Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles

Agenda pour les îles

2 Les thèmes nouveaux

Atténuation de la pauvreté

Il est généralement admis que la pauvreté est à la fois un déni des droits humains et la véritable antithèse du développement. La réduction de la pauvreté a pris rang de priorité parmi les objectifs internationaux du développement, tels qu’ils figurent dans les Objectifs de développement du millénaire. Or en dépit des efforts déployés ces dernières années, la pauvreté et l’exclusion se sont accentuées et ont gagné du terrain. Près de la moitié de la population mondiale essaie de survivre avec moins de deux dollars par jour, et un quart d’entre elle reste aux limites de la survie avec moins d’un dollar. Parmi les pauvres, sept personnes sur dix sont des femmes et les deux tiers ont moins de 15 ans. Le ratio des revenus du cinquième des personnes les plus riches sur le cinquième des plus pauvres du monde est passé de 30:1 en 1960 à 75:1 quarante ans plus tard.

L’élément le plus toxique au monde c’est la pauvreté.
Klaus Töpfer, Directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Cité par Geoffrey Lean, correspondant pour les questions d’environnement, dans un article paru dans le New Statesman du 16 octobre 1998 (« It’s the poor that do the suffering… while the rich do all the protesting ») (Aux pauvres la souffrance, aux riches la protestation)

L’éducation de base joue
dans de nombreux pays 
un rôle primordial dans 
la réduction de la 
pauvreté, comme c’est 
le cas dans ce cours 
d’alphabétisation pour 
femmes de la zone
rurale de Fogo, au 
Cap-Vert.

© Dominique Roger/
UNESCO

  

Dans l’absolu aussi bien qu’en termes relatifs, la situation est peut-être moins défavorable dans la plupart des petits pays insulaires en développement que dans celle de beaucoup d’autres parties du monde en développement. Par exemple, aucune petite nation insulaire n’apparaît sur la liste des 21 pays qui ont rétrogradé dans l’Index du développement humain du PNUD au cours des années 1990. Inversement, beaucoup de petites nations insulaires occupent un rang éminent sur la liste des nations de ce même Index. Dans le Rapport 2004 du PNUD sur le développement humain par exemple, les Seychelles occupent le 35ème rang et Maurice le 64ème de la liste, les deux rangs les plus élevés de tous les pays de l’Afrique subsaharienne.

Cela dit, il n’en reste pas moins que la pauvreté et ses conséquences sont de graves sources d’inquiétude pour de nombreuses petites nations insulaires, notamment en ce qui concerne la jeunesse marginalisée et au chômage. Dans ces circonstances, l’UNESCO s’emploie à réduire la pauvreté au plan national et régional en renforçant les capacités de recherche et d’analyse politique et en mettant en place des initiatives spécifiques qui couvrent les champs de l’éducation, des sciences naturelles et sociales, de la communication et de la culture.

Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de l’action permanente de l’UNESCO dans des domaines tels que l’éducation de base et l’alphabétisation et dans des initiatives telles que l’Éducation pour tous, décrite plus loin dans cette brochure. Le travail exige également une contribution réelle et imaginative aux Objectifs de développement du millénaire de septembre 2000, notamment ceux qui ont trait à la réduction de l’extrême pauvreté, à la généralisation de l’enseignement primaire et à l’égalité des sexes. Ils s’appuient en outre sur le potentiel culturel et environnemental des différentes régions.

Dans les régions de petites îles, les points forts et les centres d’intérêt que les jeunes tirent de leur culture fournissent de multiples possibilités pour les soulager lors des difficultés économiques. Les centres d’intérêt peuvent donner naissance à des créations artistiques ou artisanales, musicales et chorégraphiques, ainsi qu’à des techniques d’utilisation des ressources naturelles, grâce au savoir traditionnel. Stimulés par ces opérations, de plus en plus nombreux sont les pays du Pacifique qui se sont, par exemple, attachés à développer l’enseignement des arts et de l’artisanat comme moyen de s’attaquer à des problèmes tels que la réduction de la pauvreté, l’emploi des jeunes et la mise en valeur des ressources humaines.

En réponse à ces besoins, une série d’ateliers de formation a été lancée par le Bureau de l’UNESCO pour les États du Pacifique, à Apia, en collaboration avec des partenaires nationaux. L’un des ateliers sous-régionaux, tenu à Port Vila (au Vanuatu), portait sur la formation dans des domaines tels que la fabrication de blocs de bois de gravure et le fonctionnement des presses à imprimer, ou encore la formation à des connaissances pratiques comme la comptabilité et la commercialisation. Un atelier tenu à Port Moresby (en Papouasie Nouvelle Guinée, PNG) s’est terminé par une exposition de jeunes stylistes au Musée national et galerie d’art ; un groupe de jeunes a créé une association (Out-Of-School Arts) destinée à aider les jeunes à apprendre des techniques leur permettant de gagner leur vie. La Commission nationale de PNG pour l’UNESCO a prêté son concours à cette initiative.

