espagnol.gif (840 octets)

english.gif (1445 octets)

Page d'accueil
Contacter
Nouveautés

Projets

Liens

Déclarations
Recherche
Publications
Résolutions des Nations Unies

Année internationale  pour une Culture de la  Paix

Manifeste 2000
Education pour une Culture de la Paix
Paix, Droits de l'homme, Démocratie et Tolérance

Unité de la Paix et des nouvelles dimensions  de la sécurité

Femmes et Culture de la Paix

Dialogue culturel et pluralisme pour une Culture de la Paix

Jeunesse
Bureaux UNESCO et les Comissions Nationales  
Chaires UNESCO
Prix UNESCO
FrSMlogo.gif (4181 octets)
Cette information est fournie par

UNESCO
Unité Culture de la Paix (CPP)
Communication & Information
7, place de Fontenoy
75352 Paris 07 SP
FRANCE
Tél : (+33 1) 45 68 12 19
Fax : (+33 1) 45 68 55 57
Mél : cofpeace@unesco.org
Internet: www.unesco.org/cpp

LES FEMMES S'ORGANISENT POUR LA PAIX
ET LA NON-VIOLENCE EN AFRIQUE

Conférence panafricaine des femmes
pour une culture de la paix

AGENDA DES FEMMES POUR UNE CULTURE DE LA PAIX EN AFRIQUE

Zanzibar, République-Unie de Tanzanie
17-20 mai 1999

TABLE DES MATIERES

I. Contexte
II. Cadre pour remédier aux effets des conflits violents
III. Objectifs et actions stratégiques
IV. Mobilisation de ressources en faveur de la promotion d'une culture de la paix en Afrique
V. Arrangements institutionnels


Nous, femmes d'Afrique, réunies à Zanzibar (République-Unie de Tanzanie), nous engageons à faire triompher dans nos pays et sur le continent les valeurs et les attitudes propres à une culture de la paix, dans le cadre du mouvement des femmes pour la paix que nous avons constitué. L'Agenda des femmes pour une culture de la paix en Afrique est le nouveau "contrat des femmes" qui guidera nos actions en faveur de la paix. Il a été élaboré dans un contexte dont les éléments sont exposés ci-après et il définit un cadre pour faire face aux conflits violents. Cet Agenda est notre legs aux générations futures de femmes et d'hommes africains.

I. Contexte

1. La Conférence panafricaine des femmes pour une culture de la paix (Zanzibar, 17-20 mai 1999) est l'aboutissement d'un processus irréversible qui nous a vues affirmer notre détermination à manifester notre engagement en faveur de moyens non violents de résolution des conflits. Ce processus a débuté avec le Plan d'action de Kampala sur les femmes et la paix (1993) et s'est poursuivi avec la plate-forme d'action africaine (Dakar, 1994), la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (Beijing, 1995), le Forum des femmes dirigeantes sur la paix (Johannesburg, 1996), la Conférence panafricaine sur la paix, le genre et le développement (Kigali, 1997) et l'Atelier interinstitutions des Nations Unies sur les meilleurs exemples d'utilisation par les femmes de moyens non violents pour résoudre les conflits et instaurer la paix (Addis-Abeba, 1998).

2. Bien qu'hommes et femmes soient également préoccupés par la montée de la violence et le nombre accru des conflits armés, notre optique, notre expérience et nos capacités restent extrêmement méconnues et sous-utilisées dans la prévention des conflits en dehors du cadre familial. Pourtant, nous, femmes africaines, n'avons eu de cesse de manifester notre engagement et de déployer notre énergie, nos talents et nos compétences pour faire avancer nos sociétés sur la voie d'une culture de paix durable. Nous déplorons la prédominance d'une culture des conflits violents, la désintégration sociale et les carences économiques qui continuent de nous toucher d'une manière disproportionnée et nous avons eu recours à des techniques de médiation efficaces pour résoudre des conflits violents intermittents.

