
Saadeddin Ibrahim, lors de son procès.
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«Il
n’y a qu’un bien, le savoir, et qu’un mal, l’ignorance.»
Socrate,
philosophe grec
(470-399 avant J.-C.)
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Depuis
mai dernier, un sociologue égyptien de renom est en prison.
Il a osé s’attaquer à des tabous, dit-on. Pour les défenseurs
des droits de l’homme, son procès pourrait être celui de la liberté
d’expression.
En mai 2001, la condamnation
du sociologue Saadeddin Ibrahim à sept ans de prison a ébranlé
la société égyptienne.
Le gouvernement s’est toujours prévalu de son bon droit pour réprimer
l’activisme islamiste, même s’il fait le jeu des conservateurs en s’attaquant
aussi aux groupes situés à l’autre extrême politique. Saadeddin
Ibrahim, 63 ans, n’appartient à aucun de ces deux bords. C’est un universitaire
de renommée mondiale, dont les recherches pionnières sur les origines
sociales des militants islamistes auraient pu aider le gouvernement. Dans les années
1990, invité à la télévision nationale, il expliquait
aux Egyptiens comment combattre cette forme d’extrémisme. Proche de l’épouse
du Président, Suzanne Moubarak, il écrivait dans la presse officielle
du pays. Mais Ibrahim n’a jamais ménagé ses critiques à l’encontre
du régime. Il évoquait ouvertement les problèmes de l’Egypte
avec sa «minorité» chrétienne, brisant un tabou par l’utilisation
de ce vocable, car le discours nationaliste de l’Etat affirme que les coptes font
partie intégrante de la nation.
De même, il déplorait l’absence de démocratie dans le monde arabe.
Certains attribuent sa disgrâce au fait qu’il a qualifié de «républarchies»
les Etats arabes où l’on est président de père en fils. En mai
2000, le Centre Ibn Khaldoun pour les études sur le développement,
qu’Ibrahim dirigeait, fit l’objet d’une descente de police. Le chercheur fut arrêté,
avec 27 de ses collègues. Il fut accusé de «ternir la réputation
de l’Etat», de «recevoir des fonds étrangers sans autorisation»,
de détourner de l’argent et d’acheter des responsables de la télévision
publique. Les enquêteurs se sont montrés très intéressés
par une enquête que préparait le Centre sur le déroulement de
futures élections parlementaires.
Ibrahim se vit offrir une chance ultime: en septembre 2000, selon l’un de ses avocats,
il fut relaxé avec la promesse qu’aucune charge ne serait retenue contre lui
s’il se taisait. Mais il continua à parler haut et fort et annonça
qu’il poursuivrait son enquête sur les élections. Quatre jours plus
tard, il tombait sous le coup de nouvelles inculpations.
Accusé
de trahison
Son
procès dura quatre mois (novembre 2000-février 2001). «Etant
donné le rôle que joue l’Egypte dans la région, il n’est pas
étonnant qu’elle fasse l’objet de diffamations, disserta le procureur général,
Sameh Seif. Ce qui est surprenant, c’est que ces attaques viennent de chez nous,
de gens qui partagent notre vie mais ne laissent que peines et douleurs sur leur
passage». Le sociologue fut taxé d’«escroc» et de «falsificateur
de génie», et accusé de trahison. La défense mit en avant,
entre autres, que de nombreuses organisations égyptiennes recevaient des fonds
étrangers et publiaient des rapports critiques. Mais Ibrahim fut reconnu coupable
(sauf de corruption) et condamné à sept ans de prison. Six des co-inculpés
furent condamnés à deux à cinq ans de prison ferme, et 21 autres
à un an avec sursis.
Les réseaux de connaissances du chercheur à l’étranger et sa
double nationalité égypto-américaine, valurent au gouvernement
égyptien de violents éditoriaux dans la presse. Le Washington Post
invita les Etats-Unis à se rappeler cette affaire au moment de réexaminer
l’aide accordée au Caire. Mais en Egypte, seule une minorité de confrères
défendirent sa cause. L’essayiste politique et ancien diplomate Hussein Amin
attribue ce «lâchage» à la jalousie. «Saadeddin Ibrahim
est considéré en Occident comme le plus grand intellectuel égyptien,
dit-il. Il gagne beaucoup d’argent et il est invité partout». Quant
à la presse locale, elle s’est davantage intéressée à
sa prétendue «trahison» qu’à la défense de la liberté
d’expression.
Certains collègues du sociologue emprisonné espèrent néanmoins
qu’il sera libéré cet hiver pour raisons de santé. Pour l’heure,
cette affaire semble être un avertissement lancé aux intellectuels.
Selon une déclaration conjointe signée Amnesty International et Human
Rights Watch, elle «survient dans un contexte d’attaques contre la société
civile qui visent à la museler». |