Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles

Agenda pour les îles

3 Culture et société 

À travers le prisme de la culture

Le monde prend progressivement conscience de l’importance intrinsèque de la culture dans le processus de développement, à tous les points de vue, ce qui a été corroboré par exemple, par les débats de la Commission mondiale sur la culture et le développement et par son rapport « Notre diversité créatrice ». Ce rapport débute par la déclaration suivante de Marshall Sahlins, célèbre anthropologue qui a consacré sa vie à écrire sur la culture et l’histoire des îles du Pacifique :

L’amalgame entre la culture au sens humaniste du terme et la culture dans ses acceptions anthropologiques (notamment celle qui désigne l’ensemble des traits distinctifs caractérisant le mode de vie d’un peuple ou d’une société) est source de bien des confusions dans le discours des chercheurs comme dans celui des responsables politiques. Du point de vue anthropologique, l’exression « relation entre la culture et l’économie » est dénuée de sens puisque l’économie fait partie de la culture d’un peuple… De fait, les ambiguïtés d’une telle expression constituent la principale difficulté idéologique pour la Commission : la culture est-elle un aspect ou un instrument du développement, compris au sens du progrès matériel, ou est-elle le but et la visée du développement, compris au sens d’épanouissement de la vie humaine sous ses formes multiples et dans sa totalité ?

Depuis sa création, il y a plus de 50 ans, l’UNESCO s’efforce de mettre en lumière les fondements culturels de l’aventure humaine. Elle a, pour cela, rédigé et mis en vigueur une série d’instruments normatifs dans le domaine culturel, défendu la cause du pluralisme culturel et du dialogue interculturel, la protection du patrimoine mondial – matériel et immatériel – et le développement d’entreprises culturelles.

Toutes ces activités sont motivées par la conviction que la culture et l’identité culturelles ont une importance primordiale et déterminante à l’égard des modes de vie et de développement durables. Cela devient une évidence si l’on comprend par « culture » le prisme à travers lequel on regarde le monde.

La culture dans les programmes d’action des PEID

La dimension et la perspective culturelles sont de plus en plus présentes dans les discussions sur le développement durable des petites nations en développement. La « culture » n’a peut-être pas reçu l’attention qu’elle méritait dans le Programme d’action de la Barbade de 1994 (le PAB). Mais dix ans plus tard le tableau a changé et quelques-unes au moins des réunions régionales préparatoires, organisées d’août à octobre 2003 pour faire le point sur la mise en œuvre du PAB , ont reconnu la place éminente occupée par la culture dans la vie des îles. 

« Promouvoir la diversité culturelle, les industries culturelles et donner son autonomie à la jeunesse », tel était le thème de l’un des six groupes de discussion réunis dans le cadre de la réunion interrégionale préparatoire, tenue aux Bahamas en janvier 2004. Les jeunes des Bahamas ont même en outre reconnu que « la culture et les modes de vie font de nous des Bahamiens et assurent notre unité ». Et dans leur projet de document de stratégie adopté à Nassau, AOSIS (Alliance des petits États en développement), les PEID affirment explicitement « l’importance de la culture dans leur développement durable, car elle représente l’expression et l’identité du peuple et le fondement de la richesse de notre diversité culturelle, de nos traditions et de nos coutumes ».

De plus, La liberté culturelle dans un monde contemporain diversifié est le thème du Rapport mondial sur le développement humain, 2004, du PNUD.

Plusieurs instruments juridiques internationaux ont été adoptés par l’UNESCO pour protéger le patrimoine mondial de l’humanité :

Tous différents, tous uniques
Illustration tirée de la brochure de 2004 sur Les jeunes et la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, initiative conjointe de l’UNESCO et d’Oxfam International. Le dessin illustre le cinquième des 12 articles de la Déclaration. « Le respect des droits culturels est indispensable pour permettre à la diversité culturelle de s’épanouir. Donner aux gens la possibilité de participer à la vie culturelle de leur choix ouvre la voie à la diversité culturelle ».

 

Promouvoir la diversité culturelle et le dialogue interculturel

En 1945 l’Acte constitutif de l’UNESCO lui demandait déjà de défendre la « féconde diversité des … cultures ». La Déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle, récemment adoptée par la Conférence générale de 2001, fournit à la communauté internationale un instrument normatif de grande envergure pour renforcer le respect de la diversité culturelle et du dialogue interculturel.