3. Les femmes d'Afrique sont profondément préoccupées par la persistance et la prolifération de la violence et des conflits armés. Dans ce contexte, la Conférence de Zanzibar a offert aux dirigeantes et femmes politiques africaines ayant l'expérience de la construction de la paix, aux chercheuses qui se penchent sur la problématique "genre et paix", aux éducatrices et militantes pour la paix au niveau national et dans les communautés, aux professionnelles des médias et diffuseuses de l'information attachées à la cause de la paix et de la non-violence, un forum pour exprimer leurs préoccupations, confronter leurs expériences, échanger des idées, établir un ordre de priorité pour les stratégies et coordonner leurs actions en faveur de la résolution des conflits et de la construction de la paix.

II. Cadre pour remédier aux effets des conflits violents

4. La pauvreté et les injustices sociales, telles que l'exclusion et la discrimination, sont le terreau sur lequel prospèrent la violence, les conflits et la guerre. Dans les situations de guerre ou de conflit violent, la répartition inégale des ressources, les agissements illégaux et le mépris du droit humanitaire international pèsent lourdement sur les femmes. Celles-ci sont en outre, particulièrement touchées dans un certain nombre de pays dévastés par la guerre, où les droits de l'homme sont bafoués, la violence sexiste est de rigueur et l'engagement à promouvoir le bien-être économique et social des populations s'est émoussé.

5. Dans ce type de situation, la difficulté d'établir les faits et de mesurer les risques entraîne une distorsion de la réalité. Toutefois, nous reconnaissons que les conflits violents, avec les déstabilisations, les déplacements de populations et les destructions d'infrastructures qui les accompagnent, ont sur les populations touchées des effets différenciés selon le sexe. En outre, l'exil forcé et l'exode de compétences qui s'ensuit entravent le développement socio-économique du continent africain. L'étendue et la nature exacte des injustices et des crimes contre l'humanité qui ont un caractère sexospécifique et la perte de ressources humaines demandent à être évaluées précisément.

6. Une information exacte sur les questions de paix, de conflit et de genre est indispensable à une planification, une formulation des politiques et une action judicieuses. Or, il est extrêmement difficile d'obtenir des informations dans les situations où un conflit commence, se prolonge ou s'achève. Les femmes africaines des zones rurales sont particulièrement coupées des sources d'information.

7. Les médias, en l'état actuel des choses, ne véhiculent pas toujours des messages et des valeurs de justice sociale, d'égalité des sexes et de paix. En temps de guerre, il importe au plus haut point que les médias s'attachent à promouvoir des messages de paix, de tolérance et de non-violence qui tiennent compte des considérations de genre.

8. Les femmes ont surtout été considérées comme des victimes des conflits. Pourtant, leur vécu et leur savoir-faire leur permettent de jouer un rôle décisif dans divers types d'action préventive. Il faut encourager et aider les femmes africaines à assumer des fonctions décisionnelles dans tous les domaines de la vie publique, y compris la prévention, la gestion et la résolution des conflits.

9. Outre qu'elle constitue un crime et une violation de nos droits fondamentaux, la discrimination institutionnalisée entre les sexes est une source majeure de conflit au sein de la famille et d'autres structures. Elle pénètre et se répand dans les institutions publiques et tous les aspects des relations humaines.

10. La sécurité pour les femmes signifie l'absence à la fois de peur et de menace de toute forme de violence à tous les niveaux : individuel, communautaire, national et international. Elle suppose aussi le bien-être économique, social, culturel, spirituel et affectif ainsi que la fin de la violence sexiste notamment en période de conflit.

11. Des facteurs multiples et complexes ont engendré des conflits violents et ont eu des incidences culturelles, économiques, environnementales et politiques pour le continent africain. En tant que promotrices de la paix, nous sommes résolues à renforcer la sécurité individuelle et sociétale et à soutenir et encourager les processus de démilitarisation et de désarmement.

12. Nos organisations communautaires offrent des possibilités d'apprentissage tout au long de la vie en matière de droits de l'homme et de culture de la paix du point de vue des femmes et sont un lieu d'acquisition des techniques de prévention et de résolution des conflits. Il est nécessaire de coordonner ces organisations communautaires ainsi que les réseaux et mécanismes institutionnels oeuvrant pour la paix au niveau régional afin de surmonter entre autres les difficultés budgétaires qui continuent d'empêcher une mise en oeuvre efficace de nos plans d'action.