L’idée d’exploiter le tourisme axé sur le patrimoine pour donner aux jeunes la possibilité de réussir, au sens économique comme au sens de la dignité personnelle a inspiré le projet YouthPATH – Atténuation de la pauvreté par le tourisme et le patrimoine. Lancé en 2003 à titre d’initiative régionale par le Bureau de l’UNESCO à Kingston, en Jamaïque, l’objectif de YouthPATH est de former les jeunes de communautés rurales pauvres à mettre en valeur les sites du patrimoine culturel et naturel et à réunir des informations à leur sujet. Il s’agit dans un premier temps de sites de cinq pays (Bahamas, Barbade, Jamaïque, Saint Lucie et Saint Vincent et les Grenadines), avec l’espoir que ces sites deviennent des centres de tourisme national et international et, ce faisant, rapportent des revenus, réduisent la pauvreté et contribuent au développement de la communauté. On compte parmi les sites de YouthPATH des villages établis par des Africains libérés et sauvés de bateaux se livrant au « commerce illégal d’esclaves » ; une propriété qui illustre l’histoire de la vie dans les grands domaines coloniaux ; un lieu de nidification des tortues luth, espèce menacée.

Toujours aux Caraïbes, une initiative menée en collaboration avec l’Institut inter-américain de coopération en agriculture (IICA) s’efforce de rompre le cycle de la pauvreté parmi les jeunes marginalisés des États des Antilles orientales. Le projet associe l’analyse des mécanismes nationaux d’éradication de la pauvreté, du point de vue des droits de l’homme, et la recherche de moyens concrets de donner leur autonomie aux jeunes en renforçant leurs capacités et en leur donnant une formation pratique tout en les faisant participer davantage au processus de développement.

Tirer parti du potentiel des nouvelles technologies 

  

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont été adoptées avec enthousiasme par la société civile et les associations professionnelles dans de nombreuses régions insulaires comme moyens de surmonter les difficultés de la dispersion des populations, le manque de ressources et l’isolement. Les TIC contribuent déjà effectivement à :

  • Ouvrir les portes du gouvernement, le rendre plus transparent et responsable et donc plus . able, réduire la corruption et favoriser le développement des grandes valeurs démocratiques,

  • Faciliter la création de réseaux communautaires, renforcer la volonté de participation et la bonne gouvernance,

  • Renforcer la coopération entre les groupes d’intérêt afin de garantir une bonne gouvernance, développer le secteur privé et améliorer le fonctionnement des services,

  • Mettre en place de nouvelles formes de participation citoyenne grâce aux forums en ligne, aux groupements d’utilisateurs de l’Internet et aux sites de conversation sur le Web qui facilitent un type de discussion politique ouverte qu’il serait difficile d’obtenir dans la presse écrite.

  

La marche actuelle vers la mondialisation est en partie stimulée par les technologies de l’information et de la communication (TIC). La facilité d’accès au savoir et à l’information détermine de plus en plus souvent les schémas de croissance et de création de richesses et ouvre des possibilités de réduire plus efficacement la pauvreté et d’atteindre un développement durable. Comme le précisaient les débats menés dans le cadre du Sommet mondial sur la société de l’information, les TIC ont un rôle crucial à jouer pour modifier les perceptions, dans tous les secteurs de la société, et faire partager l’expérience et les idées, d’un lieu à un autre. Les TIC apportent également des moyens de profiter des particularités culturelles de certaines sous-régions insulaires qui se sont forgées à partir de réseaux de communication pré-modernes très sophistiqués. 

Ces dernières années, des progrès remarquables ont été réalisés lorsque les TIC ont été utilisés dans de petites îles. Entre autres activités visant à favoriser l’autonomie des communautés et à combler le fossé numérique, les Centres communautaires multimédias (CCM) conjuguent les moyens de la radio communautaire, de l’Internet et ses technologies dérivées. Parmi les projets pilotes il existe une initiative régionale aux Caraïbes qui tend à transformer les stations de radio communautaires existantes en CCM complets, disposant de services supplémentaires tels que PC, fax, téléphones, messagerie électronique et Internet. Parmi les premières radios à y participer on trouve celles de la Barbade, Cuba, la Jamaïque et Trinité et Tobago.

Les TIC ont également servi à organiser toutes sortes de discussions et de forums sur Internet comme celui qui a débuté en mai 1999 sur les Pratiques éclairées en vue du développement humain durable dans les régions côtières (WiCoP, www.csiwisepractices.org). Une petite équipe de modérateurs révise les articles avant de les afficher (en anglais, français et espagnol) sur le site du forum et de les transmettre également sous forme de messages électroniques, avec l’assistance de Scotland On Line, à plus de 19 000 personnes reliées au forum. Les questions traitées couvrent par exemple la prévention et la résolution des conflits, les méthodes de gestion des côtes, les investissements du secteur privé dans la protection du milieu marin, la combinaison des pratiques traditionnelles et de pratiques modernes dans la pêche côtière. La vulnérabilité et la résilience dans les petites îles a fait l’objet de discussions au début de l’an 2004 et provoqué une foule de commentaires, réactions et controverses. D’autres débats animés ont porté sur « l’acquisition foncière comme option en matière de conservation » et sur la proposition que « l’aide a manqué son objectif dans le Pacifique ». Et de façon générale, les études de cas et les idées présentées au forum se sont avérées utiles pour les activités d’étude, d’enseignement et de recherche.

Les TIC apportent leur contribution à de nombreux autres projets ayant trait à l’éducation, la science, la culture et la mise en place de sociétés du savoir. Cette brochure en présente plusieurs exemples.

