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|La divorce de la science et de la "culture"|Le mouvement Pugwash |Vandana Shiva |
Mai 2000
La naissance d’une éthique du vivant

M. S. Swaminathan, titulaire de la chaire UNESCO-Cousteau d’écotechnie, président de la M. S. Swaminathan Research Foundation (Chennai, Inde), auteur de I Predict: A Century of Hope — Harmony with Nature and Freedom from Hunger, East West Books Pvt. Ltd, Chennai, 1999.
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© Steve McCurry/Magnum/Paris
La convention de Rio représente le premier effort important, à l’échelon international, pour promouvoir un partage de la biodiversité mondial fondé sur des principes d’équité sociale.

On a coutume de dire que la Convention sur la diversité biologique (CDB), adoptée lors du Sommet de Rio en juin 1992, a représenté un pas important vers une utilisation éthique et équitable du vivant.
Entrée en vigueur en décembre 1993, elle est aujourd’hui ratifiée par 177 Etats — mais pas par les Etats-Unis. Ce texte unique en son genre établit un cadre d’action mondial visant à assurer la préservation, l’utilisation durable et, fait notable, le partage équitable des bénéfices de la biodiversité. Plus précisément, la CDB concerne la définition et le financement des politiques de conservation, l’accès aux ressources génétiques, les transferts du Nord vers le Sud des technologies découlant de l’exploitation de ces ressources et le commerce des organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle reconnaît en particulier que les pays pauvres ne pourront s’acquitter de leurs engagements de conserver la biodiversité que si les Etats développés leur fournissent un accès aux biotechnologies et des financements conséquents. La surexploitation de la biodiversité est en effet inévitable si une pauvreté inacceptable continue à coexister avec des modes de vie non durables, et si les moyens de subsistance des familles faisant pression sur les ressources ne sont pas renforcés.
La CDB a d’abord été un formidable outil de sensibilisation. Hommes politiques, médias et grand public savent désormais que puiser sans frein dans la matière vivante met en jeu la sécurité de l’humanité. De nombreux Etats ont d’ailleurs modifié leur législation nationale pour créer ou consolider des mécanismes de gestion de la biodiversité. Le texte a également conforté l’idée qu’il fallait en priorité préserver les espèces avec leurs habitats naturels et associer les populations locales à leur gestion.
La convention a d’autre part conduit plus de 130 Etats à adopter le 29 janvier 2000 à Montréal un Protocole sur la biosécurité, afin de réglementer les échanges internationaux d’OGM. Les négociations ont fait l’objet d’un bras de fer entre l’Union européenne et le «groupe de Miami» (les plus gros producteurs d’OGM menés par les Etats-Unis, l’Argentine et le Canada). Selon le texte, un pays pourra s’opposer aux importations d’OGM jugés dangereux pour l’environnement ou la santé en vertu du seul principe de précaution — c’est-à-dire sans forcément disposer de preuves scientifiques. Toutefois, la question de savoir si le protocole prévaut sur les règles de l’Organisation mondiale du commerce (l’OMC, qui n’a jamais reconnu le principe de précaution) n’a pas été tranchée.
La CDB a donc permis des avancées certaines. Cependant, le financement des projets de conservation n’est guère assuré. L’aide au développement n’a fait que baisser depuis 1992. Quant au Fonds pour l’environnement mondial chargé, entre autres, de gérer les financements internationaux pour la biodiversité, il n’a reçu et redistribué que deux milliards de dollars en près de 10 ans.

Protéger les savoirs traditionnels
Enfin et surtout, peu d’efforts politiques ont été consentis pour assurer le partage équitable des bénéfices de la biodiversité. De nombreux pays du Tiers-Monde continuent à dénoncer la «biopiraterie» du Nord, qui collecte leurs ressources biologiques à des fins d’exploitation commerciale. Des mesures doivent en particulier être prises de toute urgence pour reconnaître et récompenser la contribution inestimable des familles autochtones et rurales à la préservation et à l’amélioration des ressources génétiques de la planète.
Cette tâche requiert un aménagement des règles de la propriété intellectuelle. Elles sont actuellement en cours de révision dans le cadre de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), qui réglemente par exemple les brevets dans le domaine des biotechnologies et les nouvelles variétés de semences. Le régime en vigueur, fondé sur la propriété individuelle et privée, est en effet inapte à protéger les connaissances collectives traditionnelles des autochtones.
La communauté internationale devra ensuite s’acquitter d’une tâche cruciale: l’élaboration et l’adoption d’un protocole sur l’agrobiodiversité, qui réglementerait la protection des savoirs traditionnels et les droits des agriculteurs sur les génomes végétaux.

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