13. L'Agenda pour une culture de la paix en Afrique s'attaque à la racine des causes profondes de la violence : pauvreté, exclusion, injustices économiques, sociales et politiques, démocraties inachevées, violation des droits de l'homme et absence de l'Etat de droit. Il définit en outre les possibilités de réduire le climat de violence en surmontant les obstacles qui s'y opposent, ainsi que d'accélérer la réconciliation et les processus de reconstruction après les conflits, et la réinstallation des femmes déplacées et réfugiées et de leur famille. Il souligne en outre l'importance d'activités pertinentes de recherche, d'enseignement et de formation tenant compte des considérations de genre, dont les sociétés ont besoin pour bâtir une culture de la paix.

III. Objectifs et actions stratégiques

14. L'objectif général de l'Agenda des femmes pour une culture de la paix en Afrique est de parvenir à l'égalité entre les sexes, à une autonomisation complète des femmes et à l'instauration d'une culture de la paix en Afrique par la réalisation des objectifs stratégiques suivants :

(i) promouvoir le rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que la construction de la paix en Afrique ;
(ii) intégrer pleinement les femmes dans les processus démocratiques, et notamment dans le processus de décision ; passer de la démocratisation sans les femmes à la démocratisation avec les femmes ;
(iii) modifier l'optique des questions générales de sécurité en y incluant les considérations de genre ;
(iv) renforcer les organisations communautaires et réseaux de femmes en tant que viviers pour l'édification d'une culture de la paix ;
(v) mettre en oeuvre des stratégies et des initiatives qui favorisent une évolution des attitudes et des stéréotypes sexuels, notamment par le biais des médias ;
(vi) faire des services d'information de femmes en Afrique des partenaires actifs dans les processus de construction de la paix afin de contribuer à assurer la transparence, de renforcer les systèmes d'alerte rapide et de conférer une visibilité aux initiatives des femmes en faveur de la paix et du développement ;
(vii) assurer des activités d'éducation et de formation à la culture de la paix ;
(viii) promouvoir la recherche et la documentation sur les méthodes traditionnelles et novatrices de résolution des conflits et sur les pratiques exemplaires des femmes en matière de construction de la paix.

III. i Promouvoir le rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que la construction de la paix en Afrique

Les femmes d'Afrique sont résolues, dans le cadre de cet Agenda, à oeuvrer avec toutes les parties concernées afin :

· d'identifier les causes premières des conflits à différents niveaux afin de prendre les mesures qui s'imposent ;
· de contribuer à la transformation des institutions et des pratiques qui propagent les conflits et la violence ;
· d'identifier et de hiérarchiser les besoins des femmes et de renforcer les capacités de celles qui assument des fonctions de direction au niveau communautaire ;
· de renforcer la capacité de réconciliation, de négociation et de médiation des organisations de femmes et d'accroître leur participation au processus de décision ;
· de renforcer le pouvoir économique des femmes en élargissant les possibilités qu'elles ont d'accéder au crédit et aux prêts, à des postes décisionnels, à la gestion des affaires publiques et à l'information ;
· de renforcer les capacités des femmes et des hommes, des filles et des garçons, jeunes et vieux, en matière de construction de la paix et de prévention, de gestion et de résolution des conflits ;
· de renforcer le rôle des femmes en tant que médiatrices et de mettre sur pied des missions de paix conduites par des femmes dans les sociétés dévastées par la guerre ;
· de renforcer les capacités des femmes réfugiées et déplacées de participer aux négociations de paix et à la résolution des conflits.

III. ii Intégrer pleinement les femmes dans les processus démocratiques, et notamment dans les processus de décision ; passer de la démocratisation sans les femmes à la démocratisation avec les femmes

Les femmes d'Afrique sont attachées à l'avènement de démocraties participatives et égalitaires et demandent aux gouvernements et à toutes les parties concernées :

