
Cette information est fournie parUNESCO
Unité Culture de la Paix (CPP)
Communication & Information
7, place de Fontenoy
75352 Paris 07 SP
FRANCE
Tél : (+33 1) 45 68 12 19
Fax : (+33 1) 45 68 55 57
Mél : cofpeace@unesco.org
Internet: www.unesco.org/cpp |
Déclaration
de Chisinau
« Pour une culture de la paix et le
dialogue entre les civilisations »
Chisinau, République de Moldova, 18 mai 1998
Nous, participants au Forum international «
Pour une culture de la paix et le dialogue entre les civilisations, contre une culture de
la guerre et de la violence », réunis à Chisinau, capitale de la République de
Moldova, du 16 au 18 mai 1998, à l'initiative des représentants de la vie culturelle
moldave et à l'invitation du Président de la République de Moldova, M. Petru Lucinschi,
et du Directeur général de l'UNESCO, M. Federico Mayor,
Appuyant vigoureusement les efforts consacrés par
l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture à élaborer
et diffuser une vision d'une culture de la paix, à préparer la Déclaration sur le droit
de l'être humain à la paix, fondement de la culture de la paix et à mettre en oeuvre le
projet « Vers une culture de la paix », expression concrète, au seuil d'un nouveau
siècle et d'un nouveau millénaire, de l'aspiration et de la ferme détermination de la
communauté mondiale à mettre fin au culte de la guerre et de la force afin de libérer
les générations futures du fléau de la guerre;
Conscients que, pour atteindre ce but, il ne faudra
pas seulement transformer les structures et les manifestations institutionnelles de la
guerre, mais aussi s'attaquer à ses racines culturelles profondes pour remplacer la
culture de la violence et de la guerre par une culture de la paix et renforcer dans les
esprits le respect de la diversité culturelle et religieuse, le souci de préserver ce
que chaque être humain a d'unique, la tolérance et la bienveillance envers tous les
membres de la famille humaine, sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue,
de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou
sociale, de fortune, de naissance ou de tout autre situation;
Convaincus que sans une éducation aux droits de
l'homme, il ne saurait y avoir d'éducation à la culture de la paix, et étant, en cette
année du cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme,
entièrement acquis aux idéaux qu'elle consacre en affirmant que la dignité inhérente
à tous les membres de la famille humaine et leurs droits égaux et inaliénables
constituent le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde;
Persuadés que la meilleure manière de répondre aux
défis d'aujourd'hui est d'édifier une culture de la paix et, par conséquent, de
reconnaître et de mettre en oeuvre le droit de l'être humain à la paix;
Prenant note avec satisfaction de la résolution 52/15
de l'Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 20 novembre 1997 à l'initiative
de l'UNESCO, qui proclame l'an 2000 Année internationale de la culture de la paix;
Lançons un appel à toutes les personnes et à toutes
les institutions sociales qui sont préoccupées par la propagation dans diverses parties
du monde de l'esprit et des pratiques de la culture de la guerre et de la violence, qui
sont à la source des conflits d'ordre ethnique, religieux, linguistique ou autre qui
déchirent certains groupes ainsi que de la montée de la xénophobie, du nationalisme
agressif, du fanatisme et des fondamentalismes, pour qu'au seuil de l'an 2000, Année
internationale de la culture de la paix, à la veille d'un nouveau siècle et d'un nouveau
millénaire, elles unissent leurs efforts aux nôtres en vue d'instaurer une culture de la
paix fondée sur les valeurs humanistes de la civilisation humaine.
L'humanité voit s'offrir à elle une occasion unique de
remonter son horloge arrêtée à la culture de la guerre pour la mettre à l'heure de la
culture de la paix. La fin de la « guerre froide » a donné à la communauté mondiale
une chance supplémentaire de réviser bien des valeurs, des attitudes et des
comportements du passé qui font obstacle obstacle à l'édification d'un monde plus sûr,
plus juste et plus humain, conforme aux idéaux et aux missions des Nations Unies.
Tout en saluant les oeuvres de la raison, de l'esprit et de
la main de l'homme dont chacun peut tirer profit, il convient de ne pas se cacher des
malheurs actuels du monde et des périls que l'avenir pourrait lui réserver. Le fossé
qui se creuse entre pays riches et pays pauvres et entre nantis et défavorisés au sein
des sociétés, la destruction progressive de l'environnement et, parallèlement,
l'expansion de la production et du commerce des armes remettent en question nombre de
valeurs et de repères qui sous-tendaient l'essor de la civilisation et favorisent la
montée du découragement, de l'intolérance et de la violence dans les pays pauvres et
les couches sociales défavorisées.
