Archibald MacLeich est l'auteur de la célèbre
phrase figurant dans l'Acte constitutif de l'UNESCO : "Les guerres prenant
naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être
élevées les défenses de la paix".

Archibald MacLeish |
Octobre
1985
Peut-on enseigner la paix?
Archibald MacLeich.
Archibald MacLeich (1892-1982), poète et bibliothécaire du Congrès
des Etats-Unis, présida la commission qui rédigea le préambule
de l'Acte constitutif de l'UNESCO.
Extraits d'une intervention
d'Archibald Mac Leish au début d'un débat radiophonique qui fut diffusé
le 12 décembre1946, soit un mois après la création de l'UNESCO,
et auquel participèrent MM. F.L. Schlagle, Président de la National
Education Association (Association nationale d'éducation) des Etats-Unis,
Francis Bacon, membre de la commission des politiques éducatives de celle-ci
et Herbert Emmerich, Directeur du Public Administration Clearing House
(Centre de l'administration publique).
" Bien sûr que l'on peut enseigner la paix dans le monde. J'irai même,
pour ma part, beaucoup plus loin : on ne peut instaurer une paix universelle que
par le biais de l'éducation, je veux parler de l'éducation des peuples
du monde. Tout ce que les gouvernements peuvent faire en s'accordant entre eux, c'est
éliminer les causes de frictions qui risquent, avec le temps, de dégénérer
en guerres. Mais la paix, comme nous commençons tous à le comprendre,
est bien plus que l'absence de guerre. La paix est positive, non négative.
C'est une manière de vivre ensemble qui exclut la guerre, plutôt qu'une
période sans guerre durant laquelle les peuples s'efforcent de vivre ensemble.
Le plus difficile dans ce genre de discussion, ce ne sont pas les réponses,
mais les questions. Car elles sont posées – et il n'est pas possible de faire
autrement – en des termes qui ont perdu toute fraîcheur et toute signification
réelle (...)
Le véritable problème (...) est bien plus profond que cela. Il tient
à la manière dont l'esprit humain réagit à des mots comme
" entente internationale ", " éducation " et " culture
" (...)
Aussi, avant de pouvoir dire quoi que ce soit d'intelligent et de sensé sur
des questions comme l'éducation pour la paix, ou l'instauration d'une entente
internationale, convient-il de trouver les moyens de dégager ces mots de leur
gangue, d'en extraire la substantifique moelle. Je n'ai jamais réussi à
comprendre pourquoi les gens sont si enclins à croire que ce qui touche à
l'" économie " est concret et que ce qu'on qualifie de " politique
" est passionnant, alors que tout ce qui est rangé dans la catégorie
générale de la vie intellectuelle est nécessairement ennuyeux,
dépassé, illusoire et imprécis (...)
En fait, dans le monde où nous vivons –et non pas dans celui- où nous
croyons vivre, qui est tout différent–ce que les gens ressentent, pensent
et espèrent, bref ce qui occupe l'esprit humain, et qui est véritablement
le propre de l'homme, crée entre eux des liens bien plus forts, et en somme
bien plus tangibles, que les arrangements économiques ou politiques que peuvent
conclure les gouvernements et qui obstruent notre vision des choses, tout comme ils
encombrent les manchettes de nos journaux (...)
Je ne veux pas minimiser l'importance, considérable, des solutions économiques
aux problèmes du même ordre, ni des remèdes politiques aux maux
de cette nature. Je dis simplement que ces choses, pour importantes qu'elles soient,
le sont bien moins que la création d'un univers de mots et d'idées
au sein duquel les hommes peuvent se comprendre et se parler.
Ce que nous avons cherché à faire à Londres, c'est d'imaginer
un instrument international qui nous permette de créer un tel univers en tirant
parti de toutes les voies de communication qui nous sont offertes –L'éducation
et la radio, la presse et les bourses d'études, le cinéma et la musique,
le journalisme sous toutes ses formes et toutes les formes vivantes, vivaces, de
l'art. Si l'objet de ce débat est de s'interroger sur l'efficacité
de notre instrument international, je dirai tout net à mes collègues,
Messieurs Emmerich et Schlagle, de considérer qu'en ce qui me concerne, la
réponse est oui. " |