La diversité culturelle enrichit tous les jours notre vie de mille façons. Elle renforce également le sentiment d’identité et les droits fondamentaux de l’homme. La diversité culturelle qui nous entoure aujourd’hui trouve son origine dans les milliers d’années d’interaction entre l’homme et la nature et entre des hommes ayant différentes coutumes, croyances et modes de vie. Il nous incombe, en tant qu’héritiers de ce bien inestimable de faire en sorte qu’il se transmette aux générations futures.

L’UNESCO avance sur plusieurs fronts pour mettre en œuvre les principes et le plan d’action de la Déclaration visant à promouvoir le dialogue entre cultures et civilisations. L’une de ses principales thèses est que la diversité culturelle suppose l’existence préalable d’une succession d’échanges n’excluant pas le renouvellement et l’innovation mais tout de même attachée à la tradition, sans prétendre conserver un ensemble figé de comportements, de valeurs et d’expressions. Dans cet esprit, plusieurs programmes de recherche ont tenté de mettre en lumière les forces positives et négatives qui façonnent la diversité culturelle, passée et présente.

Retrouver les itinéraires de l’esclavage

La traite des esclaves, qui a duré plus de trois siècles, l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’homme, a forgé des liens puissants et ambivalents entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Depuis 1994 le projet sur Les routes de l’esclavage explore ce passé commun. Parmi les informations et le matériel didactique révélés par ce projet se trouvent des portulans ou cartes commerciales illustrant les grands itinéraires de la traite et l’évolution des flux de la déportation, entre les 15ème-16ème siècles et le 19ème. D’autres matériels et perspectives éducatives ont été produits dans le cadre du Réseau du système des Écoles associées (p. 36), au titre du projet phare « Briser le silence ».

Les îles, carrefours culturels

Dans l’esprit populaire les petites îles sont lointaines et isolées sur le plan culturel, ce qui est en quelque sorte paradoxal. L’histoire des îles Caraïbes et de la Méditerranée, de l’Atlantique, du Pacifique et de l’océan Indien témoigne, au contraire, de la richesse des échanges sociaux et culturels que les petites îles ont offerts au reste du monde. De fait, il serait bien plus juste de les voir comme de grands carrefours d’interactions entre les cultures humaines. Ceci trouve un écho dans des projets récents ou en cours de l’UNESCO tels que «  Vaka Moana – Les routes de l’océan  » dans le Pacifique, l’histoire générale des Caraïbes en six volumes (qui décrit l’expérience historique des peuples et des sociétés de la région des Caraïbes depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui) et l’initiative «  La route des esclaves  » aux Caraïbes, dans les océans Atlantique et Indien.  

Une autre initiative – le projet Archives de la traite des esclaves – permet aux pays qui y participent de mieux conserver la documentation originale concernant la traite transatlantique, de faciliter au public l’accès à ce matériel et d’élaborer des bases de données.

De nombreux pays en développement jouent un rôle actif dans la célébration de 2004 comme Année internationale de la commémoration de la lutte contre l’esclavage et pour son abolition, et dans la commémoration à plus long terme du 23 août comme Année internationale du souvenir de la traite des esclaves et de son abolition. Le jour (le 23) et l’année (2004) marquent le bicentenaire du soulèvement de Saint-Domingue et de la création de la première république Noire, celle de Haïti.

Parmi les activités en cours se trouve la consécration de Haïti et d’autres pays comme musées de la traite des esclaves et de l’esclavage ; une exposition itinérante Lest We Forget: The Triumph over Slavery a été préparée, en collaboration avec le Schomburg Center for Research in Black Culture de New York.

Et sur un plan général on envisage de créer à Maurice un Institut international du dialogue interculturel et de la paix.