Le progrès qui, à tant d'égards, a facilité la vie de
l'homme et lui a donné plus d'éclat, l'a en même temps vidée de son contenu en
entraînant dans son sillage la standardisation et l'uniformisation, non seulement des
modes de vie, mais encore des modes de pensée, qui ont engendré la « société de
consommation » et la « culture de masse ». Le progrès a perdu en route les repères et
les valeurs qui la sous-tendaient pour avoir oublié que son but primordial est l'être
humain et que la destruction de l'homme serait la fin du progrès.
Ce village planétaire qu'est le monde ouvert où nous vivons
est régi par des lois nouvelles qui dictent des règles de conduite nouvelles :
dépendant chaque jour davantage les uns des autres, ni les individus, ni les peuples ne
sauraient désormais s'assurer des avantages aux dépens des autres sans que cela se
retourne finalement contre eux-mêmes et contre toute la communauté mondiale. Il ne peut
y avoir de paix solide sans justice, sans développement durable et sans respect de la
dignité et des droits de la personne humaine. D'après les données du Programme des
Nations Unies pour le développement (PNUD), les 20 % les plus pauvres de la population
mondiale se partageaient en 1960 2,3 % du revenu mondial, mais en 1997, la proportion
était tombée à 1,1 %. D'après les chiffres de l'Organisation internationale du Travail
(OIT), 250 millions d'enfants âgés de 5 à 14 ans sont forcés de travailler et pour la
moitié d'entre eux, à temps plein.
Les êtres humains sont la mesure de toutes choses. Sans eux,
tout progrès n'est que régression.
La mémoire de l'histoire nous encourage à tirer les leçons
du passé. L'une des plus importantes est qu'à présumer de ses forces, on court à
l'autodestruction. On peut résoudre bien des problèmes par des moyens pacifiques, à
condition de croire que la raison a plus de force chez l'homme que le poing.
Pour conjurer la violence, il est nécessaire de la mettre au
jour et d'en extirper les racines. Il est à la fois beaucoup plus humain et beaucoup plus
efficace de prévenir les conflits que de les aplanir - et c'est ce qui est au coeur de la
vision de la culture de la paix proposée par le Directeur général de l'UNESCO dans son
rapport à l'Organisation des Nations Unies (document 154EX/42).
Nous, participants au Forum international de Chisinau,
appuyons l'idée maîtresse qui inspire ce rapport et considérons comme objectif
prioritaire pour la communauté mondiale, au seuil d'un nouveau siècle et d'un nouveau
millénaire, d'assurer la transition menant de la culture de la violence et de la guerre
à une culture de la paix et de la non violence.
Pour cela, il lui faudra parvenir à abandonner les valeurs,
les attitudes et les comportements qui se sont forgés sous l'influence de la culture de
la guerre pour des valeurs, des attitudes et des comportements nouveaux, qui mènent à
une culture de la paix. La culture de la paix est le passage d'une logique de la force et
de la peur à celle de la raison et de l'amour.
Nous devons assimiler et promouvoir les grands
commandements de la culture de la paix, à savoir :
- respecter la vie, la dignité et les droits de la
personne humaine;
- répudier toute forme de violence et prévenir les conflits violents en éliminant les
causes par le dialogue et la négociation;
- respecter l'égalité des droits et des chances entre les hommes et les femmes;
- respecter le droit de chacun à la liberté d'expression et à l'information;
- observer les principes de la démocratie, de la liberté et de la tolérance, de la
diversité culturelle et du dialogue entre les peuples, entre les groupes ethniques,
religieux et autres et entre les individus;
- observer les principes de la justice sociale et de la solidarité et de l'aide aux
faibles et aux déshérités;
- contribuer à un développement à visage humain de la société et à la protection de
l'environnement pour le bien des générations présentes et à venir;
- promouvoir et mettre en oeuvre le droit de tout être humain à la paix, fondement d'une
véritable culture de la paix.
Dans un monde désormais entièrement interdépendant, la
conclusion formulée par la Commission internationale sur l'éducation pour le XXIe
siècle dans son rapport à l'UNESCO, il faut « apprendre à vivre ensemble », revêt
une importance primordiale.