· de définir des processus et principes démocratiques qui reflètent et encouragent les valeurs de participation, de justice sociale et d'égalité des sexes et leur mise en pratique ;
· de sensibiliser tous les organismes gouvernementaux, les institutions et les responsables communautaires, hommes et femmes, aux préoccupations liées aux questions de genre et de reconnaître, soutenir et utiliser les compétences et l'expérience des femmes en matière de consolidation de la démocratie ;
· d'adopter des mesures correctives qui garantissent aux femmes une représentation d'au moins 30 % dans les mécanismes de décision à tous les niveaux ;
· d'assurer l'application des conventions et des instruments nationaux, régionaux et internationaux relatifs à l'égalité des hommes et des femmes, notamment la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et la Plate-forme d'action de Beijing ;
· de créer un observatoire pour la paix et la gouvernance démocratique ;
· d'assurer une représentation égale des femmes dans les mécanismes nationaux de coopération avec les institutions bilatérales et multilatérales ;
· de soutenir les femmes occupant des postes de décision qui se préoccupent des questions de genre et gardent le contact avec leurs mandants ;
· d'offrir des conseils et des perspectives aux jeunes femmes pour les aider à se préparer à assumer des responsabilités et des fonctions de direction.

Les organisations et réseaux de femmes :

· surveilleront les plans et actions des gouvernements afin de déterminer s'ils favorisent ou au contraire entravent le développement des valeurs, principes et pratiques propres à une culture de la paix ;
· protesteront contre toutes les formes de discrimination et de violence à l'égard des femmes.

III. iii Modifier l'optique des questions générales de sécurité en y incluant les considérations de genre

Les organisations et réseaux de femmes :

· analyseront, du point de vue des questions de genre, les mécanismes de défense et de sécurité de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) afin de déterminer le degré de soutien qu'elles nous apportent dans le cadre de leurs politiques et de leurs institutions ainsi que leur impact sur les réseaux de femmes oeuvrant pour la paix ;
· lanceront un appel aux gouvernements pour qu'ils appliquent le moratoire de la CEDEAO sur le contrôle des armes légères, définiront et mettront en oeuvre des initiatives analogues dans d'autres sous-régions et demanderont également à la communauté internationale de soutenir le Programme de coordination et d'assistance pour la sécurité et le développement (PCASED) dans le contexte moratoire ;
· sensibiliseront le personnel militaire féminin et les épouses d'officiers les encourageant à jouer un rôle actif dans la prévention des conflits et les mettront en relation avec les activités organisées en matière de construction de la paix ;
· prôneront le désarmement et demanderont aux gouvernements de réduire les dépenses militaires et de réaffecter les ressources ainsi dégagées à l'éducation en général et à l'éducation à une culture de la paix en particulier.

Les femmes d'Afrique demandent instamment aux gouvernements :

· de soutenir la mise en oeuvre d'instruments régionaux tels que la Déclaration de la SADC sur le genre et le développement et son addendum concernant la prévention et l'élimination de la violence à l'égard des femmes et des enfants ;
· de renforcer la coopération entre les services d'information nationaux et internationaux afin d'accélérer la collecte et la diffusion d'information sur les questions de sécurité à l'intérieur et à l'extérieur des frontières ;
· de créer des centres de soins et de conseils et de renforcer ceux qui existent déjà afin d'offrir des services juridiques et sociaux et d'aider à la réhabilitation des femmes victimes de la violence ;
· de les associer pleinement aux activités tendant à promouvoir les objectifs de l'agenda pour la sécurité tel qu'elles l'ont redéfini ;
· de concevoir et de mettre en oeuvre des programmes d'action destinés à réduire et à contrôler la production, le trafic et les ventes d'armes et d'encourager les médias à informer la population et la sensibiliser à ces questions ;
· d'appliquer avec rigueur les lois et règlements nationaux, régionaux et internationaux tendant à lutter contre toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des enfants, notamment la Charte africaine sur les droits et la protection de l'enfant, et de renforcer les systèmes juridiques afin de traduire en justice ceux qui les enfreignent. En outre, d'adopter le projet de protocole sur les droits de la femme relatif à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples ;
· de libérer, de démobiliser et de resocialiser les enfants soldats afin d'assurer leur protection et leur intégration active dans des processus de développement constructifs ;
· de faire du premier jour de chaque année une journée sans armes, à compter de l'an 2000.