Le People First Network Project (Pfnet) vise à installer des TIC aux îles Salomon pour aider au renforcement de la paix et à la réduction de la pauvreté en facilitant l’accès à l’information et en renforçant la capacité des services de communication en zones rurales. Son système repose sur un réseau en expansion constante de stations de messagerie électronique fonctionnant à l’énergie solaire, gérées par les communautés, qui en sont propriétaires, et installées dans des zones rurales. Elles sont reliées au portail Internet de la capitale Honiara, qui diffuse des contenus locaux consacrés aux besoins de base des ruraux. Depuis janvier 2001 Pfnet aide les communautés rurales pauvres et vulnérables en leur apportant le téléenseignement, en facilitant le développement du commerce autochtone et en encourageant la participation des femmes à la « société de l’information ». Et en avril 2004 Pfnet a obtenu l’un des quatre deuxièmes Prix de la communication rurale du PIDC-UNESCO (Programme international de l’UNESCO pour le développement de la communication). Photo de la journée portes ouvertes au Pfnet. 

   


Centres communautaires multimédias. Comment démarrer et continuer
Dessin de présentation du chapitre « Choisir un équipement et une technologie appropriés » tiré d’un Guide-Manuel 2004 du CCM, élaboré par la Division de l’UNESCO pour le développement de la communication.

La société civile – Donner une voix aux préoccupations des insulaires

Prise d’autonomie, gouvernance et participation de la société telles sont les questions concernant la vie communautaire et la société civile qui ont fait l’objet d’une grande attention lors des manifestations qui ont entouré les travaux de révision de « Barbade+10 ». La société civile a été consultée, par exemple, à Trinité et Tobago en octobre 2003 et les résultats de l’enquête ont été présentés à la réunion régionale préparatoire des Caraïbes. Le même mois, une consultation de la société civile de la région AIMS (voir p. 44) se tenait à Maurice, organisée par son Centre de documentation, de recherches et de formation pour le sud-ouest de l’océan Indien. Ses conclusions et ses recommandations sont résumées dans la Déclaration de Calodyne-sur-mer.

Parmi les activités trans-sectorielles de l’UNESCO, l’initiative intitulée La Voix des petites îles (SIV) vise à offrir au grand public des îles un « espace où parler et agir ». Dès le début de 2002 lorsque l’initiative a été lancée, tout a été fait pour mettre en lumière les principaux sujets de préoccupation du grand public, dans les régions des Caraïbes, de l’océan Indien et du Pacifique au moyen d’enquêtes d’opinion, de discussions sur Internet, de réunions et d’ateliers, toutes opérations facilitées par le recours à la presse, la radio et la télévision.

Comment fonctionne 
La Voix des petites îles

 

En recueillant l’opinion des insulaires sur les questions d’environnement et de développement, au plan local par des réunions, des enquêtes d’opinion, des émissions publiques et autres activités. Tout cela étant relayé par la radio, la télévision et la presse

En encourageant les jeunes insulaires à débattre des questions d’environnement et de développement entre eux, au moyen des technologies nouvelles
www.sivyouth.org nom d’utilisateur view, mot de passe only

www.islandyouth.org

         

              

En identifiant dans ces débats les questions essentielles qui se font jour, pour ensuite les répercuter au plan local afin qu’elles y soient traitées sur le terrain, et au plan mondial, notamment vers les programmes internationaux spécialisés dans le développement durable des petites îles

En débattantde ces questions au plan régional et mondial par des discussions sur l’Internet www.sivglobal.org
                   

 

La Voix des petites îles. Enquête sur les préoccupations du public (2002–2003)

Sujets communs à toutes les îles de l’échantillon, dans les régions des Caraïbes, de l’océan Indien et du Pacifique.

  1. L’économie : cherté de la vie, lourdeur des impôts, perte de pouvoir d’achat, augmentation de la pauvreté, stagnation de l’économie, dette nationale, stabilité de l’économie, fléchissement de l’économie, stress économique, pénurie de devises, investissements étrangers, insuffisance des services bancaires

  2. L’emploi : manque d’emplois, sécurité de l’emploi, faiblesse des rémunérations et des salaires, iniquité des modes de recrutement, augmentation du nombre de travailleurs étrangers

  3. Les soins de santé : services de santé publique, mentale, de soins, VIH/Sida

  4. L’éducation : écoles et services scolaires, possibilités d’étudier, enseignement supérieur, enseignement professionnel et enseignements spéciaux pour des groupes spécifiques, comme les mères adolescentes, perte de personnel qualifié (fuite des cerveaux, ou exode des compétences)

  5. Les infrastructures nouvelles : logements, routes, hôpitaux, aéroports, ports maritimes et services de télécommunication, systèmes d’évacuation des déchets solides et liquides

  6. L’environnement : gestion des déchets, pollution, déboisement, drainage, érosion des plages, réchauffement de la planète.

Sujets communs à certaines des îles de l’échantillon dans les régions des Caraïbes, de l’océan Indien et du Pacifique

  1. Le tourisme : nouvelles installations touristiques, amélioration des services touristiques, surveillance du tourisme, dépendance excessive à l’égard du tourisme

  2. L’effondrement des valeurs morales et/ou traditionnelles : déclin du sens moral de la société, érosion des valeurs et des coutumes traditionnelles, mauvaise conduite des jeunes, déclin de l’autorité des anciens ou de ses détenteurs traditionnels, perte de l’esprit communautaire et de coopération, due partiellement au fait que des habitants d’îles voisines ont été installés sur place

  3. La montée de la criminalité et de la violence : élévation du taux de criminalité, notamment avec violence, sécurité publique, révision des pénalités pour les criminels, montée de la criminalité due à l’augmentation de l’usage des drogues

  4. La bonne gouvernance : corruption des politiques, cupidité des politiques, représailles politiques, paix internationale.