Apprendre à vivre ensemble signifie inculquer à chacun,
dès l'éducation et l'instruction dispensées au sein de la famille et à l'école, puis
tout au long de la vie sociale, notamment à travers les médias, les idées maîtresses
interdépendantes qui sous-tendent la culture de la paix:
- il n'est pas de paix durable sans respect de la dignité de
la personne humaine et des peuples;
- il n'est pas de paix durable sans liberté et sans démocratie;
- il n'est pas de paix durable sans justice et sans développement durable;
La culture de la paix n'est pas le but ultime, c'est un long
processus de transformation des valeurs qui orientent les attitudes et les relations
mutuelles des individus et des sociétés.
La culture de la paix est au service d'un but essentiel :
encourager les générations actuelles et futures à prendre une part active à
l'édification d'un monde plus humain, plus juste, plus libre et plus prospère, qui
ignore les guerres et la violence.
Pour assurer l'instauration d'une culture de la paix, il est
nécessaire:
- dans le domaine de l'éducation, de parvenir à
modifier en conséquence son contenu, ses méthodes et les relations entre les personnels
administratif et enseignant et les élèves, ainsi qu'entre les établissements
d'enseignement, les familles et le monde du travail;
- en ce qui concerne l'édification de la société civile, parvenir à une
participation active de chaque citoyen aux décisions sur les problèmes politiques,
économiques, sociaux et culturels, dans l'esprit démocratique et le souci de l'harmonie
entre l'individu, la société et l'environnement qui sont à la base même de la culture
de la paix;
- dans le domaine des droits de l'homme, de parvenir à assurer le respect et la
protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales de la part de l'Etat, dans
l'exercice de ses fonctions législatives et exécutives;
- dans le domaine de l'information, d'assurer la liberté d'opinion et d'expression
et le droit à une information fiable, afin de renforcer la compréhension, le respect et
la tolérance mutuels;
- dans le domaine des activités philosophiques, scientifiques et créatrices, de
s'efforcer de contribuer à l'échange de connaissances, de données d'expérience et
d'oeuvres artistiques allant dans le sens de la compréhension mutuelle et du
rapprochement entre les individus et entre les peuples.
Pour le dialogue entre les différentes cultures et
civilisations
L'interdépendance croissante du monde confère une
importance grandissante à l'idée, vérifiée par l'histoire de la civilisation
elle-même, que ce qui fait la richesse du monde et en constitue le patrimoine commun,
c'est sa diversité. D'où l'importance de cette conclusion que la Commission mondiale de
la culture et du développement formule dans son rapport, à l'UNESCO, « ...c'est par la
culture que nous pouvons développer des façons de vivre ensemble diverses et pacifiques
».
La diversité peut faire naître un intérêt mutuel et, en
conséquence, stimuler et dynamiser les interactions de différentes cultures.
Le processus objectif de rapprochement de tous les pays à
travers l'information et la communication a fait littéralement de nous des voisins et
favorise le dialogue et la coopération mutuelle. Il importe que ce dialogue entre
cultures et civilisations différentes soit engagé dans un esprit de respect, de
tolérance et de solidarité mutuels face aux périls qui menacent toute la planète, et
soit conduit suivant ces principes.
Dans cette perspective, nous jugeons aussi actuelle
qu'importante la conclusion formulée par le Forum International de Tbilissi « Pour une
solidarité contre l'intolérance, pour le dialogue des cultures » (1995) en ces termes:
« Dans le monde d'aujourd'hui, la tolérance est devenue non seulement une vertu, mais
aussi une condition de la survie de l'humanité. La tolérance est la compréhension et le
respect des cultures, croyances et modes de vie des autres. La tolérance est
l'acceptation des différences qui existent au sein de nos sociétés et entre nos
cultures. La tolérance est une attitude qui considère la diversité du monde comme
faisant partie de notre héritage commun ».
Saluant et soutenant activement les efforts de l'UNESCO et de
l'ONU pour promouvoir les idéaux de la culture de la paix, de la culture de la tolérance
et de la culture du dialogue entre les civilisations en vue de bâtir un monde plus
humain, plus juste et plus prospère, nous, participants au Forum, faisons appel au
Conseil économique et social et à l'Assemblée générale des Nations Unies pour prendre
la décision de proclamer la Décennie pour l'éducation sur la culture de la paix et la
non-violence, à partir de 2001.
Nous considérons en effet que cela permettrait d'organiser
l'Année internationale de la culture de la paix avec plus d'efficacité et faciliterait
une mobilisation internationale pour tâcher d'extirper la violence et d'empêcher les
guerres ainsi que de créer et développer une culture durable de la paix. |