III. iv Renforcer les organisations communautaires et réseaux de femmes en tant que viviers pour l'édification d'une culture de la paix

Nous, femmes d'Afrique,

· définirons les questions unificatrices entre femmes et groupes de femmes, propres à renforcer nos réseaux ;
· nous attacherons à promouvoir la connaissance des mécanismes et savoir-faire traditionnels et novateurs de construction de la paix, de résolution des conflits et de réalisation du consensus à tous les niveaux ;
· mobiliserons la population et organiserons des actions de masse non violentes pour empêcher que nos fils, nos filles, nos maris, nos pères, nos oncles et nos frères ne soient entraînés dans les conflits et les guerres ;
· renforcerons la coordination de nos activités, de manière par exemple à servir de mécanisme d'alerte rapide pour la prévention des conflits ;
· organiserons de larges réunions pour la paix rassemblant des femmes d'organisations locales ;
· collaborerons étroitement avec les organisations religieuses et spirituelles et d'autres parties concernées pour favoriser la compréhension mutuelle et promouvoir les valeurs inhérentes à une culture de la paix aux niveaux individuel, familial, communautaire, national et régional ;
· veillerons à ce que nos mouvements de paix africains soient indépendants et démocratiques et encouragerons à y adhérer massivement ;
· ferons pression sur les gouvernements pour qu'ils facilitent la création de réseaux de femmes, d'ONG et d'associations de professionnelles et collaborent étroitement avec nous aux niveaux national, sous-régional et continental afin de conférer une visibilité à notre contribution à la culture de la paix.

III. v Mettre en oeuvre des stratégies et des initiatives qui favorisent une évolution des attitudes et des stéréotypes sexuels, notamment par le biais des médias

Nous, femmes d'Afrique, établirons des réseaux avec les médias afin :

· d'entreprendre une action concertée pour réduire la violence véhiculée par les médias et les stéréotypes sexuels négatifs dont ils continuent à se faire l'écho ;
· d'élargir notre accès et notre participation à tous les types de médias et d'étendre la portée de notre action au niveau local grâce à la radio communautaire et à des programmes de développement qui tiennent compte des questions de genre.

Les femmes d'Afrique :

· créeront des réseaux de communication et d'échange et renforceront ceux qui sont déjà en place afin de développer une nouvelle forme de solidarité et de partenariat entre les femmes et les hommes visant à tendre vers une société non violente et à la résolution pacifique systématique des conflits ;
· lanceront la création d'une radio de femmes panafricaine afin de présenter une information objective, de favoriser la prise de conscience, de mobiliser un large soutien en faveur de la paix et de lancer des programmes spéciaux sur les femmes et la culture de la paix.

Les femmes d'Afrique demandent aux gouvernements et à toutes les parties concernées :

· de mettre en place des programmes de sensibilisation, d'information et de communication sur la culture de la paix incluant la production de bulletins d'information et de programmes d'éducation civique et d'éducation aux médias à l'aide de la radio et de la télévision ;
· d'aider à faire en sorte que la présentation des informations soit juste et équilibrée, que toute incitation à la haine et à l'intolérance par le biais des médias soit condamnée comme un crime et d'encourager les médias à respecter les codes de déontologie et de bonne conduite universellement reconnus ;
· de mettre en place des programmes destinés à aider à faire des médias publics, privés, modernes et traditionnels des instruments de promotion d'une culture de la paix ;
· de former les professionnels des médias, hommes et femmes, aux questions de genre et aux valeurs propres à la culture de la paix, en mettant l'accent en particulier sur la socialisation des garçons et des jeunes hommes ;
· d'inciter à utiliser les moyens de communication traditionnels, tels que les chansons, le théâtre et la littérature pour transmettre des messages de paix et de non-violence ;
· d'amener tous les types de médias à s'engager pleinement en faveur du développement et de l'avancement des femmes ;
· d'encourager les artistes et les professionnels des médias à contribuer à promouvoir la culture de la paix ;
· de permettre aux médias d'atteindre leur objectif qui est d'informer, d'éduquer et de divertir, en augmentant sensiblement les budgets alloués à la production de programmes locaux qui répondent aux besoins de paix et de développement de la population ;
· de créer un environnement et des conditions propices au développement de médias pluralistes et à la création de bibliothèques, radios, journaux et autres médias communautaires ;
· d'aider les médias publics et privés à produire des programmes didactiques de radio et de télévision qui dispensent à la population du continent des informations sur les moyens de résolution pacifique des conflits.

