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Déclaration
Disarming History - Revisiting the Balkans
Visby (Gotland), Suède, le25 septembre 1999
Nous, représentants des cultures de l'Europe du
Sud-Est, réunis à Visby, à l'invitation de l'UNESCO, en vue d'un débat sur
l'enseignement de l'histoire dans les écoles, avons abouti aux réflexions suivantes:
L'espace historique de l'Europe du Sud-Est, ces
dernières années, est marqué par l'action de forces de destruction aux effets
inquiétants. La montée de nationalismes exacerbés, les ressentiments et les
revendications de droits historiques sur divers territoires, ont suscité des divisions,
des haines, des conflits. Respectant les valeurs fondamentales de l'humanisme européen,
la liberté, la tolérance et le droit à la différence, nous condamnons toute action
politique, militaire et économique qui porte atteinte à la dignité des hommes et des
peuples, ainsi qu'à leurs droits traditionnels.
L'histoire qui, par son exigence de vérité,
nous éclaire sur notre origine et notre identité, a aussi une mission émancipatrice qui
projette une image constructive de ce que nous devons être. Le devoir de l'historien
serait de définir les causes des conflits et leurs effets, et de promouvoir en même
temps un climat de solidarité dans les différences, d'établir le dialogue pour
reconnaître l'autre et aussi nous reconnaître dans l'autre.
Si la connaissance est un volet de l'image
historique du passé, l'interprétation en est un autre. Le rôle de l'historien ne se
limite donc pas à identifier les faits et à tracer les grands courants de l'évolution
historique. Il lui appartient de les présenter de façon que l'on puisse y prendre appui
pour contributer à promouvoir le progrès de l'humanité, ainsi que pour justifier
l'engagement de tout sujet historique.
Il est injuste qu'un peuple soit privé de la
connaissance de son passé, mais il est tout aussi absurde que les faits historiques
soient dénaturés et mis au service d'une idéologie de haine, d'exclusion et
d'agression. L'histoire doit se méfier des manipulations idéologiques et des mythologies
partisanes. Si les peuples ne peuvent pas réécrire leur passé, ils sont du moins
appelés à créer leur avenir à partir de principes qui dépassent les clivages
idéologiques ou ethniques de ce passé. La tâche de l'historien consiste justement à
considérer la réalité des faits et à en tirer les conséquences au profit des grands
principes démocratiques et humanistes.
L'un des dangers majeurs de toute recherche
historique consiste à accorder une importance excessive à certains phénomènes, au
point de trahir la vérité et de transformer les faits en légendes ou en obsession
collective.
Enfin, l'histoire européenne doit être
envisagée du point de vue de la tendance à constituer des ensembles plus vastes et elle
ne peut ignorer la convergence des aspirations et des intérêts de la majorité des Etats
en Europe. Cette convergence ne supprime pas la spécificité nationale et régionale ;
elle revendique, au contraire, à travers le respect des particularismes, des divergences
et des divisions, l'application des principes démocratiques. C'est ,tout en reconnaissant
les particularités nationales, affirmer les valeurs universelles au sein du pluralisme
politique, culturel et religieux.
Nous, hommes de culture de l'Europe du Sud-Est,
nous déclarons prêts à relever les défis de notre époque pour défendre et illustrer
la culture de la paix et les valeurs qui assurent la liberté, la justice et la plénitude
de l'humain.
Visby (Gotland), Suède
25 septembre 1999 |