  
Bibliothèque publique 
de Nevis
: libre accès 
pour la recherche et 
l’éducation. Dans l’île 
voisine de Saint Kitts, la 
SIV et la Commission 
nationale pour l’UNESCO
installent actuellement 
un laboratoire équipé 
d’ordinateurs qui sera 
ouvert au grand public et 
aux élèves et étudiants, 
là aussi avec libre accès 
aux fins de la recherche 
et de l’éducation.

D’une région à l’autre les insulaires ont des préoccupations communes, et cela a été nettement confirmé par les enquêtes d’opinion, où les sujets ont été classés selon le nombre de réponses. Les sujets se présentaient dans l’ordre d’importance suivant :

  1. L’économie

  2. L’emploi

  3. Les soins médicaux

  4. L’éducation

  5. Les infrastructures nouvelles

  6. L’environnement

D’autres sujets importants, qui n’étaient pas communs à toutes les îles de l’échantillon des trois régions mais auraient pu se trouver en tête de la liste pour certaines d’entre elles étaient :

  1. Le tourisme

  2. Le déclin des valeurs morales et/ou traditionnelles

  3. La montée de la criminalité et de la violence

  4. La nécessité d’une bonne gouvernance.

Le forum mondial de la SIV permet, lui aussi, de « prendre le pouls des petites îles » en promouvant et en mettant en évidence l’opinion des personnes ordinaires qui vivent dans les îles. Toutes les deux semaines environ, plus de 17 000 insulaires et autres personnes s’intéressant aux îles prennent connaissance d’une série de questions d’actualité sur l’environnement, le développement, la société, l’économie et la culture grâce à des articles du SIV mondial et des messages électroniques. Ils traitent de : repenser la stratégie du tourisme dans les archipels (idée émanant pour la première fois des Seychelles), de l’exportation de l’eau de source d’une île (Saint Vincent et les Grenadines), de la construction de routes et de ses effets sur la vie de la population (Palau), du pillage des ressources de la pêche dans l’Atlantique Sud (île de l’Ascension), et des problèmes d’évacuation des déchets solides (archipel San Andrès).

Faire une place aux jeunes insulaires

Parce qu’ils représentent dans de nombreux PEID, une forte proportion de la population, et que les jeunes ont un rôle clé à jouer pour déterminer l’avenir de leurs îles, l’UNESCO apporte son soutien à toute une gamme d’activités visant à donner leur autonomie aux jeunes et à les inciter à participer pleinement à la vie de la société. Ces activités prennent parfois la forme de projets de surveillance et d’aménagement des plages aux Caraïbes, de gestion des déchets aux Maldives et aux Seychelles, ou de préparation aux catastrophes naturelles à Tonga et à Vanuatu.

En réalité les besoins et les centres d’intérêt des jeunes occupent une place privilégiée dans la totalité des programmes de l’UNESCO. En septembre 2003 cela a donné lieu à des débats au troisième Forum de la jeunesse organisé par l’UNESCO, en marge de la dernière en date des Conférences générales de l’UNESCO. Une douzaine de jeunes originaires des petits pays insulaires, surnommés les « SIDS Kids » ont joué un rôle brillant et attachant dans les débats du forum, en présentant leur vision de l’éducation en vue du développement durable et de la prévention du VIH/Sida.

Vision jeune pour la vie dans les îles

Durant toute l’année 2004, dans le cadre de son apport aux travaux de révision de « Barbade+10 », l’UNESCO a fourni aux jeunes un moyen de préciser la façon dont ils veulent voir leurs îles évoluer à l’avenir et comment ils comptent contribuer à ce résultat. Le débat tourne autour de trois grands sujets :

Trois étapes sont prévues. Pendant la période de 12 mois qui a débuté en janvier 2004, chez les jeunes insulaires, les préparatifs prennent la forme de réunions et de discussions au plan local, de collecte de fonds, de promotion de l’activité « jeunes regards » dans les médias et de débats sur le Web à l’aide d’un site spécial mis en place par l’ONG internationale de la jeunesse TakingITGlobal.

Les jeunes souffrent moins de leurs propres erreurs que de la circonspection des personnes âgées.
Davidson L. Hepburn, Président de la Commission nationale des Bahamas pour l’UNESCO, dans un message au Youth Focus des Bahamas (Nassau, janvier 2004), rappelant une « très vieille maxime », de source non identifiée ou non identifiable.

   

Genea Noel (à gauche) et Akiero Lloyd
délégués de la jeunesse présentent les 
points de vue des jeunes pour l’avenir aux
membres de la réunion interrégionale 
tenue aux Bahamas en janvier 2004
à 
titre de préparation pour La Barbade+10, 
après le forum national de la jeunesse 
des Bahamas, auquel l’UNESCO avait 
apporté son soutien.

En second lieu, les jeunes participants des pays insulaires se retrouveront à Maurice en janvier 2005 pour discuter de leurs préoccupations, partager des informations sur leurs activités et donner forme à leurs convictions. Ils les présenteront alors, assorties de propositions, à la réunion des Nations unies proprement dite.

En troisième lieu, et c’est le point essentiel, après la réunion des Nations unies, les jeunes délégués feront rapport à leurs homologues locaux sur les résultats du forum de Maurice sur la jeunesse. De petites allocations seront offertes à des groupes de jeunes, sélectionnés sur une base compétitive, pour leur permettre de concrétiser leurs projets. Le plus difficile c’est d’inciter les jeunes pauvres, marginalisés et mécontents à participer à cette opération et à des projets individuels.

