerre froide: l’Afrique du Sud. Les lois d’apartheid, adoptées
en 1948, qui interdisent les mariages et les relations sexuelles entre les différents
«groupes de population» et imposent aux Métis et aux Noirs de
résider dans des zones séparées, trahissent une véritable
obsession de la «pureté raciale». Mais, au lendemain de l’Holocauste,
l’opinion internationale incite les partisans de l’apartheid à fonder leur
défense du «développement séparé» sur des
raisons culturelles plutôt que physiques.
La défaite de l’Allemagne nazie, la déségrégation du
Sud des Etats-Unis et l’établissement d’un gouvernement démocratique
en Afrique du Sud laissent à penser que les régimes fondés sur
le racisme biologique ou la pureté culturelle appartiennent au passé.
Mais le racisme n’exige pas le soutien explicite de l’Etat et de la Loi. Il n’exige
pas non plus de références à l’inégalité biologique.
Les discriminations institutionnelles ou individuelles peuvent persister et même
prospérer, comme les historiens du Brésil le notent aujourd’hui. L’invocation
de différences culturelles profondément ancrées pour justifier
l’hostilité ou la discrimination à l’encontre des immigrants — Algériens
en France, Turcs en Allemagne, Pakistanais en Grande-Bretagne ou Mexicains aux États-Unis
— incite à parler d’un nouveau «racisme culturel», même
si le groupe dominant désavoue toute supériorité biologique.
Ces exemples récents ne sont pas sans précédent. Ils indiquent
plutôt une régression. A nouveau, les différences entre les groupes
apparaissent permanentes et insurmontables, comme dans la période qui a précédé
l’élaboration d’un racisme scientifique ou naturaliste, au XVIIIe siècle.
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Le
génome, notre patrimoine commun
Le génome
humain est enfin décodé. Cette percée scientifique, survenue
en 2000, devrait permettre de découvrir des remèdes pour traiter les
maladies d’origine génétique, telles que certaines formes de diabète.
Sur un tout autre terrain, l’aboutissement de ce projet invalide le mythe des races.
Les recherches des généticiens établissent que nous descendons
tous d’un ancêtre commun, né en Afrique. La plupart des variations génétiques
sont distribuées de façon similaire au sein de toutes les populations
humaines. Elles existaient probablement déjà voici 50 000 ans, lorsque
commença l’expansion de notre espèce au-delà de l’Afrique, qui
allait conduire à sa différenciation en groupes ethniques ou «raciaux».
Précisément, les scientifiques affirment que dans l’ensemble de notre
matériel génétique, 0,012 % seulement des variations relèvent
de différences entre les «races».
Toutefois, plusieurs maladies d’origine génétique trouveraient leur
source dans cette marge infime. Faut-il, en conséquence, tenir compte de l’origine
«ethnique» des donneurs dans la collecte des échantillons d’ADN?
Pour ses opposants, l’étiquetage ethnique aurait une pertinence très
marginale, la vaste majorité des maladies génétiques tenant
à des variations réparties dans l’ensemble de la population. De plus,
en prenant en compte des différences de cet ordre, la recherche médicale
prêterait le flanc aux pires interprétations politiques.
D’autres jugent, à l’inverse, que les généticiens ne doivent
ignorer aucun facteur dans leurs recherches. Des bioéthiciens remarquent que
la prise en compte de ce paramètre pourrait se révéler utile.
En effet, elle montre que la quasi totalité de notre patrimoine génétique
nous est commun et elle invalide l’idée que certaines populations sont génétiquement
plus intelligentes ou plus avancées que d’autres.
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