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| |La divorce de la science
et de la "culture"|Vandana
Shiva |La
naissance d'une éthique du vivant |
| Né en
1909 à Varsovie (Pologne), Joseph Rotblat a reçu le prix Nobel de le
paix en 1995. |
Août
1986
Le
mouvement Pugwash
Les
scientifiques contre la guerre
Par Joseph Rotblat.
Joseph Rotblat, du Royaume-Uni, est membre fondateur du mouvement Pugwash, dont il
fut le premier secrétaire général (1957-1973). Professeur honoraire
de physique à l'Université de Londres, il fait campagne depuis de nombreuses
années pour la limitation des armements et le désarmement. Il est l’auteur
de nombreux ouvrages sur les problèmes internationaux, l'énergie nucléaire
et l'action pour la paix, notamment du mouvement Pugwash. Il fut le responsable de
la publication de Scientists, the Arms Race and Disarmament (Les hommes de
science la course aux armements et le désarmement), où sont repris
les travaux d'un colloque Pugwash/UNESCO et que l'Organisation a fait paraître
en 1982. Le présent article est extrait d'une contribution de l'auteur à
une série d'études sur les origines des mouvements pour la paix dans
différentes régions du monde, que publie également l'UNESCO. |


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Paix
sur la constellation chantante des eaux
Entrechoquée comme les épaules de la multitude
Paix dans la mer aux vagues de bonne volonté
Paix sur la dalle des naufrages
Paix sur les tambours de l'orgueil et les papilles ténébreuses
Et si je suis le traducteur des vagues
Paix aussi sur moi.
Vicente
Huidobro (Chili) Monument à la mer.
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Le lancement du mouvement
Pugwash n'est pas dû à l'initiative d'un scientifique mais à
celle du philosophe britannique Bertrand Russell. En 1955, la situation mondiale
paraissait extrêmement tendue et I'avenir de l'humanité se présentait
sous un jour très sombre. La mise au point de la bombe à hydrogène
aux Etats-Unis et en Union soviétique marquait le début de la course
aux armements nucléaires, les deux camps fabriquant et essayant des bombes
d'une puissance de destruction toujours plus grande. Dès cette époque,
alors que les missiles balistiques n'existaient pas encore, ces bombes, larguées
par des avions pilotés, étaient en mesure de détruire les plus
grands centres urbains. Dans le climat de très vive méfiance, de peur
et de propagande hostile qui régnait à l'époque, il semblait
plus que probable que la guerre froide allait se changer en une guerre active qui
anéantirait toute civilisation.
Le manifeste Russell-Einstein vit le jour dans ces circonstances. Aux yeux de Russell,
la communauté scientifique devait se préoccuper activement des dangers
que présentaient pour l'humanité certaines applications de ses travaux.
À cette époque, le plus grand e scientifique vivant était Albert
Einstein et c'est à lui que Russell écrivit pour envisager la tenue
d'une conférence dans laquelle des scientifiques débattraient de ces
questions. Le savant accepta immédiatement et demanda à Russell de
préparer un projet de déclaration à cet effet. Ce que fit celui-ci,
qui renvoya son texte au physicien, pour qu'il le signe, en avril 1955.
Quelques jours plus tard, Russell était dans un avion entre Rome et Paris
quand le pilote annonça la mort d'Einstein. Le philosophe anglais était
effondré ; il craignait que sans le patronage d'Einstein le projet ne tombe
à l'eau. Mais arrivé à son hôtel à Paris, il trouva
le texte de la déclaration, signé de la main ! d'Einstein. Cette signature
avait été l'un des . derniers actes du grand savant. C'est de cette
manière dramatique que naquit le mouvement Pugwash. Russell réussit
à obtenir les signatures de neuf autres scientifiques appartenant à
six pays différents et, le 9 juillet 1955, le manifeste était rendu
public lors d'une : conférence de presse tenue à Londres, à
Caxton Hall.