Les sociétés insulaires jouent le rôle de carrefours culturels. On n’y trouve pas la «  mentalité de la forteresse  » souvent présente dans les grandes métropoles. Les insulaires sont plus ouverts aux influences : ils les absorbent et les régurgitent sous une forme nouvelle… les insulaires sont extrêmement curieux de «  l’ ailleurs  », poussés peut-être par le besoin de fuir le sentiment d’enfermement physique. Cela leur donne une aptitude extraordinaire au changement et à l’adaptation.
Rex Nettleford, University of the West Indies, dans une interview à Sources Unesco (1992)  

La route de l'esclave

La traite négrière est une illustration dramatique de la rencontre entre l’histoire et la géographie. Cette tragédie, qui a duré environ quatre siècles, est l’une des plus grandes entreprises de déshumanisation de l’histoire humaine. Elle constitue une des premières formes de mondialisation. Entreprise commerciale et économique, le système esclavagiste qui en a résulté a lié plusieurs régions et continents : Europe, Afrique, Océan Indien, Caraïbes, Amériques. Elle s’est appuyée sur une idéologie : la construction intellectuelle du mépris de l’homme noir pour justifier la vente d’êtres humains – en l’occurrence l’homme noir africain – comme bien meuble, tel que le définissait le Code Noir, qui en constitue le cadre juridique.

L’histoire de cette tragédie occultée, ses causes profondes, ses modalités et ses conséquences doivent encore être écrites. C’est précisément l’objectif fondamental que les États membres de l’UNESCO ont attribué au projet La Route de l’Esclave. Ses enjeux sont : vérité historique, droits de l’homme, développement. La notion de « route » signifie d’abord et avant tout la mise en lumière des itinéraires de l’humanité, c’est-à-dire les parcours du commerce triangulaire. C’est dans ce sens que la géographie éclaire l’histoire. En effet, la carte du commerce triangulaire, non seulement donne substance à cette première forme de mondialisation, mais éclaire par ses parcours les motivations et les objectifs du système esclavagiste.

Ces cartes de la traite négrière ne sont qu’une première ébauche, sur la base des données historiques disponibles du commerce triangulaire et de l’esclavage et devront être complétées au fur et à mesure que les réseaux thématique de chercheurs établis par l’UNESCO mettront à jour, par l’exploitation des archives et de la tradition orale, les couches profondes de l’iceberg négrière est la matière invisible des relations entre l’Afrique, L’Europe, L’Océan Indien, les Amérique et les Caraïbes.

Doudou Diene
Directeur de la Division du Dialogue Interculturel

 

Supply source of the trans-Atlantic slave trade
Bambara Ashanti Arada
Yoruba e Benin f Bobangi
g Loango h Kongo i Ndongo
j Mbundu k Ovimbundi l Lunda
m Makua
Personnages historiques ayant lutté contre la traite négrière et l'esclavage ou ayant été esclaves
ou descendants d'esclaves (Saint Benoît, Pouchkine).
 
1   P. Robeson 2   F Douglass  3   W. E. Du Bois 4   Toussaint Louverture
5   A. Dumas 6   Schoelcher 7   St. Benoît
     Il Moro
8   A. S. Pouchkine

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Population de l'Afrique
Estimation du nombre de déportés du VIIIe à XIXe siècle,
toutes traites confondues : 24 Millions minimum
 

Estimation de la population totale à la moitié du XIXe siècle : 
100 Millions


Ce que la population aurait pu être à la moitié du XIXe siècle : 
200 Millions

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Population et démographie des îles

Si la migration obligée de la traite des esclaves et de l’esclavage a laissé une marque indélébile, en particulier sur le déroulement de l’histoire des îles Caraïbes, d’autres types de mouvements de population vers des îles ou à partir d’îles ont de tous temps caractérisé les petites îles de par le monde. L’interaction entre les populations insulaires et leur identité culturelle a toujours été mouvante, comme l’a souligné un séminaire de l’UNESCO sur les cultures et le développement des îles, organisé à Maurice il y a près d’une quinzaine d’années. Il traitait des relations entre insularité, migration, contacts interethniques et sociétés plurielles, ainsi que des effets de l’insularité eu égard à l’échelle et aux distances.

Ces problèmes font fréquemment l’objet de réflexion dans les activités de terrain menées par l’UNESCO à l’interface des populations, des ressources et du développement. Ce fut le cas à la fin des années 1970, par exemple, du programme l’Homme et la biosphère (MAB) et de ses projets pilotes aux Fidji orientales et aux Caraïbes orientales, ou plus récemment dans le cadre du programme de Gestion des transformations sociales (MOST), ou encore dans les travaux de suivi sur la population et les migrations dans le Pacifique Sud. Ces études ont précisé que la migration est l’un des phénomènes qui influencent le plus profondément les transformations (au sens social, politique et économique) des petits États insulaires en développement. On pense alors à l’expression de l’économiste J. K. Galbraith, qui a qualifié la migration de «  plus ancienne défense contre la pauvreté  ».  