III. vi Faire des services d'information de femmes en Afrique des partenaires actifs dans les processus de construction de la paix afin de contribuer à assurer
la transparence, de renforcer les systèmes d'alerte rapide et de conférer une visibilité aux initiatives des femmes en faveur de la paix et du développement

Les femmes d'Afrique préconisent la coopération et le soutien de toutes les parties concernées en vue :

· de promouvoir l'autonomisation des femmes par l'information et l'éducation au niveau local et de souligner l'importance des connaissances et des compétences traditionnelles des femmes en matière de construction de la paix ;
· de reconnaître l'importance cruciale de la diffusion d'informations factuelles et la nécessité de favoriser la libre circulation de l'information, notamment à l'intérieur et à l'extérieur des zones de conflit ;
· d'utiliser les technologies de l'information et de la communication existantes et émergentes pour la collecte, l'organisation et la diffusion d'informations et d'assurer une formation dans ce domaine ;
· d'aider les organisations et associations de femmes et les professionnelles des médias à se procurer des moyens de communication modernes et efficaces ;
· d'établir une base de données pour la recherche et l'information sur les questions de culture de la paix et d'encourager les femmes à avoir activement recours à l'information pour faciliter leurs initiatives ;
· de documenter et de diffuser les expériences positives de femmes en matière de construction de la paix, de développement et de leadership responsable, y compris grâce à l'attribution de prix à des femmes et groupes de femmes qui se sont distingués ;
· d'établir un "Who's Who ?" des femmes et une histoire des femmes africaines ayant exercé des fonctins de direction qui sont susceptibles de servir de modèles aux générations futures ;
· d'encourager une gestion et une utilisation responsables et genrées de l'information afin d'informer la société civile avec exactitude et de lutter contre la propagande ;
· d'inviter les services d'information féminins en Afrique à donner aux femmes à tous les niveaux un aperçu de l'ampleur et de l'impact de la violence fondée sur le sexe afin de développer des stratégies préventives appropriées.

III. vii Education et formation à la culture de la paix

Nous, femmes d'Afrique, coopérerons avec les gouvernements et les organisations et institutions nationales, régionales et internationales en vue :

· de dégager un consensus sur les valeurs morales et culturelles à transmettre aux jeunes générations ;
· d'élaborer des matériels didactiques sur les techniques de construction de la paix en mettant à profit l'expérience de divers pays ;
· d'élaborer des modules de formation qui contiennent des informations adéquates, pertinentes et exactes tendant à promouvoir les valeurs traditionnelles et une compréhension de la nature, des causes premières et des diverses dimensions des tensions au sein des communautés ;
· d'adopter une méthodologie participative qui mette en valeur le respect mutuel et associe la communauté en tant que partenaire à la conception, au développement, à l'expérimentation et à l'évaluation des modules et programmes de formation ;
· d'offrir des programmes de formation pertinents pour améliorer les capacités des formateurs et des animateurs communautaires locaux en matière de médiation et de culture de la paix ;
· de socialiser les garçons et les filles aux valeurs d'une culture de la paix qui inclue le respect de la vie humaine, l'égalité des sexes et la justice sociale ;
· de veiller à ce que les programmes de résolution des conflits abordent les questions de santé, y compris le VIH/sida, la nutrition, la santé génésique, la santé mentale ainsi que les conseils et soins psychologiques, spirituels et autres ;
· d'inscrire dans les programmes d'éducation civique les valeurs et principes de démocratie et de citoyenneté responsable, tels que le droit de vote, le droit de se présenter à des élections et la responsabilité des dirigeants élus ;
· d'élaborer des programmes de formation à l'intention des femmes qui aident à identifier et à surmonter les obstacles institutionnels, juridiques, culturels, sociaux, économiques, spirituels, psychologiques et politiques qui les empêchent de participer pleinement aux instances de décision ;
· de former les femmes pour qu'elles sachent mener des recherches appropriées et documenter les pratiques exemplaires en matière de démocratisation et de construction de la paix ;
· de promouvoir l'éducation et la formation des femmes et des filles, notamment pour renforcer notre capacité en matière de prise de décisions, de gouvernance et de négociation de paix ;
· d'éduquer les femmes analphabètes et de fournir à celles qui savent lire des informations sur les questions de genre, de droits de l'homme, de paix et de développement, incluant l'éducation civique.

