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Le littoral a besoin de tous

Les irréductibles de Xcalak

Gerardo Tena, journaliste mexicain.
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Plan de Xcalak montrant la zone maritime protégée.
Les 400 habitants d’un petit paradis, au Mexique, ont obtenu la création d’un parc national. Maintenant, ils doivent faire face à un gigantesque projet de développement touristique…

Au sud de la presqu’île du Yucatan (Mexique), à la frontière du Belize, la nature est encore préservée. Face au village de Xcalak, la mer des Caraïbes abrite la deuxième plus grande barrière corallienne du monde: le récif méso-américain. Une grande diversité d’espèces peuple ces eaux, y compris des tortues et des lamantins. Sur le littoral, les colonies de singes, les jaguars et les crocodiles se partagent la lagune et la forêt. Cent cinquante-cinq espèces d’oiseaux ont été identifiées sur ce territoire de 17 000 hectares!
Si la première activité des 400 habitants de Xcalak reste la pêche, une nouvelle source de revenus commence à prendre de l’importance: le tourisme. Il y a cinq ans de cela, les habitants de Xcalak en sont arrivés à la conclusion que le développement de la pêche de loisir et d’autres activités touristiques, encadrées par des guides souvent irresponsables, risquait à très court terme d’appauvrir leurs ressources et d’endommager l’écosystème. Ce constat les a amenés à explorer des voies nouvelles, avec le concours d’experts. Le 5 juin 2000, grâce à l’appui de l’Université de Quintana Roo et du Centre des ressources littorales de Rhode Island (CRC,
voir pp. 10-11), ils ont obtenu du gouvernement fédéral mexicain la création d’un parc national maritime dont la gestion leur a été confiée.
Pour protéger l’écosystème et concilier les intérêts de tous, le territoire est depuis divisé en six zones, affectée chacune a une activité encadrée par une réglementation propre. Pêche commerciale, pêche sportive, tourisme, occupent chacun une zone. Une quatrième est attribuée à la reproduction des espèces sous-marines, une cinquième à la conservation de la flore et de la faune. Sur une sixième, enfin, la pêche est interdite en hiver.
La réalisation de ce plan n’a pas mis fin à tous les soucis. «Un projet gouvernemental, la Route de la côte maya, envisage d’insérer Xcalak dans un vaste couloir touristique», explique Marco Lazcano, biologiste et directeur des Amis de Sian Ka’an, une association régionale qui participe à plusieurs projets de défense de l’environnement. La Route de la côte maya et ses 14 000 nouvelles chambres d’hôtel favorisera l’introduction d’un tourisme de masse, comme à Cancun, qui reçoit plus de deux millions de visiteurs par an, à 300 kilomètres au nord de Xcalak.
«Il serait irréaliste de se tenir en marge d’un tel projet, tempère toutefois Marco Lazcano. La seule route d’accès à Xcalak a été dévastée par l’ouragan Mitch, en 1988. Il n’y circule plus qu’un seul autobus par jour.» Le village n’est pas non plus raccordé au réseau électrique, bien que cela soit envisagé pour les mois qui viennent. «Pour autant, les habitants ne veulent pas voir pousser des pyramides d’acier et de béton sur leurs plages. Ils veulent garder leurs maisons de bois et leurs rues de sable. Ils demandent donc à participer aux décisions concernant la Route maya, afin de peser en faveur d’un développement équilibré», ajoute le biologiste.
«Les habitants installés plus à l’intérieur des terres, poursuit-il, veulent eux aussi bénéficier du développement. Ils travaillent pour y arriver sans pour autant renoncer à la pêche, qui reste une de leurs ressources majeures et définit leur identité. Ils se préoccupent donc de la protection de l’écosystème. S’ils veulent que leur communauté continue à vivre, face au raz-de-marée touristique et aux projets des investisseurs, ils savent qu’ils doivent s’organiser.»
Xcalak possède deux modestes hôtels d’une capacité de 12 et de 30 lits. Cinq autres sont déjà prévus à proximité. Et plusieurs des habitants du village ont commencé à apprendre l’anglais et à suivre des formations pour l’accueil des touristes. Pourtant, malgré cette bonne volonté, Xcalak n’est pas prête à tout accepter.


Amigos de Sian Ka´an, BP 770, Cancún. Quintana Roo, 77500. Mexique.

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