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de la liberté |Entretien
avec Vaclav Havel |"Je
suis né il y a mille ans"|Le
sous-développement ce "génocide silencieux" |
| Claude Lévi-Strauss
est né en 1908. |
Mars
1996
Race,
histoire et culture
Par
Claude Lévi-Strauss.
Claude
Lévi-Strauss, universitaire et anthropologue français, auteur de nombreux
ouvrages ayant marqué l'évolution de la pensée en sciences sociales,
au nombre desquels: Les structures élémentaires de la parenté
(1949), Anthropologie structurale I & II (1958 et 1973), La pensée
sauvage (1962), Mythologiques (4 vol.,1964, 1967,1968,1971). Il a plus
récemment publié Histoire de Lynx (1991) Regarder, écouter,
lire (1993) et Saudades do Brasil (1994). |

Claude Lévi-Strauss au siège de l'UNESCO, à Paris, lors de son
exposé sur "Race et culture" (1971).

Claude Lévi-Strauss en 1988.
La
chance qu'a une culture de totaliser cet ensemble complexe d'inventions que nous
appelons une civilisation est fonction du nombre et de la diversité des cultures
avec lesquelles elle partage une commune stratégie.
La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à
l’échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité.
Toute création véritable implique une certaine surdité à
l'appel d'autres valeurs et peut aller jusqu'à leur refus. |
Par
deux fois, à la demande de l'UNESCO, d'abord dans Race et histoire
(1952), puis dans Race et culture (1971), Claude Lévi-Strauss, l'un
des maîtres de l'anthropologie contemporaine, s'est penché sur la question
du racisme. Du premier texte au second, l'accent se déplace. Nous présentons
ici de larges extraits de ces deux textes fondamentaux
Race et histoire
1
L'humanité ne se développe pas sous le régime d une uniforme
monotonie, mais à travers des modes extraordinairement diversifiés
de sociétés et de civilisations; cette diversité intellectuelle,
esthétique, sociologique, n'est unie par aucune relation de cause à
effet à celle qui existe, sur le plan biologique, entre certains aspects observables
des groupements humains: elle lui est seulement parallèle sur un autre terrain.
Mais, en même temps, elle s'en distingue par deux caractères importants.
D'abord elle se situe dans un autre ordre de grandeur. Il y a beaucoup plus de cultures
humaines que de races humaines, puisque les unes se comptent par milliers et les
autres par unités (...). En second lieu, à l'inverse de la diversité
entre les races, qui présente pour principal intérêt celui de
leur origine historique et de leur distribution dans l'espace, la diversité
entre les cultures pose de nombreux problèmes, car on peut se demander si
elle constitue pour l'humanité un avantage ou un inconvénient (...).
Enfin et surtout on doit se demander en quoi consiste cette diversité, au
risque de voir les préjugés racistes, à peine déracinés
de leur base biologique, se reformer sur un nouveau terrain. (…) On ne saurait donc
prétendre avoir résolu par la négative le problème de
l'inégalité des races humaines, si l'on ne se penche pas aussi sur
celui de l'inégalité ou de la diversité des cultures humaines
qui, en fait sinon en droit, lui est, dans l'esprit du public, étroitement
lié. (...)
La
collaboration des cultures
(...)
La chance qu'a une culture de totaliser cet ensemble complexe d'inventions de tous
ordres que nous appelons une civilisation est fonction du nombre et de la diversité
des cultures avec lesquelles elle participe à l'élaboration-le plus
souvent involontaire d'une commune stratégie. Nombre et diversité,
disons-nous. La comparaison entre l'Ancien Monde et le Nouveau à la veille
[de 1492] illustre bien cette double nécessité
L'Europe de la Renaissance était le lieu de rencontre et de fusion des influences
les plus diverses: les traditions grecque, romaine, germanique et anglo-saxonne;
les influences arabe et chinoise. L'Amérique précolombienne ne jouissait
pas, quantitativement parlant, de moins de contacts culturels puisque les deux Amériques
forment ensemble un vaste hémisphère. Mais, tandis que les cultures
qui se fécondent mutuellement sur le sol européen sont le produit d'une
différenciation vieille de plusieurs dizaines de millénaires, celles
de l'Amérique, dont le peuplement est plus récent, ont eu moins de
temps pour diverger ; elles offrent un tableau relativement plus homogène.
