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1. L’enjeu de l’argent
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OPA sur l’université | Novartis sème la discorde |Des barbelés sur le terrain de la recherche|Trop pauvres pour être libres |
Les revues corrigées
Jeffrey Drazen, rédacteur en chef du New England Journal of Medecine et professeur de médecine à la Harvard Medical School.
photo
© Tudor Banus











«Le scientifique est libre, et doit rester libre de poser toutes les questions, de douter de tous les principes, de chercher toutes les preuves, de corriger toutes les erreurs.»

J. Robert Oppenheimer, physicien américain
(1904-1967)

A plusieurs reprises, les laboratoires ont influencé, à leur avantage, la publication des résultats d’essais pharmaceutiques. Pour éviter ces dérives, les grandes revues médicales adoptent un nouveau code de conduite.

Dans la recherche médicale, les essais cliniques sont une étape indispensable pour établir les avantages d’un nouveau traitement. Mais la rigueur scientifique ne s’arrête pas là: pour être validés, les résultats de ces essais doivent être soumis à la critique et publiés dans une revue médicale. Une fois ces étapes franchies, la pratique clinique pourra évoluer.
Les articles publiés par des chercheurs dans les revues scientifiques ne sont pas simplement les résultats bruts de leurs expérimentations. Avant la publication, ils sont soumis à un comité de lecture composé de chercheurs étrangers au protocole expérimental, qui s’efforcent de déceler d’éventuelles failles et rédigent un avis à l’intention des revues.
Toutefois, aujourd’hui, ce processus d’examen critique ne suffit plus à garantir la crédibilité des résultats publiés.
Il y a 20 ans, les essais cliniques étaient conduits en commun par des chercheurs universitaires et des laboratoires pharmaceutiques. Les chercheurs élaboraient les protocoles d’essais, recrutaient les malades et interprétaient les données. Le sponsor finançait leurs travaux et fournissait le matériel nécessaire au traitement de la masse de données. La description des résultats était rédigée par les deux parties; les articles publiés étaient signés par les chercheurs qui avaient joué un rôle essentiel dans les essais, ce qui en renforçait la crédibilité.
Mais, au cours des dix dernières années, de nombreux chercheurs ont quitté l’université pour l’industrie pharmaceutique. Cette dernière a désormais la capacité de définir elle-même des protocoles d’essais. Par ailleurs, les chercheurs salariés par ces laboratoires industriels ont parfois tendance à définir des protocoles favorables aux produits maison. Quant aux sponsors, qui rédigent le plus souvent les manuscrits soumis aux revues médicales, ils peuvent ne livrer qu’une partie des données. N’étant pas neutres, ils ont intérêt à contrôler l’interprétation et la publication des résultats.
On s’est aperçu à plusieurs reprises que des laboratoires qui finançaient certains essais cliniques cachaient les résultats obtenus parce qu’ils n’étaient pas conformes à leurs attentes. Ces affaires ont fait grand bruit (voir p. 20), Pourtant, pour les comités éditoriaux des revues, d’autres pratiques, plus sournoises, sont encore plus inquiétantes: il arrive que le manuscrit soumis par un laboratoire omette des données essentielles ou minimise les effets indésirables d’une nouvelle thérapie. Cette présentation biaisée des données trahit la confiance des sujets qui se sont prêtés aux essais, des patients et des médecins. Et elle ne satisfait pas à une exigence légitime: le compte-rendu objectif et complet des résultats de la recherche.
En septembre 2001, l’International Council of Medical Journal Editors (ICMJE), qui réunit les directeurs de 12 revues médicales, a adopté un ensemble de règles déontologiques concernant les protocoles d’essais cliniques et leur évaluation. Dorénavant, les chercheurs universitaires devront garantir qu’ils ont bien eu un rôle significatif dans l’élaboration des essais et que leur accès à l’ensemble des données, l’interprétation de celles-ci et la préparation du manuscrit n’a rencontré aucune restriction. L’ICMJE estime que ces règles profiteront à tous. Les universitaires seront en meilleure position pour négocier des contrats de recherche avec les laboratoires et pour analyser objectivement toutes les données disponibles. Les malades et les médecins y gagneront l’assurance de disposer de toute l’information concernant un nouveau traitement. Et tous les laboratoires, quelle que soit leur surface financière, se verront offrir des chances égales.
Les pratiques médicales ont progressé jusqu’ici grâce aux innovations. Pour que ces avancées se poursuivent, il est indispensable que les protocoles d’expérimentation et leurs comptes rendus échappent à toute interférence commerciale.

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