
En RDA, crèches et jardins d’enfants permettaient aux femmes de travailler
plus librement qu’en RFA. |
Après
cinq années de tension, l’enseignement de l’Histoire dans l’Allemagne unifiée
a fini par tenir compte de la vie quotidienne et des mouvements dissidents dans l’ancienne
RDA.
Le choc de l’unification
a atteint les établissements scolaires des nouveaux Länder de l’Est à
la rentrée scolaire 1991. L’Allemagne était réunifiée.
Pas ses programmes scolaires. C’est donc l’enseignement ouest-allemand qui s’est
imposé. En Histoire, les manuels de l’Est ont tout de suite été
interdits parce qu’ils traduisaient, fidèlement, la vision idéologique
d’un régime déchu. «Les éditeurs en ont rapidement publié
de nouveaux. Mais ce n’étaient que des rééditions d’ouvrages
élaborés à l’Ouest, dans les années 80, augmentés
d’un chapitre sur la réunification. Cela ne correspondait pas du tout à
la vision que les Allemands de l’Est avaient de leur propre Histoire. On y insistait
sur le système répressif du régime communiste ou encore sur
l’intégration de la RDA au système soviétique. La réunification
était présentée sous un jour positif, sans évoquer les
espoirs déçus à l’Est», rappelle Falk Pingel, directeur
de l’Institut Georg-Eckert pour l’étude internationale des manuels scolaires.
La
vie quotidienne en RDA
En
l’espace d’un an, les enseignants ont dû se mettre à l’enseignement
d’une tout autre Histoire: «beaucoup n’ont pas su expliquer à leurs
élèves pourquoi la vérité d’hier n’était plus
celle d’aujourd’hui, note Andréa Schwärmer, qui a lui-même enseigné
l’Histoire dans le Land de Thuringe. Ceux-là ont perdu toute crédibilité
et ont dû se résigner à quitter l’enseignement».
Au milieu des années 1990, les ministères de l’Education des Länder
de l’Est qui, fédéralisme oblige, pilotaient l’élaboration des
programmes, ont commencé à rectifier le tir. «De nombreux professeurs
est-allemands nous ont demandé de rédiger un manuel d’Histoire moins
partial. Les nouveaux ouvrages ont commencé à paraître dès
1995», explique Walther Funken, directeur de Volk und Wissen, à Berlin,
le plus gros éditeur de manuels scolaires dans les nouveaux Länder. Volk
und Wissen, autrefois émanation du régime est-allemand, a été
racheté en 1994 par l’éditeur ouest-allemand Cornelsen. Désormais,
ses auteurs sont originaires des deux parties de l’Allemagne. «Il n’était
pas question de rédiger un manuel d’Histoire pour nostalgiques de la RDA,
poursuit Walther Funken, mais de présenter, de manière plus nuancée
qu’auparavant, toutes les facettes de la société est-allemande au travers
de biographies individuelles. Nous consacrons, par exemple, un chapitre à
la comparaison du rôle de la femme dans les sociétés est- et
ouest-allemande, rappelant la forte présence féminine dans le monde
du travail, en RDA, ou encore, les raisons politiques et historiques qui tendent
à confiner les femmes de l’Ouest à la maison».
L’an dernier, le Land de Brandenbourg a officiellement révisé ses programmes
d’Histoire pour la première fois depuis 1991. La place accordée à
certains thèmes comme la vie quotidienne en RDA, la période nazie et
l’Holocauste, la comparaison entre stalinisme et nazisme, ou encore le rôle
des mouvements citoyens dans la chute du régime est-allemand, a été
largement accrue. «En RDA, rappelle Falk Pingel, le national-socialisme était
présenté comme une perversion du système capitaliste. On ne
le comparait évidemment pas au régime stalinien et l’on parlait très
peu du système concentrationnaire et de ses victimes. De même, l’existence
de mouvements dissidents était passée sous silence».
Toujours selon Falk Pingel, la grande majorité des historiens allemands s’accordent
aujourd’hui sur une interprétation commune de l’Histoire de la RDA. Et tenant
compte du fait que les nouvelles générations n’ont pas vécu
l’Histoire qu’on leur enseigne, «les manuels présentent la naissance
des mouvements citoyens de 1989 ou la manière dont la jeunesse est-allemande
a vécu la réunification au travers de sources et de témoignages
variés. Cet enseignement ouvert ne présente pas une vérité
mais plusieurs points de vue. Il cherche à provoquer un débat dans
les classes». |