Aussi, bien qu'on ne puisse pas dire que le niveau culturel du Mexique et du Pérou
fût, [en 1492], inférieur à celui de l'Europe (nous avons même
vu qu'à certains égards il lui était supérieur), les
divers aspects de la culture y étaient peut-être moins bien articulés.
(...) Leur organisation peu souple et faiblement diversifiée explique vraisemblablement
leur effondrement devant une poignée de conquérants. Et la cause profonde
peut en être cherchée dans le fait que la "coalition" culturelle
américaine était établie entre des partenaires moins différents
entre eux que ne l'étaient ceux de l'Ancien Monde.
Il n'y a donc pas de société cumulative en soi et par soi. L'histoire
cumulative n'est pas la propriété de certaines races ou de certaines
cultures qui se distingueraient ainsi des autres. Elle résulte de leur conduite
plutôt que de leur nature. Elle exprime une certaine modalité d'existence
des cultures qui n'est autre que leur manière d'être ensemble. En ce
sens, on peut dire que l'histoire cumulative est la forme d'histoire caractéristique
de ces super organismes sociaux que const1tuent les groupes de sociétés,
tandis que l'histoire stationnaire si elle existait vraiment serait la marque de
ce genre de vie inférieur qui est celui des sociétés solitaires.
L'exclusive fatalité, l'unique tare qui puissent affliger un groupe humain
et l'empêcher de réaliser pleinement sa nature, c'est d'être seul.
On voit ainsi ce qu'il va de maladroit et de peu satisfaisant pour l'esprit dans
les tentatives dont on se contente généralement pour justifier la contribution
des races et des cultures humaines à la civilisation. On énumère
des traits, on épluche des questions d'origine, on décerne des priorités.
Pour bien intentionnés qu'ils soient, ces efforts sont futiles, parce qu'ils
manquent triplement leur but
D'abord, le mérite d'une invention accordé à telle ou telle
culture n'est jamais sûr. (...) En second lieu, les contributions culturelles
peuvent toujours se répartir en deux groupes. D'un côté, nous
avons, des traits, des acquisitions isolées dont l'importance est facile à
évaluer, et qui offrent aussi un caractère limité. (...) Au
pôle opposé (avec, bien entendu, toute une série de formes intermédiaires),
il y a les contributions offrant un caractère de système, c'est-à-dire
correspondant à la façon propre dont chaque société a
choisi d'exprimer et de satisfaire l'ensemble des aspirations humaines L'originalité
et la nature irremplaçable de ces styles de vie (patterns) ne sont pas niables,
mais comme ils représentent autant de choix exclusifs on aperçoit mal
comment une civilisation pourrait profiter du style de vie d'une autre, à
moins de renoncer à être elle-même. En effet, les tentatives de
compromis ne sont susceptibles d'aboutir qu'à deux résultats: soit
une désorganisation et un effondrement du pattern d'un des groupes; soit une
synthèse originale, mais qui, alors, consiste en l'émergence d'un troisième
pattern, lequel devient irréductible par rapport aux deux autres. Le problème
n'est d'ailleurs pas même de savoir si une société peut ou non
tirer profit du style de vie de ses voisines, mais si, et dans quelle mesure, elle
peut arriver à les comprendre, et même à les connaître.(…)
La
civilisation mondiale
Enfin,
il n'y a pas de contribution sans bénéficiaire. Mais s'il existe des
cultures concrètes, que l'on peut situer dans le temps et dans l'espace, et
dont on peut dire qu'elles ont "contribué" et continuent de le faire,
qu'est-ce que cette "civilisation mondiale" supposée bénéficiaire
de toutes ces contributions ? Ce n'est pas une civilisation distincte de toutes les
autres, jouissant du même coefficient de réalité. (...) [C'est]
une notion abstraite, à laquelle nous prêtons une valeur, soit morale
s'il s'agit d'un but que nous proposons aux sociétés existantes, soit
logique si nous entendons grouper sous un même vocable les éléments
communs que l'analyse permet de dégager entre les différentes cultures.
