
© Tudor Banus
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«Le
scientifique est libre, et doit rester libre de poser toutes les questions, de douter
de tous les principes, de chercher toutes les preuves, de corriger toutes les erreurs.»
J.
Robert Oppenheimer, physicien américain
(1904-1967)
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A
plusieurs reprises, les laboratoires ont influencé, à leur avantage,
la publication des résultats d’essais pharmaceutiques. Pour éviter
ces dérives, les grandes revues médicales adoptent un nouveau code
de conduite.
Dans la recherche médicale,
les essais cliniques sont une étape indispensable pour établir les
avantages d’un nouveau traitement. Mais la rigueur scientifique ne s’arrête
pas là: pour être validés, les résultats de ces essais
doivent être soumis à la critique et publiés dans une revue médicale.
Une fois ces étapes franchies, la pratique clinique pourra évoluer.
Les articles publiés par des chercheurs dans les revues scientifiques ne sont
pas simplement les résultats bruts de leurs expérimentations. Avant
la publication, ils sont soumis à un comité de lecture composé
de chercheurs étrangers au protocole expérimental, qui s’efforcent
de déceler d’éventuelles failles et rédigent un avis à
l’intention des revues.
Toutefois, aujourd’hui, ce processus d’examen critique ne suffit plus à garantir
la crédibilité des résultats publiés.
Il y a 20 ans, les essais cliniques étaient conduits en commun par des chercheurs
universitaires et des laboratoires pharmaceutiques. Les chercheurs élaboraient
les protocoles d’essais, recrutaient les malades et interprétaient les données.
Le sponsor finançait leurs travaux et fournissait le matériel nécessaire
au traitement de la masse de données. La description des résultats
était rédigée par les deux parties; les articles publiés
étaient signés par les chercheurs qui avaient joué un rôle
essentiel dans les essais, ce qui en renforçait la crédibilité.
Mais, au cours des dix dernières années, de nombreux chercheurs ont
quitté l’université pour l’industrie pharmaceutique. Cette dernière
a désormais la capacité de définir elle-même des protocoles
d’essais. Par ailleurs, les chercheurs salariés par ces laboratoires industriels
ont parfois tendance à définir des protocoles favorables aux produits
maison. Quant aux sponsors, qui rédigent le plus souvent les manuscrits soumis
aux revues médicales, ils peuvent ne livrer qu’une partie des données.
N’étant pas neutres, ils ont intérêt à contrôler
l’interprétation et la publication des résultats.
On s’est aperçu à plusieurs reprises que des laboratoires qui finançaient
certains essais cliniques cachaient les résultats obtenus parce qu’ils n’étaient
pas conformes à leurs attentes. Ces affaires ont fait grand bruit (voir p.
20), Pourtant, pour les comités éditoriaux des revues, d’autres pratiques,
plus sournoises, sont encore plus inquiétantes: il arrive que le manuscrit
soumis par un laboratoire omette des données essentielles ou minimise les
effets indésirables d’une nouvelle thérapie. Cette présentation
biaisée des données trahit la confiance des sujets qui se sont prêtés
aux essais, des patients et des médecins. Et elle ne satisfait pas à
une exigence légitime: le compte-rendu objectif et complet des résultats
de la recherche.
En septembre 2001, l’International Council of Medical Journal Editors (ICMJE), qui
réunit les directeurs de 12 revues médicales, a adopté un ensemble
de règles déontologiques concernant les protocoles d’essais cliniques
et leur évaluation. Dorénavant, les chercheurs universitaires devront
garantir qu’ils ont bien eu un rôle significatif dans l’élaboration
des essais et que leur accès à l’ensemble des données, l’interprétation
de celles-ci et la préparation du manuscrit n’a rencontré aucune restriction.
L’ICMJE estime que ces règles profiteront à tous. Les universitaires
seront en meilleure position pour négocier des contrats de recherche avec
les laboratoires et pour analyser objectivement toutes les données disponibles.
Les malades et les médecins y gagneront l’assurance de disposer de toute l’information
concernant un nouveau traitement. Et tous les laboratoires, quelle que soit leur
surface financière, se verront offrir des chances égales.
Les pratiques médicales ont progressé jusqu’ici grâce aux innovations.
Pour que ces avancées se poursuivent, il est indispensable que les protocoles
d’expérimentation et leurs comptes rendus échappent à toute
interférence commerciale. |