Des journalistes du monde entier y assistèrent : elle connut un très
grand succès et bénéficia d'une large publicité. Une
véritable marée de lettres et de télégrammes s'ensuivit,
dans lesquels des particuliers et des groupes exprimaient leur adhésion au
manifeste et proposaient leur aide. L'une de ces lettres émanait de M. Cyrus
Eaton, industriel canado-américain, qui proposait de financer la conférence
de scientifiques proposée par le manifeste et suggérait qu'elle se
tînt dans son village natal de Pugwash, petit port de pêche de la Nouvelle-Ecosse
(Canada).
Dans sa proposition, Eaton disait clairement que si les participants étaient
ses invités, ils n'en seraient pas moins tout à fait indépendants
; les travaux de préparation et d'organisation seraient assurés par
Russell et ses collègues, la conduite et les actes de la conférence
incombant entièrement aux participants.
La première conférence de scientifiques organisée sous l'égide
du manifeste Russel-Einstein s'est tenue à Pugwash en juillet 1957. Les vingt-deux
participants venaient de dix pays, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France,
l'Union soviétique, la Chine et la Pologne. Ils se répartirent en trois
comités, afin d'étudier les thèmes suivants : les risques afférents
aux utilisations pacifique et militaire de l'énergie atomique, le contrôle
des armements nucléaires et la responsabilité sociale des scientifiques.
Les risques présentés par les retombées radioactives des essais
nucléaires étaient alors une des grandes questions d'actualité.
Aussi était-il essentiel que ce groupe international de scientifiques, aux
opinions politiques les plus diverses, parvint à l'unanimité dans son
évaluation quantitative des conséquences que pourraient avoir des essais
nucléaires à grande échelle. De tous les thèmes, abordés,
le plus polémique était sans nul doute celui du contrôle des
armes nucléaires, car il recouvrait toute la question des limitations et réductions
d'armements, ainsi que les mesures nécessaires à la réalisation
d'un désarmement général et total, sujet qui allait dominer
les débats des conférences Pugwash à venir. Mais tous convinrent,
à I'unanimité, que les scientifiques pouvaient et devaient contribuer
à ce débat.
C'est également à l'unanimité que le comité sur la responsabilité
sociale des scientifiques conclut ses travaux par une déclaration exposant
les convictions communes à tous ses membres. Qu'une longue déclaration,
passant en revue nombre des questions les plus délicates de l'époque
et définissant ce que devaient être le rôle et la responsabilité
des scientifiques, puisse être ratifiée par un groupe de scientifiques
aussi disparates, était un fait d'une importance capitale. Pour la première
fois sans doute, une conférence pleinement internationale, organisée
par des scientifiques, avec des participants de l'Est et de l'Ouest, avait lieu pour
débattre non pas de questions purement techniques, mais des implications sociales
des découvertes scientifiques.
La première conférence Pugwash donnait ainsi la preuve que les scientifiques
ont des objectifs communs qui dépassent les frontières nationales sans
pour autant enfreindre les engagements fondamentaux de chacun Elle montrait que,
de par leur formation et leurs connaissances, les scientifiques sont capables de
débattre avec objectivité des problèmes complexes que pose le
progrès scientifique, en vue d'y apporter des solutions.
D'avoir ainsi pris conscience de l'unanimité de leurs intentions décida
les participants à poursuivre leurs travaux en ce sens. Dans cette perspective,
dès la fin de la conférence, fut mis en place un comité de cinq
personnes dont le mandat était d'organiser d'autres manifestations de ce type.
C'était le feu vert pour la création d'un mouvement de scientifiques
qui tire son nom du lieu de sa première réunion : Conférences
Pugwash sur la science et les problèmes internationaux.
Depuis lors ; le mouvement Pugwash a évolué de la manière suivante:
les participants, aux conférences et réunions sont invités à
titre personnel et ne représentent qu'eux-mêmes; ce sont des scientifiques
(au sens le plus large du terme) venus des horizons idéologiques et géographiques
les plus divers; les débats sont conduits dans un esprit scientifique; en
tant qu'instance privée et indépendante, Pugwash, en règle générale,
n'entreprend guère d'activités avec d'autres organismes, à l'exception
de 1'Organisation des Nations Unies et de ses institutions spécialisées
comme l'UNESCO.