Nous, femmes d'Afrique,

· oeuvrerons pour que l'éducation à la paix figure au programme des écoles et de toutes les institutions d'apprentissage, y compris par l'intermédiaire des associations de parents-enseignants ;
· exigerons l'élimination des stéréotypes sexistes des manuels scolaires, des programmes d'études et des médias en collaboration avec les artistes, chercheurs, journalistes et membres d'autres professions ;
· surveillerons les budgets nationaux des gouvernements et plaiderons en faveur de l'allocation de ressources aux activités d'éducation.

III. viii Recherche et documentation sur les méthodes traditionnelles et novatrices
de résolution des conflits et sur les pratiques exemplaires des femmes
en matière de construction de la paix

Les femmes d'Afrique collaboreront avec toutes les parties concernées pour promouvoir et entreprendre :

· une étude institutionnelle des réseaux de femmes en faveur de la paix en général et du comité des femmes africaines sur la paix et le développement en particulier, afin de recenser les besoins de renforcement des capacités et d'y répondre et de poursuivre l'élaboration d'un programme sur les femmes et la culture de la paix en Afrique ;
· des activités de recherche et de collecte d'informations en tant qu'outil d'alerte rapide et de surveillance des conflits ;
· des recherches pour déceler et évaluer les lacunes de notre participation aux processus de démocratisation et aux programmes de culture de la paix afin d'améliorer la planification ;
· des recherches dans le domaine de la sécurité telle que redéfinie dans une optique de genre ;
· des études comparées sur les attitudes et les comportements favorisant la diplomatie préventive, la résolution des conflits et la construction de la paix.

IV. Mobilisation de ressources en faveur de la promotion d'une culture
de la paix en Afrique

15. L'Agenda des femmes pour une culture de la paix en Afrique invite les femmes à surveiller systématiquement les budgets nationaux des gouvernements et à militer en faveur d'une augmentation des ressources allouées aux activités de construction de la paix et d'une amélioration de la situation économique des femmes.

16. En outre, les femmes continueront à militer en faveur d'une réduction des dépenses militaires et d'une réaffectation des ressources ainsi économisées aux activités d'éducation et de promotion de la paix.

17. Les femmes d'Afrique demandent instamment aux gouvernements, aux institutions financières et à la communauté internationale :

· de réinvestir dans les programmes qui étayent les efforts faits par les femmes pour construire une culture de la paix.

18. Nous, femmes d'Afrique, ferons pression, militerons et constituerons des réseaux pour :

· mobiliser largement nos compétences, notre savoir-faire et notre expérience en vue d'édifier une culture de la paix ;
· obtenir des ressources financières et humaines suffisantes pour assurer la mise en oeuvre de cet Agenda dans le cadre des programmes et budgets ordinaires de l'OUA, de la Commission économique pour l'Afrique (CEA), de la Banque africaine de développement (BAD) et du système des Nations Unies ;
· renforcer les capacités financières des femmes africaines de développer durablement la paix en Afrique.

V. Arrangements institutionnels

19. Les femmes d'Afrique insistent sur le fait qu'il est important :

· d'améliorer les capacités du Comité des femmes africaines sur la paix et le développement, comité autonome créé récemment par l'OUA et la CEA, et de l'unité chargée des questions relatives à la femme au sein de l'OUA, aux fins :

· de la constitution de réseaux ;
· du partage de l'information ;
· de l'établissement de programmes de médias appropriés ;

· d'assurer le recrutement de femmes africaines qualifiées aux postes régionaux et internationaux de haut niveau, y compris au sein de l'OUA ;
· de mettre sur pied des sous-comités régionaux des mouvements de femmes africaines pour la paix qui se réuniraient de façon régulière également au niveau régional ;
· de renforcer le programme de l'UNESCO sur les femmes et la culture de la paix par l'allocation de ressources financières et humaines suffisantes pour appuyer les activités des femmes en faveur de la paix en Afrique ;
· de créer des comités nationaux où les femmes seraient largement représentées afin de célébrer la Décennie mondiale de la culture de la paix et de la non-violence pour les enfants du monde et l'Année internationale de la culture de la paix en l'an 2000.

 

copyright.gif (1362 octets)
disclaimer.gif (1292 octets)

vsmFRLogo.gif (2056 octets)