Le présent et le passé
Sont peut-être tous deux 
présents au temps futur
Et le temps futur contenu 
dans le temps passé.
T.S. Eliott, Quatre quatuors, « Burnt Norton » (1936) partie 1.

Réagir au VIH/Sida

Il s’avère de plus en plus nettement que les PEID sont particulièrement exposés aux risques du Sida, comme le démontre d’une part une récente étude effectuée aux Caraïbes par l’IIPE-UWI (l’Institut international de planification de l’éducation et l’University of the West Indies) et d’autre part une stratégie régionale pour l’éducation relative au Sida aux Caraïbes, dirigée par le bureau de l’UNESCO à Kingston avec l’UWI. Le Rapport 2004 de l’ONUSIDA sur l’épidémie mondiale du Sida aboutit aux mêmes conclusions.

Aux Caraïbes, quelque 430 000 personnes vivent avec le virus. En 2003 quelque 35 000 personnes en sont mortes et 52 000 ont été infectées. Chez les 15–24 ans 2,9 % des femmes et 1,2 % des hommes vivaient avec le Sida en fin 2003. Trois pays des Caraïbes ont un taux national de prévalence d’au moins 3 %, le pays le plus touché étant Haïti, où ce taux s’établit autour de 5,6 %, le plus élevé en dehors de l’Afrique. L’épidémie touche surtout les hétérosexuels aux Caraïbes. Elle se concentre assez souvent chez les travailleurs du sexe, mais elle se répand également dans l’ensemble de la population.

 


Panneau d’une campagne 
contre le VIH/Sida aux 
Maldives
, tiré des 
«  Confessions d’une 
personne séropositive 
victime de discrimination  », 
œuvre de «  Télévision 
Maldives  » et de Mme 
Shafeenaz Moosa, 
productrice pour une série de 
dix mini-documentaires sur 
DVD sur le Sida en Asie du 
Sud. Ce DVD a été produit 
en 2003 dans le cadre de la 
coopération entre l’UNESCO 
et l’Institut Asie-Pacifique de 
développement de la 
radiotélévision
(AIBI), initiative 
intitulée Réseau des Jeunes 
Producteurs de Télévision sur 
le Sida. Le projet visait à créer
en Asie du Sud un réseau de 
jeunes réalisateurs de 
télévision spécialisés dans 
les problèmes du Sida et de 
leur impartir les compétences 
et les techniques permettant 
de produire des émissions de 
qualité qui puissent trouver 
leur place dans des 
magazines télévisuels 
présentés par les diffuseurs.  
  

Mais le Sida ne menace par seulement les Caraïbes. Le problème prend aussi de l’ampleur dans d’autres régions insulaires, même si le taux de prévalence y reste faible. Dans le Pacifique, par exemple, on s’attend à l’explosion de l’épidémie de Sida en raison de l’avancée spectaculaire des infections sexuellement transmissibles et du comportement à risques des jeunes de 15 à 25 ans.

Devant la pandémie, l’UNESCO réagit en luttant contre le laisser-aller, en s’élevant contre la stigmatisation, en surmontant la tyrannie du silence et en recommandant la compassion. Ses efforts visent à l’intégrer dans l’agenda global du développement et dans les politiques nationales l’éducation préventive et à encourager l’adoption de comportements responsables afin de réduire la vulnérabilité.

La prévention n’est pas seulement la réaction la plus économique, c’est aussi la plus évidente et la plus puissante car elle vise à modifier le comportement par l’acquisition des connaissances utiles, à favoriser la responsabilité et à conférer des moyens de défense par le biais d’une communication respectueuse de la culture nationale et efficace. Il est indispensable de s’appuyer sur les principes des droits de l’homme si l’on veut à la fois dispenser une éducation et un traitement préventifs et d’autre part combattre l’exclusion et améliorer les conditions de vie des personnes infectées et de celles qui en sont affectées.  

ONUSIDA

Le programme conjoint des Nations unies sur le VIH/Sida représente une nouveauté dans la famille des Nations unies. Il regroupe les efforts et les ressources de neuf organisations du système afin d’aider le monde à prévenir de nouvelles infections par le virus, de soigner ceux qui sont déjà infectés et d’atténuer les effets de l’épidémie.  

Aux Caraïbes, le bureau de l’UNESCO à Kingston montre la voie, depuis le milieu de 2002 en incitant les responsables de l’éducation régionale à réagir plus vigoureusement à l’épidémie, en étroite collaboration avec l’University of the West Indies et d’autres organismes régionaux. Au titre du programme conjoint des Nations unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA), on s’efforce d’obtenir un consensus entre les gouvernements et les autres parties en cause pour élaborer un plan directeur couvrant l’ensemble de la région, qui montrerait comment le secteur éducatif devrait réagir, pour créer des partenariats prêts à agir et mettre en place, dans les ministères de l’éducation et autres organismes directeurs les moyens et les compétences propres à lutter contre la pandémie (comme les projets pilotes de la Jamaïque).

Parmi les projets récents et en cours on peut citer une première évaluation des effets du Sida sur la scolarisation des tout petits, l’élaboration d’une méthodologie pour estimer et prévoir le taux de prévalence du Sida au sein du corps enseignant de chaque pays, le renforcement des dimensions culturelles et de la communication dans les programmes et les projets de lutte contre la pandémie, la préparation et la mise à l’essai d’un manuel destiné aux personnels de santé (bien placés pour convaincre le public de la nécessité de changer ses habitudes et lutter efficacement contre l’abus des drogues et le Sida).  