Dans les deux cas il ne faut pas se dissimuler que la notion de civilisation mondiale
est fort pauvre, schématique, et que son contenu intellectuel et affectif
n'offre pas une grande densité. Vouloir évaluer des contributions culturelles
lourdes d'une histoire millénaire (...) [selon le seul] étalon d'une
civilisation mondiale qui est encore une forme creuse, serait les appauvrir singulièrement,
les vider de leur substance et n'en conserver qu'un corps décharné.
(...) La véritable contribution des cultures ne consiste pas dans la liste
de leurs inventions particulières, mais dans l'écart différentiel
qu'elles offrent entre elles. Le sentiment de gratitude et d'humilité que
chaque membre d'une culture donnée peut et doit éprouver envers toutes
les autres, ne saurait se fonder que sur une seule conviction : c'est que les autres
cultures sont différentes de la sienne, de la façon la plus varice
(...).
Nous avons considéré la notion de civilisation mondiale comme une sorte
de concept limite, ou comme une manière abrégée de désigner
un processus complexe. Car si notre démonstration est valable, il n'y a pas,
il ne peut y avoir, une civilisation mondiale au sens absolu que l'on donne souvent
à ce terme, puisque la civilisation implique la coexistence de cultures offrant
entre elles le maximum de diversité, et consiste même en cette coexistence.
La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à
l'échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité.
Race
et culture2
[En 1952,] dans une plaquette écrite à la demande de l'UNESCO, je faisais
appel à la notion de coalition pour expliquer que des cultures isolées
ne pouvaient espérer créer à elles seules les conditions d'une
histoire vraiment cumulative. Il faut pour cela, disais-je, que des cultures diverses
combinent volontairement ou involontairement leurs mises respectives et se donnent
ainsi une, meilleure chance de réaliser, au grand jeu de l'histoire, les séries
longues qui permettent à celle-ci l de progresser. Les généticiens
proposent actuellement [1971] des vues assez voisines sur l'évolution biologique,
quand ils montrent qu'un génome constitue en réalité un système
dans lequel certains gènes jouent un rôle régulateur et d'autres
exercent une action concertée sur un, seul caractère, ou le contraire
si plusieurs caractères se trouvent dépendre du même gène.
Ce qui est vrai au niveau du génome individuel l'est aussi à celui
d'une population, qui doit toujours être telle, par la combinaison qui s'opère
en son sein de plusieurs patrimoines génétiques, où l'on aurait
naguère reconnu un type racial, qu'un équilibre optimal s'établisse
et améliore ses chances, de survie. En ce sens, on peut dire que la recombinaison
génétique joue, dans l'histoire des populations, un rôle comparable
à celui que la recombinaison culturelle joue dans l'évolution des formes
de vie, des techniques, des connaissances et des croyances par le partage desquelles
se distinguent les sociétés. (...)
Nature/culture
: le vieux débat
[Mais]
on ne saurait trop insister sur un fait : si la sélection permet aux espèces
vivantes de s'adapter à un milieu naturel ou de mieux résister à
ses transformations, quand il s'agit de l'homme, ce milieu cesse d'être naturel
au premier chef ; il tire ses caractères distinctifs de conditions techniques,
économiques, sociales et mentales qui, par l'opération de la culture,
créent à chaque groupe humain un environnement particulier. Dès
lors, on peut faire un pas de plus et envisager qu'entre évolution organique
et évolution culturelle, les rapports ne soient pas seulement d'analogie,
mais aussi de complémentarité. (...)
