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|L'acte par lequel l'homme arrache quelque chose à la mort|"Nous peuple de Metis" |L'universel et le particulier | Afghanistan : le Gaulois bouddique |La culture doit être l'une des bases de la compréhension entre les peuples
Dimitri Chostakovitch est décédé en 1975. Juin 1973
BEETHOVEN CHARME LA FORÊT
Dimitri Chostakovitch est l'un des plus célèbres compositeurs soviétiques. Il a écrit plus d'une douzaine de symphonies, des opéras, de la musique de chambre, des ballets, des chœurs et de la musique de films. L'article ci-desso,us est une allocution prononcée par Chostakovitch au Congrès international de la musique à Moscou en 1971 consacré à la musique traditionnelle et à la musique contemporaine, congrès organisé par le Conseil international de la musique et le Comité national soviétique pour la musique.
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Dimitri Chostakovitch, à gauche sur la photo, tient une lance d'incendie qu'il dirige sur les foyers allumés par les bombes incendiaires lancées contre Leningrad lors de la Seconde Guerre mondiale. Chostakovitch écrivit les trois premiers mouvements de sa 7e symphonie (Leningrad) en 1941 pendant le siège de la ville.






Centenaire de deux grands chanteurs : Caruso et Chaliapine

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Le monde entier célèbre en 1973 le centenaire de la naissance de deux voix extraordinaires : la basse Fédor Ivanovitch Chaliapine et le ténor Enrique Caruso. Né à Kazan (URSS), Chaliapine se rendit vite célèbre par sa stupéfiante voix et par son jeu qui lui permit de camper, sur les plus grandes scènes, les personnages de Don Quichotte (ci-dessus), de Richard Strauss, ou de Boris Godounov de Moussorgski...




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... Caruso naquit à Naples (Italie). Sa voix, d'une puissance et d'une pureté exceptionnelles, lui acquit la réputation d'un des plus grands ténors qui aient existé. Sa gloire mondiale fut immédiate et sa renommée reste telle que ce " musicien ambulant ", (ci-dessus) n'hésite pas à parcourir les rues de Londres avec comme seule affiche les " songs of Caruso ". c'est-à-dire les "chansons de Caruso".
Un célèbre compositeur soviétique nous livre ses réflexions sur la musique sans frontières.

La réciprocité des influences et des liens entre l'Orient et l'Occident, c'est-à-dire entre les peuples élevés dans les traditions de la pensée musicale européenne, et les autres, constitue l'un des problèmes les plus importants pour qui veut comprendre l'évolution des traditions musicales nationales.

À ce propos, je suis d'accord avec ceux qui soulignent le caractère inopportun de l'expression " pays en voie de développement ", peu compatible avec les anciennes et grandes cultures des Etats d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Pour vrai que soit le retard industriel de ces pays par rapport à l'Europe ou à l'Amérique du Nord, parler sur le ton protecteur de " pays en voie de développement ", quand on fait allusion à l'art, est pour le moins déplacé.

Dans quelle mesure les moyens d'expression, élaborés au fil des siècles par un peuple, peuvent-ils être utilisés par une culture d'un autre pays ou soumis à ses normes artistiques? Pour moi, en ce sens, une question est loin d'être claire : celle de l'" incompatibilité" des systèmes modaux et des systèmes harmoniques, ou celle de la "nocivité" ou du bienfait qu'apportent à l'héritage culturel des pays orientaux les moyens polyphoniques ou harmoniques propres à la musique européenne.

Mais il y a une chose dont je suis bien convaincu : rien n'est plus juste, si l'on considère la culture de l'humanité dans sa totalité, que la thèse de l'égalité de principe des diverses traditions musicales nationales, de l'ensemble des richesses mélodiques, rythmiques ou sonores, ou encore des finesses poétiques transmises par les chanteurs populaires, les instrumentalistes et les créateurs professionnels.

