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Depuis
la naissance des premières universités, voilà huit siècles,
les intellectuels ont défendu leur droit à enrichir et critiquer le
savoir sans subir de contraintes extérieures. Ce droit précieux — les
libertés académiques — est, aujourd’hui encore, remis en cause sur
plusieurs fronts. Touchées, comme toutes les institutions publiques, par les
restrictions budgétaires, les universités cherchent des financements
auprès des entreprises. Parfois fructueux (pp. 21-22),
les accords qui en résultent favorisent, le plus souvent, les résultats
à court terme, au détriment des sciences humaines et de la recherche
fondamentale. La récente initiative prise par les grandes revues médicales
pour garantir l’indépendance des universitaires chargés d’examiner
les articles avant publication, est significative de ce conflit d’intérêts
(p.
23).
Par le même mouvement, les règles toujours plus strictes protégeant
la propriété intellectuelle, freinent l’accès au savoir, que
la révolution de l’information devait faciliter (pp. 24-25).
En Afrique, des chercheurs marginalisés par les difficultés économiques
vendent leurs compétences au plus offrant pour survivre. Dans d’autres régions
du monde, les intellectuels sont inquiétés au nom d’orthodoxies religieuses
ou ethniques (pp.
30-31).
Le professeur afghan Abdul Lalzad (p.
29)
n’a pas eu d’autre choix que l’exil. Ailleurs, des chercheurs croupissent en prison
(p.
32)
ou rencontrent une hostilité plus diffuse. Ainsi, les historiens russes se
heurtent aux réticences du pays à se confronter aux aspects les plus
sombres de l’ère soviétique (pp. 33-34). Les libertés
académiques servent à briser la loi du silence. Elles doivent aussi
pousser les universitaires à s’attaquer aux problèmes cruciaux de notre
monde (p.
35). |