A l'origine de l'humanité, l'évolution biologique a peut-être
sélectionné des traits pré culturels tels, que la station debout,
l'adresse manuelle, la sociabilité, la pensée symbolique, l'aptitude
à vocaliser et à communiquer. En revanche et dès que la culture
existe, c'est elle qui consolide ces traits et les propage ; quand les cultures se
spécialisent, elles consolident et favorisent d'autres traits, comme la résistance
au froid ou à la chaleur pour des sociétés qui ont dû,
de gré ou de force, s'adapter à des extrêmes climatiques, les
dispositions agressives ou contemplatives, l'ingéniosité technique,
etc. Tels que nous les saisissons au niveau culturel, aucun de ces traits ne peut
être clairement rattaché à une base génétique,
mais on ne saurait exclure qu’ils le soient parfois de façon partielle et
par l'effet lointain de liaisons intermédiaires. En ce cas, il serait vrai
de dire que chaque culture sélectionne des aptitudes génétiques
qui, par rétroaction, influent sur la culture qui avait d'abord contribué
à leur renforcement.
Une
couverture idéologique
En
faisant remonter à un passé de plus en plus ! reculé, qu'on
chiffre actuellement en millions d'années, les premiers débuts de l'humanité,
l'anthropologie physique retire une de leurs bases principales aux spéculations
racistes, puisque la part d'inconnaissable augmente ainsi beaucoup plus rapidement
que le nombre des repères disponibles pour jalonner les itinéraires
suivis par nos lointains ancêtres au cours de leur évolution.
A ces spéculations, les généticiens ont porté des coups
encore plus décisifs quand ils ont remplacé la notion de type par celle
de population, la notion de race par celle de stock génétique, et quand
ils ont montré qu'un gouffre sépare les différences héréditaires
selon qu'on peut les attribuer à l'opération d'un seul gène—celles-là
peu significatives du point de vue racial parce que probablement toujours dotées
d'une valeur adaptative—ou à l'action combinée de plusieurs, ce qui
les rend pratiquement indéterminables. (...)
Depuis une dizaine d'années seulement, nous commençons à comprendre
que nous discutions le problème du rapport entre évolution organique
et évolution culturelle dans des termes qu'Auguste Comte eût appelés
métaphysiques. L'évolution humaine n'est pas un sous-produit de l'évolution
biologique, mais elle n'en est pas complètement distincte non plus. La synthèse
entre ces deux attitudes traditionnelles est maintenant possible, à la condition
que, sans se satisfaire de réponses a priori et de solutions dogmatiques,
les biologistes et les ethnologues prennent conscience de l'aide qu'ils peuvent s'apporter
mutuellement et de leurs limitations respectives.
Cette inadéquation des réponses traditionnelles explique peut-être
pourquoi la lutte idéologique contre le racisme s'est montrée si peu
efficace sur le plan pratique. Rien n'indique que les préjugés raciaux
diminuent, et tout laisse à penser qu'après de brèves accalmies
locales, ils resurgissent ailleurs avec une intensité accrue. D'où
le besoin ressenti par l’UNESCO de reprendre périodiquement un combat dont
l'issue paraît pour le moins incertaine.
Mais sommes-nous tellement sûrs que la forme raciale prise par l'intolérance
résulte, au premier chef, des idées fausses que telle ou telle population
entretiendrait sur la dépendance de l'évolution culturelle par rapport
à l'évolution organique ?
Ces idées ne fournissent-elles pas simplement une couverture idéologique
à des oppositions plus réelles, fondées sur la volonté
d'asservissement et sur des rapports de force ? Ce fut certainement le cas dans le
passé ; mais, même en supposant que ces rapports de force s'atténuent,
les différences raciales ne continueraient elles pas à servir de prétexte
à la difficulté croissante de vivre ensemble, inconsciemment ressentie
par une humanité en proie à l'explosion démographique et qui
(...) se mettrait à se haïr elle-même, parce qu'une prescience
secrète l'avertit qu'elle devient trop nombreuse pour que chacun de ses membres
puisse librement jouir de ces biens essentiels que sont l'espace libre, l'eau pure,
l'air non pollué?