La question n'est pas de savoir s'il y a "compatibilité" ou "incompatibilité" des divers systèmes musicaux, mais de nous demander comment et par quels moyens le problème des interactions culturelles entre des peuples de diverses parties du monde et appartenant à des ethnies différentes est résolu. Seuls interviennent ici la sensibilité artistique et le talent de tous les intéressés – compositeurs, exécutants, pédagogues ou théoriciens – leur responsabilité devant l'art et leur intégrité.

Certes, les pierres d'achoppement sont imprévisibles. Il y a en effet toujours le danger d'un nivellement, d'un classement selon une " norme européenne moyenne ". Et l'on peut comprendre l'inquiétude de ceux qui ont la tâche de diriger ces processus, qui sont chargés de la formation des cadres nationaux professionnels et connaissent bien toutes les formes de la propagation de la musique.

On ne peut tolérer aucune attitude irréfléchie, ou pire commerciale aucune négligence à i'égard de cette grande tradition humaniste qui appartient à tous les peuples de notre planète. De telles pratiques peuvent conduire à détruire des valeurs artistiques éternelles et à méconnaître ses propres richesses nationales. Mais il ne faut pas non plus chercher à empêcher les arts de bénéficier de contacts qui sont naturels, et dont les proportions sont internationales, des emprunts réciproques entre systèmes de pensée et de langages musicaux différents.

On peut, semble-t-il, ranger au nombre des formes naturelles et légitimes de développement de la tradition nationale non seulement ses liens directs avec la réalité environnante, c'est-à-dire avec les nouvelles conditions sociales et l'évolution des consciences, mais également sa capacité à acquérir d'elle-même, à s'enrichir de tout ce qu'il y a de progressiste, au sens idéologique et technologique du terme, dans des traditions autres et parfois très éloignées.

Bien entendu, ce processus doit être fondé sur l'échange et nullement être imposé de l'extérieur. Pour ne pas m'en tenir à des affirmations gratuites, je rappelle certains faits connus de I'histoire musicale de la Russie. Les emprunts de Borodine, de Balakirev, de Moussorgski ou de Rimski-Korsakov à des modèles isolés ou à des éléments du folklore des peuples d'Orient n'ont-ils pas enrichi leur art? Combien plus pauvre serait la musique russe sans les Danses polovtsiennes, de Borodine, Islamey, de Balakirev, Les Danses perses, de Moussorgski, Schéhérazade, de Rimski-Korsakov, et nombre d'autres pages d'inspiration orientale.

Et que dire du travail accompli par certains compositeurs de Moscou et de Leningrad, dans les Républiques d'Asie centrale où, dans un délai extraordinairement court, sont apparues des écoles nationales de composition faisant largement appel à l'expérience de la musique russe et d'Europe occidentale dans l'élaboration de leur propre culture nationale et socialiste ?

L'expérience de mon pays –j'entends tout ce qui s'y est passé depuis la Révolution d'Octobre – prouve la justesse d'orientation des efforts des générations successives de musiciens soviétiques pour donner forme à la culture musicale de tous les peuples de l'U.R.S.S. Il faut se représenter les espaces énormes de ce pays, I'infinie diversité des conditions géographiques et ethniques–qui expliquent la diversité de mœurs et de caractères de: peuples parlant et chantant en cent cinq langues–pour comprendre les grandes tâches qui nous sont imparties par l'Histoire.

L'évolution de la culture musicale des peuples de l'U.R.S.S. fait une large part à l'expérience de la musique classique russe et aux remarquables traditions des écoles de composition russes. Ces dernières plongent leurs racines dans les couches profondes de la vie du peupe et de la culture russe. Dans le climat nouveau du socialisme vécu par notre Etat multinational, ces traditions n'ont cessé de s'enrichir grâce à la créativité des artistes soviétiques et à l'unité dialectique des principes national et international.

