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Déclaration
de Zanzibar :
Les femmes d'Afrique pour une culture de la paix
Zanzibar, Tanzanie, le 20 mai 1999
Nous, femmes d'Afrique,
1. Réunies à l'occasion de la Conférence panafricaine des
femmes pour une culture de la paix, à Zanzibar (République-Unie de Tanzanie), du 17 au
20 mai 1999, à la veille du nouveau millénaire et de l'Année internationale de la
culture de la paix, considérons cette conférence comme l'aboutissement d'un processus
irréversible pour les femmes africaines. Nous avons résolu de lancer un mouvement
panafricain de femmes pour la paix pour mettre fin aux conflits violents et à la guerre,
et nous lançons un appel aux femmes et aux hommes d'Afrique, et aussi d'autres
continents, pour qu'ils se joignent à nos efforts.
2. Après la dévastation sociale, économique et culturelle
causée par le colonialisme, l'Afrique a connu au lendemain de l'indépendance une
période marquée par les carences économiques et les frustrations sociales, la
répartition inégale des richesses et des chances entre les peuples, les conflits
violents, les coups d'Etat militaires, l'instabilité politique, la dictature et la
corruption. La pauvreté extrême, l'inégalité entre les sexes, les politiques
d'exclusion, l'analphabétisme, l'absence de sécurité sur les plans social, économique,
religieux et politique et la faible participation des femmes au processus de
démocratisation nous ont marginalisées et ont empêché l'Afrique de mettre à profit
les talents, l'expérience et les compétences des femmes en tant que promotrices de la
paix et du développement. Nous sommes déterminées à employer notre imagination et nos
capacités à corriger ces déséquilibres et à contribuer à assurer un développement
et une paix durables.
3. L'Afrique continue à perdre des ressources du fait de
systèmes économiques défavorables à l'origine d'un écart de plus en plus large entre
l'Afrique et les autres régions. Ainsi, bien qu'elle ait apporté une contribution
substantielle au développement mondial, l'Afrique risque de perdre pied et d'être
marginalisée dans le contexte actuel dominé par la mondialisation et l'économie de
marché. Nous demandons, à cet égard, l'annulation de la dette par la communauté
internationale.
4. Parce que nous avons subi des violations massives des
droits fondamentaux de l'être humain et que nous avons dû assurer la subsistance de
notre société, tout en faisant face aux traumatismes, aux souffrances, à la violence,
aux injustices sociales et à la pauvreté, nous nous engageons à promouvoir la
résolution des conflits par des moyens non-violents ainsi que les valeurs africaines pour
une culture de la paix.
La participation des femmes à la promotion de la paix
Nous, femmes d'Afrique,
5. Regrettons le fait que les négociations de paix
actuelles soient un domaine essentiellement masculin ignorant les efforts et les
initiatives des femmes en faveur de la résolution des conflits et de la promotion de la
paix sur le continent, notamment par le dialogue et le consensus ;
6. Soutenons que la culture de la paix requiert la ferme
détermination de mettre en question et de transformer les cadres institutionnels, les
attitudes et les comportements qui divisent les individus en fonction de clivages
économiques, sociaux, religieux et liés au genre ;
7. Nous engageons à promouvoir les droits de la personne
humaine ainsi que les moyens non violents de prévenir les conflits en appuyant les
réseaux qui visent à :
· assurer la détection et la réaction aux systèmes
d'alerte rapide ;
· résoudre les conflits selon des méthodes conformes aux stratégies traditionnelles de
médiation en Afrique ;
· coordonner les efforts en vue de renforcer la capacité des femmes de construire la
paix ;
8. Lançons donc un appel pressant à tous les gouvernements
africains, à l'OUA, aux autres organes et organismes régionaux et sous-régionaux, tels
que le Comité des femmes africaines pour la paix et le développement, à la communauté
internationale, y compris le système des Nations Unies, pour qu'ils prennent d'urgence
des mesures efficaces pour faire en sorte que les femmes soient effectivement
représentées de manière équitable dans les processus de décision, concernant en
particulier la prévention, la gestion et la résolution des conflits ainsi que les
négociations de paix.