Les préjugés raciaux ont atteint leur plus grande intensité
vis-à-vis de groupes humains réduits par d'autres à un territoire
trop étriqué, à une portion trop congrue des biens naturels
pour que leur dignité n'en soit pas atteinte à leurs propres yeux comme
à ceux de leurs puissants voisins. Mais l'humanité moderne, dans son
ensemble, ne tendelle pas à s'exproprier elle-même et, sur une planète
devenue trop petite, ne reconstitue-t-elle pas à ses dépens une situation
comparable à celle que certains de ses représentants infligèrent
aux malheureuses tribus américaines et océaniennes? Qu'en serait-il,
enfin, de la lutte idéologique contre les préjugés raciaux,
s'il s'avérait que toujours et partout, comme le suggèrent certaines
expériences conduites par les psychologues, il suffit de répartir des
sujets d'origine quelconque en équipes et de placer celles-ci dans une situation
compétitive, pour que se développe en chacune un sentiment de partialité
et d'injustice vis-à-vis de ses rivales ?
Des communautés minoritaires qu'on voit aujourd'hui apparaître en plusieurs
points du monde, tels les hippies, ne se distinguent pas du gros de la population
par la race, mais seulement par le genre de vie, la moralité, la coiffure
et le costume; les sentiments de répulsion, d'hostilité parfois, qu'elles
inspirent au plus grand nombre sont-ils substantiellement différents des haines
raciales, et ferions-nous donc accomplir aux gens un véritable progrès
si nous nous contentions de dissiper les préjugés spéciaux sur
lesquels celles-ci seules, entendues au sens strict, peuvent être dites reposer?
Le
mirage de l'entente universelle
Dans
toutes ces hypothèses, la contribution que l'ethnologue peut apporter à
la solution du problème racial se révélerait dérisoire
et il n'est pas certain que celle qu'on irait demander aux psychologues et aux éducateurs
se montrerait plus féconde, tant il est vrai que, comme nous l'enseigne l'exemple
des peuples dits primitifs, la tolérance réciproque suppose réalisées
deux conditions que les sociétés contemporaines sont plus éloignées
que jamais de connaître: d'une part, une égalité relative, de
l'autre, une distance physique suffisante.
(...) Sans doute nous berçons-nous du rêve que l'égalité
et la fraternité régneront un jour entre les hommes sans que soit compromise
leur diversité. Mais si l'humanité ne se résigne pas à
devenir la consommatrice stérile des seules valeurs qu'elle a su créer
dans le passé (...), elle devra réapprendre que toute création
véritable implique une certaine surdité à l'appel d'autres valeurs,
pouvant aller jusqu'à leur refus, sinon même leur négation. Car
on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l'autre, s'identifier
à lui, et se maintenir différent. Pleinement réussie, la communication
intégrale avec l'autre condamne, à plus ou moins brève échéance,
l'originalité de sa et de ma création. Les grandes époques créatrices
furent celles où la communication était devenue suffisante pour que
des partenaires éloignés se stimulent, sans être cependant assez
fréquente et rapide pour que les obstacles indispensables entre les individus
comme entre les groupes s'amenuisent au point que des échanges trop faciles
égalisent et confondent leur diversité.
(...) Convaincus que l'évolution culturelle et l'évolution organique
sont solidaires, [l'ethnologue et le biologiste] savent que le retour au passé
est impossible, certes, mais aussi que la voie où les hommes sont présentement
engagés accumule des tensions telles que les haines raciales offrent une bien
pauvre image du régime d'intolérance exacerbée qui risque de
s'instaurer demain, sans même que les différences ethniques doivent
lui servir de prétexte. Pour circonvenir ces périls, ceux d'aujourd'hui
et ceux, plus redoutables encore, d'un proche avenir, il faut nous persuader que
leurs causes sont beaucoup plus profondes que celles simplement imputables à
l'ignorance et aux préjugés: nous ne pouvons mettre notre espérance
que dans un changement du cours de l'histoire, plus malaisé encore à
obtenir qu'un progrès dans celui des idées.
1. Extrait de Race et Histoire, Denoël/UNESCO, 1992
2. Extrait de " Race et Culture " in Revue internationale des sciences
sociales, Vol. XXIII (1971), n° 4, UNESCO. |
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