Vingt équipes issues de divers départements
et établissements d’éducation supérieure de 
Jamaïque ont participé au Concours de graffiti 
sur le Sida
organisé par l’Université de 
technologie
, avec l’aide de l’UNESCO.

Vers l’égalité des sexes

Le développement durable exige l’engagement total des hommes comme des femmes dans la recherche de la santé économique, culturelle et écologique. Pour l’UNESCO, inclure le mot « sexe » dans le développement durable signifie s’engager à défendre l’égalité des sexes et la sécurité humaine – concept qui englobe la sécurité écologique, économique, sociale, culturelle et personnelle des femmes tout autant que des hommes, des filles comme des garçons.

En matière d’égalité des sexes, les actions prioritaires de l’UNESCO signifient, entre autres  : favoriser l’égalité des sexes dans l’éducation à tous ses niveaux, sous toutes ses formes et dans tous ses domaines, tout au long de la vie  ; permettre aux femmes comme aux hommes d’accéder de façon égale aux sciences et à la technologie  ; défendre la diversité et le pluralisme culturels en insistant sur les droits humains des femmes, œuvrer en faveur de l’égalité d’accès et de représentation dans les médias et les technologies d’information et de communication  ; ouvrir la voie à des démocraties participatives en favorisant une égalité de fait entre femmes et hommes.

Dans les petits États insulaires les principaux problèmes d’égalité des sexes ne diffèrent pas de ceux qui se posent de façon générale du point de vue du développement durable  : inégalité d’accès aux possibilités d’étudier et de gagner sa vie, partage inégal des responsabilités et des charges domestiques, inégalités entre hommes et femmes dans la prise de décisions, différence d’impact de la dégradation de l’environnement sur les hommes et les femmes.

Peuvent aussi s’ajouter des questions spécifiques qui prennent une importance particulière dans les petits États insulaires, comme l’écart entre les résultats scolaires des filles et des garçons, les effets différentiels du tourisme, les conséquences de l’exiguïté des terres et des ressources terrestres, ou encore la gestion des ressources dans les écosystèmes marins du proche océan.  

L’« Ashe Caribbean Performing Arts Ensemble » est une compagnie professionnelle bien connue, spécialisée dans les comédies musicales éducatives et dans un répertoire varié de chants et de danses afro-caribéennes. Ashe a été créée à la Jamaïque en 1993 pour mettre en valeur deux des plus grandes et des plus riches ressources des Caraïbes  : leurs jeunes et leur culture si vivante des arts du spectacle. En juillet 2004, avec le soutien de l’UNESCO, Ashe a tenu un rôle remarqué dans le programme culturel qui accompagnait la XVème Conférence internationale sur le Sida, tenue à Bangkok. La troupe y a joué deux productions contenant d’importants messages pour la prévention du Sida, à l’intention des jeunes et de leurs familles : «  Vibes in a World of Sexuality  » et «  Parenting Vibes in a World of Sexuality  ». Elles ont été ensuite présentées à plus de 300 séances de formation destinées aux écoles et autres lieux éducatifs, ces cinq dernières années. Depuis la Conférence de Bangkok, l’UNESCO parraine la production d’un CD-ROM sur la méthodologie du spectacle éducatif d’Ashe sur le Sida, qui comporte des éléments enregistrés à Bangkok.  

  
  

Écarts entre les résultats scolaires des filles et des garçons

Comme dans beaucoup d’autres pays insulaires des Caraïbes, les résultats scolaires des filles de la Jamaïque dépassent ceux des garçons dans presque toutes les disciplines et à tous les niveaux. De plus, les filles sont plus nombreuses que les garçons à poursuivre leurs études jusqu’au niveau supérieur. Pour lutter contre cet état de fait, le Ministère jamaïcain de l’éducation et de la culture a commandité une étude des différences entre les sexes axée sur les résultats, la participation et les possibilités d’étudier, afi n de comprendre pourquoi les garçons réussissent moins bien que les filles et de savoir si l’école joue un rôle – et lequel – dans cette disparité. Les résultats en ont été consignés dans l’Évaluation pour l’an 2000 de l’Éducation pour tous (voir p. 35).

Pendant neuf mois, une enquête sur les collégiens et lycéens, ainsi que des études qualitatives, ont cherché des réponses à douze grandes questions formulées à partir de points de vue théoriques et de données réelles sur l’absentéisme et les facteurs liés à l’école elle-même. Les conclusions ont montré que les garçons et les filles sont pris dans un environnement codifié selon le sexe et qu’ils diffèrent sur presque tous les points mesurés par cette étude. Nombreux sont les facteurs en jeu dans la performance scolaire, qui expliquent ce que l’on nomme désormais fréquemment la sous-performance des garçons. On remarque notamment que les garçons s’emploient activement et continuellement à se définir comme irresponsables, peu dignes de confiance et peu intéressés par le travail scolaire. Les recommandations du projet relèvent entre autres, les effets de pratiques scolaires telles que les punitions corporelles et les méthodes d’enseignement ou le rôle que doivent jouer les enseignants pour construire et modifier les stéréotypes concernant les filles et les garçons.  

 

Science et technologie

Le Programme d’action des PEID reconnaît que l’élément «  science et technologie  » traverse tous les aspects du développement durable. L’UNESCO s’emploie depuis longtemps à aider les PEID en renforçant les bases scientifiques et techniques de leur économie et la résilience des sociétés insulaires. Cela s’applique à de nombreux domaines techniques comme le montrent les exemples et les cas cités dans cette brochure, qu’il s’agisse des énergies renouvelables, de l’atténuation des catastrophes naturelles ou de la gestion des zones côtières et de la protection de la biodiversité.