Démilitarisation et désarmement
Nous, femmes d'Afrique,
9. Reconnaissons que la sécurité des peuples ne se
réduit pas à la sécurité de l'Etat et à la sécurité militaire ; c'est aussi une
question de survie économique et de bien-être général ;
10. Condamnons la prolifération des armes qui alimente les
conflits et les guerres et compromet le développement de l'Afrique et demandons aux
gouvernements africains de mettre en place des mécanismes de limitation et de contrôle
du commerce des armes ;
11. Condamnons l'enrôlement des enfants africains et nous
engageons à aider à libérer, démobiliser et protéger ces enfants, à en assurer la
réinsertion sociale et à les intégrer activement dans des processus de développement
constructifs ;
12. Soutenons les initiatives sous-régionales de
démilitarisation, désarmement et lutte contre la drogue, tels que le moratoire de la
CEDEAO sur l'importation, l'exportation et la fabrication des armes légères et son
Programme de coordination et d'assistance pour la sécurité et le développement (PCASD)
;
13. Réaffirmons que le désarmement est un instrument
indispensable à la construction d'une paix durable et nous engageons à organiser une
campagne internationale massive pour collecter toutes les armes illicites et aider à
faire de l'Afrique une zone exempte de tous types d'armes, y compris les mines terrestres
et les matières radioactives et à obtenir le soutien de la communauté internationale en
faveur de cet effort ;
14. Lançons un appel aux gouvernements et aux parlements
africains pour qu'ils réduisent les dépenses militaires et réorientent les ressources
ainsi dégagées en faveur des besoins fondamentaux de développement des peuples ;
15. Nous engageons à uvrer avec les gouvernements pour
revoir tous les systèmes d'éducation afin :
· d'instaurer une culture de la paix en tant que fondement
de l'éducation et de la socialisation ;
· d'inclure des conseils et des programmes et modules spéciaux de formation en matière
de résolution des conflits et de négociations de paix dans les programmes d'études et
à tous les niveaux de l'éducation formelle et non formelle.
Mise en place de réseaux reliant mouvements de femmes
africaines et mouvements internationaux
Nous, femmes d'Afrique
16. Invitons nos gouvernements, le secteur privé, la
société civile, nos frères et surs d'ascendance africaine et la communauté
internationale à soutenir le mouvement de paix en Afrique et à contribuer à renforcer
la capacité des femmes africaines de sensibiliser le continent tout entier à
l'importance du recours à des moyens pacifiques de prévention, résolution et
transformation des conflits, et de le mobiliser et le réconcilier autour de cette notion.
Communication, information et diffusion
Nous, femmes d'Afrique,
17. Recommandons vivement d'assurer le plein accès
aux outils et technologies appropries de communication et d'en développer l'utilisation
afin de renforcer efficacement la constitution de réseaux et la solidarité entre les
femmes à tous les niveaux. Un programme radiophonique panafricain sur les questions de
genre et de paix devrait être créé en tant qu'outil efficace d'éducation civique et
d'éducation à la paix, ainsi que de communication et de mobilisation à cette fin, qui
se fera l'écho du combat des femmes pour la paix ;
18. Nous engageons à entreprendre, avec des femmes et des
hommes de toutes conditions, de vastes efforts de consultation, de recherche et de
constitution de réseaux afin de développer, en matière de prévention, de gestion et de
résolution des conflits, une vision globale qui tienne compte des considérations de
genre.
Mobilisation de ressources
19. Tout en mettant notre temps, nos énergies, nos
compétences et nos talents au service de la construction de la paix dans nos foyers et au
sein de nos communautés et de nos nations, Nous, femmes d'Afrique,
demandons à l'OUA et aux autres institutions sous-régionales, à l'ONU et ses
institutions, aux autres organisations internationales, aux gouvernements nationaux, aux
ONG, au secteur privé, aux femmes et aux hommes épris de paix, de reconnaître et de
soutenir moralement, techniquement et financièrement, nos efforts d'instauration et de
consolidation de la paix.
Enfin,
Nous, femmes d'Afrique,
20. Réunies à Zanzibar (République-Unie de
Tanzanie), sommes reconnaissantes à l'UNESCO de son initiative et de ses efforts pour
bâtir une culture de la paix et la remercions d'avoir rassemblé quelque 300 femmes
africaines de toutes conditions à l'occasion de cette importante conférence panafricaine
intitulée « Les femmes s'organisent pour la paix et la non-violence en Afrique ». En
vertu de son mandat, nous recommandons à ses organes directeurs de prêter une attention
particulière à l'action de suivi dans la conduite et le renforcement des activités en
faveur des femmes africaines et d'une culture de la paix dans le cadre du Programme et
budget ordinaire, de la Stratégie à moyen terme de l'Organisation et de la poursuite de
la mise en uvre de la Plate-forme d'action de Beijing ;
21. Remercions le pays hôte et le peuple de Zanzibar de leur
hospitalité et sommes reconnaissantes de l'appui qu'elles ont apporté aux initiatives
des femmes africaines pour la paix à l'OUA, à la CEA et aux autres organisations
africaines sous-régionales et institutions de la famille des Nations Unies, notamment la
FAO, l'OIT, l'UNCHR, le PNUD, l'UNESCO, le FNUAP, le HCR, l'UNICEF, l'UNIFEM, le PAM et
l'OMS ;
22. Demandons instamment à l'OUA, à la CEA, à la BAD, au
Comité des femmes africaines pour la paix et le développement, à tous les organismes
internationaux, régionaux et sous-régionaux tels que la CEDEAO, la SADC et l'IGAD, ainsi
qu'aux ONG, aux gouvernements et à la communauté des donateurs, de soutenir et de mettre
en uvre la Déclaration de Zanzibar et l'Agenda des femmes pour une culture de la
paix en Afrique, adoptés à Zanzibar le 20 mai 1999. |