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|Beethoven charme la forêt |L'acte par lequel l'homme arrache quelque chose à la mort|L'universel et le particulier | Afghanistan : le Gaulois bouddique |La culture doit être l'une des bases de la compréhension entre les peuples
Jorge Amado, né en 1912, a publié de nombreux ouvrages après la parution de cet article, dont Navigation de cobotage. Il est décédé en août 2001. Septembre 1977
«NOUS PEUPLE DE METIS…»
Jorge Amado, membre de l'Académie brésilienne, est l'un des romanciers latino-américains les plus lus dans le monde. Après son roman Mar muerto (Mer morte, 1961J qui le fit connaître de tout le continent, il a écrit une quinzaine d ouvrages, traduits en plus de 30 langues. Parmi ses œuvres les plus récentes, citons: Gabriella, fille du Brésil (Ed. Seghers, Paris 1959), Doña Flor y sus dos maridos (Doña Flor et ses deux maris) et Bahia de tous les saints (id. Gallimard, Paris).
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Les Trois Races, toile du peintre brésilien Emiliano di Cavalcanti, met en scène d'une manière symbolique, l'harmonie qui règne au Brésil entre ces trois groupes, fondus entre eux pour donner naissance à un nouveau type d'homme.
Le Brésil est un pays métissé. C'est là un fait d'évidence. Une expérience d'une importance capitale est en cours dans ce pays pour la solution du problème racial, problème qui reste affreusement présent dans le monde d'aujourd'hui. Car c'est au Brésil que les races les plus diverses se sont mêlées et qu'elles continuent de se mêler.

Quel Brésilien pourrait honnêtement se proclamer d'ascendance pure ? Au Brésil, les groupes ethniques les plus divers —ibérique, slave, anglo-saxon, hongrois, etc. —se sont mêlés aux différents groupes noirs et indiens tout comme aux Arabes, aux Juifs et aux Japonais.

Ils se sont tous mêlés : ils se mêlent encore et continueront de se mêler un peu plus chaque fois. C'est là notre réalité la plus profonde notre contribution à la culture mondiale et à l'humanisme.

Nous sommes un peuple de métis, et dans ce métissage toujours plus complet, I'apport du Noir est aussi important que celui du Blanc. C'est aux Noirs que nous devons quelques-unes de nos caractéristiques populaires les plus puissantes, comme notre capacité à résister à la misère et à l'oppression, à survivre aux conditions les plus dures et les plus adverses, à rire et à aimer la vie.

C'est à eux encore que nous devons cette joie de vivre qui nous pousse à lutter et à vaincre le retard, la misère, le manque de liberté et les innombrables obstacles qui s'opposent à notre développement. Cette capacité de résistance et de lutte, pour ne rien dire de la musique, de la danse et de la tendance artistique générale Brésilien, nous la devons d'abord à ce sang noir qui circule dans nos veines.

La culture brésilienne s'est forgée dans la lutte contre le racisme et tire son origine du croisement entre le Blanc, le Noir et l'lndien. Pourtant, nos origines africaines sont indissolublement liées à nos origines blanches. Aussi, c'est avec fierté que le Brésil peut proclamer son métissage et la présence maternelle et merveilleuse de l'Afrique. Car l'Afrique est notre matrice.

Pourtant il serait inepte d'affirmer que les racistes n'existent pas au Brésil. Il y en a beaucoup. Par contre, nous n'avons pas de philosophie raciste de la vie; notre philosophie de la vie est profondément anti-raciste, basée qu'elle est sur le mélange et le métissage.

La sculpture si forte, si "nègre" d'un Agnaldo da Silva — sans égale dans le Brésil d'aujourd'hui—n'est pas exclusivement nègre: des éléments d'influence blanche et ibérique s'y discernent, dans les thèmes comme dans les formes. L'Oxossi d'Agnaldo est en effet aussi bien un Saint Georges.

Toutefois, il faut déplorer l'image déformée de notre culture telle qu'elle est
souvent présentée à l'étranger. Ce qui est réellement fondamental et important y est escamoté, à savoir, le sens de la présence africaine dans notre culture.

Par un bizarre retour à l'esprit colonial, on a tendance quelquefois à réunir peintres, chanteurs et écrivains à la peau foncée, dans l'intention vaine de démontrer I'absence de tout préjugé racial au Brésil, alors qu'au contraire on fait ainsi preuve d'une préoccupation tout à fait étrangère à la philosophie brésilienne de la vie, anti-raciste par excellence.

On finit par exemple, par choisir quelquefois des chanteuses à la peau très noire, mais on ne prête aucune attention à leur répertoire; on les fait chanter des chansons où l'influence ibérique l'emporte sur l'influence africaine en oubliant qu'au; Brésil la musique est avant tout l'héritière des atabaques africains.

On expose la peinture de l'École de Paris, pourvu qu'elle soit peinte par des artistes à la peau sombre et l'on ne tient aucun compte de l'œuvre de peintres brésiliens, tels que Tarsila ou Di Cavalcanti, et pourtant c'est dans leur peinture que sont mis en évidence les éléments d'origine nègre qui ont marqué les arts plastiques dans ce pays, leur conférant, par l'intégration des apports blancs, indiens ou japonais, une originalité brésilienne.

Il faut proclamer et montrer au monde la présence exaltante et fondamentale de I'Afrique au Brésil, sa présence dans notre vie, dans notre culture, sur le visage de notre peuple.

Il est là, le Nègre africain, présent dans tout ce qui se fait de grand ici. Elle est là, l'Afrique, avec sa lumière et ses ombres, dans les sculptures de prophètes, de saints et d'anges que l'Aleijadinho — sculpteur métis (1730-1814) — faisait surgir sur les chemins de l'or dans l'État du Minas Gerais.

Elle est là la musique de Villa-Lobos, de Dorival Caymi, dans les orixas et les madones d'Agnaldo, dans les mulâtresses de Di Cavalcanti, dans la poésie de Gregorio de Matos, de Castro Alves, de Vinicius de Moraes, dans la danse, le chant, la douceur, la grâce, la cordialité et l'imagination, dans tout ce qui, en effet, se faitde grand au Brésil.

Parce que, ici, les dieux et les hommes se sont mêlés pour toujours, heureusement. Oui, heureusement.

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