Quant aux activités, elles sont, elles aussi, très variées, depuis les bourses d’étude individuelles et la formation collective jusqu’au renforcement des institutions, l’évaluation et la diffusion de matériel éducatif et de l’apprentissage. Un didacticiel vient par exemple d’être mis au point : il s’agit d’une mallette de formation technique sur les systèmes solaires photovoltaïques, élaboré grâce à l’expérience acquise au cours de dizaines d’années où l’électrification des campagnes a été enseignée dans des petites communautés éparpillées du Pacifique. Ce matériel s’adresse à des personnes ayant peu de connaissances techniques et dont la langue maternelle n’est pas l’anglais.  
 

L’un des graphiques montre des panneaux solaires constitués de nombreuses cellules individuelles placées en batterie. Un panneau de 34 cellules (représenté ici) alimente des systèmes de 12 volts. Plus le panneau est grand, plus il produit d’énergie. Le rendement est optimal lorsque aucune ombre ne se projette sur le panneau entre 9h et 15h. Si une seule cellule est à l’ombre, le résultat peut se trouver réduit de moitié, voire davantage.

 

Savoir local et autochtone et petites îles

De nombreux pays constitués de petites îles abritent des communautés autochtones qui possèdent un long passé d’interaction avec le milieu naturel. Elles ont accumulé un corpus de connaissances, de savoir-faire, de pratiques et de représentations. Ces ensembles très élaborés, de compréhension, d’interprétation et de significations font partie intégrante d’une galaxie culturelle qui englobe la langue, les systèmes d’attribution des noms et de classification, les pratiques d’utilisation des ressources, les rituels, la spiritualité et la conception du monde. Ce savoir local et autochtone est un capital inestimable pour assurer l’autonomie des communautés lors-qu’elles combattent la marginalisation, la pauvreté et l’appauvrissement. Et pour les sociétés du savoir qui sont en voie de formation, la gestion judicieuse du savoir issu des communautés locales et de celui qui vient de l’extérieur constitue l’un des grands défi s posés par la mondialisation, ainsi qu’un passage obligé pour traduire l’engagement à respecter la diversité culturelle dans des activités de terrain efficaces.

Dans ces conditions, ce que l’on peut appeler savoir traditionnel, local ou autochtone dans le cas des îles est pris en compte dans une large gamme d’activités de l’UNESCO ayant trait à l’éducation, la science, la culture et la communication. Ce sont, par exemple, la recherche sur les stratégies et les pratiques traditionnelles d’exploitation des ressources des écosystèmes terrestres et aquatiques (y compris marins) ; les initiatives visant à entretenir d’autres types de partenariat entre des peuples autochtones et des zones protégées à multiples usages ; les dimensions culturelles du savoir traditionnel ; les relations entre diversité culturelle et biologique ; l’ethnobotanique ; l’utilisation équitable et durable des ressources végétales, et enfin le rôle du savoir traditionnel dans le monde contemporain.

Diversité culturelle et diversité biologique

La diversité est une pierre angulaire du développement social et économique, une assurance contre l’incertitude et la surprise, et un moteur de la résilience. Elle couvre aussi bien les gènes que l’espèce, les paysages terrestres que marins, mais aussi la diversité au sein des cultures et entre elles, la diversité des milieux du savoir et de l’apprentissage. Les liens entre diversité culturelle et diversité biologique ont fait l’objet d’une table ronde de haut niveau pendant le Sommet de Johannesburg ainsi que de plusieurs réunions informelles de planification entre l’UNESCO et le PNUE, après ce Sommet mondial. Dans les travaux à venir, plusieurs activités de terrain sont envisagées pour les petites îles dans le cadre du projet de Valorisation des liens entre diversité biologique et diversité culturelle en tant que bases essentielles du développement durable, nouvelle action lancée en collaboration entre les secteurs des sciences naturelles et de la culture de l’UNESCO. Et parmi les publications récentes on trouve un fascicule intitulé Sharing a World of Difference – The Earth’s Linguistic, Cultural and Biological Diversity rédigé en commun par l’UNESCO, le Fonds mondial pour la nature (WWF) et l’ONG Terralingua.

Certains travaux, comme ceux qui portent sur la gestion traditionnelle dans les zones côtières marines datent de vingt ans et plus. Plus récemment des discussions sur les divers systèmes du savoir qui se sont tenues à la Conférence mondiale sur la science (Budapest, juin 1999) à l’initiative de l’UNESCO et du CIUS (Conseil international pour la science) ont donné lieu au lancement en 2002 d’un projet intersectoriel sur les Systèmes du savoir local et autochtone dans une société mondiale (LINKS). Ce projet se situe à l’interface entre le savoir local et autochtone et les Objectifs de développement du millénaire pour l’élimination de la pauvreté et la viabilité de l’environnement, car il met l’accent sur l’importance des systèmes traditionnels qui ont fait la preuve qu’ils permettent aux communautés de survivre et de sa maintenir dans un monde en évolution, tout en sauvegardant l’intégrité de l’environnement. 