L'UNESCO s'est toujours beaucoup préoccupée du rôle et des responsabilités
des scientifiques. Le préambule de son Acte constitutif contient la célèbre
déclaration : " les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes,
c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses
de la paix ". En 1982, l'UNESCO a organisé, en collaboration avec Pugwash,
un colloque sur les scientifiques, la course aux armements et le désarmement,
dont les conclusions et recommandations énumèrent des tâches
spécifiques que doivent accomplir les scientifiques pour s'acquitter de leurs
obligations vis-à-vis de la société. Ces recommandations s'appuient
sur l'évolution de la réflexion de Pugwash depuis1957.
L'une des principales originalités de Pugwash tient à son absence de
formalisme et au caractère succinct de sa structure Officielle. Il n'y a pas
de statut écrit, pas plus que de membres en titre ; tout scientifique qui
a participé à une réunion de Pugwash devient, automatiquement
un " Pugwashien ". Mais se passer de règle écrite ne veut
pas dire agir de manière totalement arbitraire. Au fil du temps, un certain
nombre de principes directeurs se sont fait jour. Ils sont généralement
réexaminés tous les cinq ans, à l'occasion de la conférence
quinquennale, qui sert en quelque sorte d'assemblée générale,
et à laquelle peuvent participer tous ceux qui ont déjà assisté
à au moins deux conférences de Pugwash.
Si, à ce jour, c'est la conférence quinquennale de 1977 qui, avec une
participation de 223 personnes, a constitué le plus grand rassemblement du
mouvement, celui-ci n'a jamais eu l'intention de cantonner ses activités à
un petit groupe de scientifiques. Afin d'intéresser de nouveaux participants,
il a notamment mis en place des groupes Pugwash à l'échelon national
: en 1982, on en comptait déjà dans 36 pays. Le seminaire international
estival sur le désarmement et la limitation des armements, qu'organise, tous
les deux ans, le groupe Pugwash italien, est un exemple d'activité régulière
assurée par un groupe national.
On trouve aussi des Pugwashiens dans trente-neuf autres pays, mais ils ne sont pas
assez nombreux pour constituer des groupes nationaux. Dans ce cas, ce sont des groupes
régionaux qui sont mis en place, comme il enexiste en Afrique et en Amérique
latine.
Aujourd'hui, on reconnait que le mouvement Pugwash est un moyen de communication
important et efficace entre scientifiques soucieux d'étudier et de discuter
nombre des questions complexes auxquelles est confrontée notre époque.
Le fait que ses conférences attirent participation de scientifiques éminents
de l'Est et de l'Ouest, du Nord et du Sud, et que de leurs délibérations
sortent des propositions constructives, notamment en ce qui concerne le désarmement,
a valu aux conférences Pugwash le respect de la communauté scientifique,
des gouvernements et de nombreux secteurs de la société. Le nom de
" Pugwash " en est venu à symboliser l'examen international fructueux
de questions délicates, et ses conférences, pour d'autres tentatives
analogues faites dans des domaines différents, sont citées en exemple.
Le succès des conférences Pugwash tient aux efforts déployés
par un groupe de scientifiques qui sont résolus à conserver un point
de vue indépendant et impartial, et soucieux d'instaurer et de renforcer une
compréhension et une coopération internationales. Ces conférences
ont en outre montre qu'on pouvait appliquer une démarche scientifique, qui
a fait ses preuves dans les domaines scientifique et technologique, à des
problèmes qui ne se rapportent qu'indirectement à la science. Elles
ont montré que, même lorsque les questions abordées sont très
délicates, on peut dire la vérité sans être offensant
et parler franc sans chercher à gêner, à condition que l'on soit
guidé par une démarche commune, fondée sur l'objectivité
scientifique et le respect mutuel. |
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