Loin de moi le désir de présenter le développement de notre culture musicale–qu'il s'agisse de la création, de l'exécution, de l'enseignement ou de la théorie–comme étant à l'abri de toutes contradictions et difficultés, développement lisse en quelque sorte. Des difficultés, il y en a eu, ainsi que des erreurs et des échecs déprimants. Mais, malgré tout, je reste convaincu que l'orientation fut et reste juste et féconde. Je n'en veux pour preuve que les conquêtes véritablement historiques réalisées dans l'édification d'un art et d'une culture d'avant-garde dans les pays de l'Orient soviétique et que l'on peut mesurer à la quantité, et surtout à la qualité des œuvres produites.

Si le mouvement de la culture musicale soviétique s'est opéré en largeur, englobant des millions de gens dans tous les coins du pays, il s'est également développé et se développe encore en profondeur, enrichissant notre époque de découvertes hardies et véritablement novatrices.

Il suffit ici de mentionner Serge Prokofiev, qui a donné une puissante impulsion aux recherches créatrices de nombreux compositeurs dans le monde entier. Sa part est grande dans la mise à jour des richesses originales et profondes de la musique populaire russe, et pas seulement russe. Que l'on se rappelle seulement son remarquable Second quatuor à cordes sur des thèmes kabardino-balkares.

Un compositeur de renommée mondiale, Aram Khatchatourian, qui a profondément pénétré l'essence de la musique transcaucasienne, a su, à partir de là, créer des œuvres symphoniques qui ont principalement influé sur le développement de sa musique natale, la musique arménienne, et sur d'autres. Dans un même esprit, il convient d'apprécier le rôle créateur d'un compositeur de talent, Kara Karaév, chef de file d'une école de composition intéressante et pleine de promesses, celle de l'Azerbaïdjan.

Il me semble que les partisans des " tendances conservatrices " dans les cultures musicales des peuples non européens perdent quelque peu de vue les réalités : des œuvres universellement reconnues ont été créées jusqu'ici et, j'en suis sûr, nous serons encore données, grâce à l'intervention hardie et féconde du compositeur dans un domaine qui, au premier abord, lui est étranger.

Tout en réprouvant l'oppression d'une culture par une autre et tout en réfutant certaines opinions qui ont cours en Occident quant au génocide culturel, nous ne pouvons néanmoins souscrire aux appels à l'isolement d'un système musical par rapport à un autre, sous prétexte de préserver ces cultures dans leur pureté première.

Laissons donc les peuples d'Asie et d'Afrique, qui ont créé un art admirable et dont les traditions sont riches et originales, développer leur art et perfectionner leur langage musical. Mais surtout qu'ils ne se montrent pas sourds aux grandes conquêtes de la musique des autres peuples.

Je me rappelle l'impression inoubliable que j'ai ressentie à la vue d'un documentaire sur la vie d'une tribu indienne tout à fait primitive, à en juger par les images, et vivant dans une région montagneuse et difficile d'accès de l'Amazonie. Il y eut une scène véritablement émouvante : le chef de cette tribu et certains des siens écoutant le Concerto pour violon, de Beethoven, enregistré au magnétophone. Sur les visages de ces gens, que nous venions de voir à la chasse ou au travail dans un paysage des plus rudes, nous pouvions lire un trouble extraordinaire, proche du traumatisme. Beethoven s'adressait à un homme d'un autre monde et celui-ci comprenait son message.

Il me semble que l'on peut en tirer une conclusion : la musique ne connaît pas les frontières nationales, elle n'a pas besoin de mesures protectionnistes destinées à isoler les cultures les unes des autres. Au contraire, il faut que les pays disposant des moyens les plus développés de diffusion de la culture musicale et de pédagogues hautement qualifiés viennent en aide aux peuples qui, pendant des siècles, ont vécu en régime colonial sans aucune possibilité de développer librement leur culture nationale.

Certes, cette aide ne doit pas se transformer en agression culturelle. Et c'est à nous, musiciens sincèrement préoccupés des destinées de la musique dans le monde, qu'il appartient de rechercher un langage commun afin d'affirmer et de préserver les grandes valeurs culturelles présentes et futures.

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