Parmi les études de terrain liées au projet, une évaluation effectuée à Vanuatu a montré comment la gestion ininterrompue des ressources marines sur une base communautaire enracinée dans le savoir et les pratiques traditionnelles est capable de déterminer à la fois la politique nationale et régionale. Toujours à Vanuatu un projet pilote est en cours d’élaboration pour intégrer le savoir traditionnel dans le programme scolaire du primaire et du secondaire. Aux îles Trobriand, dans la province de Milne Bay de Papouasie Nouvelle-Guinée, un projet tend à réintroduire certaines pratiques d’autosuffisance de la communauté telles que la culture des arbres fruitiers comme moyen d’accroître la résilience à l’égard des catastrophes naturelles comme la sécheresse. Et au niveau régional, un CD-ROM a été consacré à la tradition des périples océaniques et à la navigation dans le Pacifique (voir p. 43).  

Vers un tourisme plus respectueux

Voilà près de 30 ans, l’UNESCO et la Banque mondiale organisaient ensemble un séminaire sur les répercussions sociales et culturelles du tourisme dans les pays en développement. Le titre tendancieux du livre qui en est issu – Le tourisme, passeport pour le développement ? – présente les leçons tirées d’études de cas effectuées à Bali, aux Bermudes, à Chypre, à Malte et aux Seychelles.

Depuis les années 1970, le tourisme n’a cessé de se développer rapidement dans le monde entier, au point d’être devenu aujourd’hui la plus importante des industries de la planète. Pour de nombreux petits pays insulaires le tourisme représente une part non négligeable des recettes annuelles. Industrie de services, il fournit des emplois multiples qui ont contribué à revitaliser les économies locales. Toutefois, par sa nature ambiguë, le tourisme crée des problèmes manifestes en même temps qu’il apporte des bienfaits manifestes. En tant que secteur de l’économie, certains critiques le considèrent comme essentiellement passif, très exposé à des menaces et des événements par rapport auxquels le pays hôte peut se trouver désarmé.

Au sein de l’UNESCO, plusieurs initiatives visent à promouvoir une nouvelle culture du tourisme, fondée sur le bon sens et l’exploitation raisonnée des ressources naturelles et culturelles de chaque lieu touristique, ainsi que la créativité des populations insulaires. Telles qu’elles ont été présentées au Sommet mondial de l’éco-tourisme (Québec, Canada, mai 2002), les activités font une place aux apports intellectuels, à la promotion des principes éthiques et à la mise à l’épreuve concrète des méthodes du tourisme durable en «  grandeur nature  ». Leurs fonctions sont à la fois normatives et exemplaires et exigent également la coopération et le partenariat avec toute une série d’autres organismes.

Du fait que le tourisme représente à la fois une ouverture et une menace pour la culture, l’UNESCO s’efforce, en s’intéressant au tourisme culturel, d’aider ses États membres à concevoir des stratégies de sauvegarde pour préserver sur la longue durée leur patrimoine culturel. Promouvoir des pratiques touristiques améliorées, tel est le souci des responsables de nombreux sites du Patrimoine mondial. Un projet a été, par exemple, récemment lancé sur l’impact du tourisme sur la faune et la flore des îles Galapagos, un autre concerne la rédaction d’un manuel pratique de gestion du tourisme dans les sites du Patrimoine mondial. Bon nombre de ces derniers et des réserves de biosphère s’inspirent du Projet de charte du tourisme durable – rédigé sous l’égide du PNUE et de la Convention sur la diversité biologique (CDB) – pour soutenir au niveau du terrain les projets de tourisme durable. 

Le tourisme en régions côtières fait l’objet des discussions du forum virtuel sur les pratiques éclairées en régions côtières (www.csiwisepractices.org) où certains articles traitent de la « théorie du tourisme suicidaire », des répercussions sociales du tourisme, de la possibilité de considérer le tourisme comme une expérience culturelle, de la protection de la nature en relation avec le tourisme, et du tourisme de masse comparé au tourisme haut de gamme. Les échanges d’opinion et d’expérience passant par l’Initiative La voix des petites îles ont, jusqu’ici, traité des divers aspects du développement du tourisme dans les petits pays insulaires, y compris la différence qualitative entre investissements locaux et étrangers dans l’infrastructure touristique. Le tourisme fait aussi l’objet des 7 000 documents du répertoire des sites Web de données et d’informations accessibles sur le portail Océans (http://oceanportal.org), qui comporte plus de 4 000 adresses Web. 

Quant aux liens avec l’industrie du tourisme, l’Initiative des voyagistes en faveur du développement durable du tourisme est une opération menée en commun par le PNUE, l’UNESCO, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) et les voyagistes. Elle tend à instituer une synergie entre voyagistes qui partagent le désir de mettre au point et d’utiliser des instruments et des pratiques propres à améliorer la viabilité du tourisme au point de vue social et culturel.

Au Conseil scientifique international pour la mise en valeur des îles (INSULA), les activités concernant le tourisme comprennent le service d’un « Sustainable Tourism Web Ring » et des conférences internationales sur des sujets tels que les énergies renouvelables et le dessalement de l’eau en relation avec le développement touristique ou encore les hôtels viables pour un tourisme durable.  

L’éco-tourisme est un élément important de l’industrie du tourisme dans beaucoup de petites îles. Aux Seychelles les aires naturelles protégées couvrent plus de la moitié des terres ainsi que 23 000 ha de récifs et de zones marines environnantes. Les «  Subsea Viewers  » permettent aux touristes d’admirer la beauté des parcs marins ; quant au site du Patrimoine mondial de la Vallée de mai, sur l’île de Praslin, c’est l’habitat du Coco-de-mer, la plus grosse graine du règne végétal.  


© Mason Travel



© UNESCO/J.Foy

 

 

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