Nos langues menacées ...

La langue est l’une des manifestations de la diversité culturelle. Chaque langue reflète une perception du monde et un complexe culturel singuliers qui témoignent de la manière dont une communauté linguistique a résolu ses problèmes de relation au monde et a formulé son système de pensée, de philosophie et d’interprétation de l’univers qui l’entoure. Chaque langue qui disparaît emporte à jamais un élément irremplaçable de la pensée humaine sous forme d’une de ses multiples variantes.

Il existe quelque 6 000 langues parlées aujourd’hui de par le monde, la plupart d’entre elles sous forme de dialectes. Un tiers d’entre elles environ est parlé dans la zone qui entoure le Pacifique, comportant quelque 1 200 langues austronésiennes (notamment le groupe malayo-polynésien) et quelque 800 langues papoues.

Les travaux de l’UNESCO sur les langues menacées comportent, par exemple, le soutien des efforts pour les décrire et les noter, ainsi que pour les sauvegarder et les maintenir vivantes. À la fin des années 90 un projet était consacré aux langues mélanésiennes. Les activités de suivi visent actuellement à noter ou enregistrer et revitaliser les langues des îles mélanésiennes du Pacifique du Sud-Ouest. On en trouve un compte rendu dans un dossier spécial du numéro d’avril 2004 du nouveau Courrier de l’UNESCO. L’état des langues menacées est présenté de manière approfondie dans l’Atlas des langues du monde menacées de disparaître (1ère publication en 1996, nouvelle édition révisée en 2001).

 ...et les populations autochtones

La menace se fait plus pressante chez les peuples autochtones et minoritaires du monde. Avec l’ensemble du système des Nations unies, l’UNESCO participe aux efforts pour susciter des partenariats en action, dans le cadre de la Décennie internationale des peuples autochtones du monde (1995–2004).

Les communautés autochtones du monde entier mettent aujourd’hui au premier rang de leurs priorités l’exigence de mesures éducatives qui respectent leurs différentes cultures et langues sans toutefois leur interdire de participer aux grands systèmes éducatifs nationaux. La tendance à proposer à la fois la décentralisation et la diversification de l’enseignement débouche sur de nouvelles possibilités d’éducation autochtone assorties de certaines approches innovantes comme l’éducation bilingue inter-culturelle et l’élaboration de programmes et d’établissements éducatifs gérés par les populations autochtones elles-mêmes. Ces questions font l’objet d’une publication récente (2004) intitulée The Challenge of Indigenous Education: Practice and Perspectives.

Toujours en 2004 a été diffusé le CD-ROM Cultural Diversity and Indigenous Peoples, qui réunit plus de 130 textes, photographies, peintures, extraits de films, séquences vidéo et dossiers en diverses langues, provenant de Nouvelle Calédonie, de la Réunion et des îles Salomon.  

La collection UNESCO des musiques traditionnelles du monde relève du programme de l’Organisation pour préserver et revivifier le patrimoine culturel immatériel. Elle sert à diffuser les musiques traditionnelles, populaires et savantes, sacrées, rurales et urbaines, de fête ou de carnaval, qui se manifestent à travers le chant, les instruments de musique ou la danse. Lancée en 1961 en collaboration avec le Conseil international de la musique, la Collection compte plusieurs titres consacrés aux musiques traditionnelles et populaires de petites îles : Bali, Cuba, les Fidji et Salomon (Fataleka et musique Baegu de Malaita) et Vanuatu (Futuna occidentale).  

La diversité linguistique dans le cadre des îles*

  • Micronésie : 22 langues micronésiennes de malayo-polynésien (trois menacées, une disparue),

  • Nouvelle-Calédonie et îles Loyauté : 33 langues malayo-polynésiennes (13 menacées, deux récemment disparues, une en voie de renaissance),

  • Papouasie Nouvelle-Guinée : environ 820 langues locales, dont 240 malayo-polynésiennes (35 menacées, trois disparues) et 580 papoues (plus de 40 menacées, 13 disparues),

  • Îles Salomon (y compris l’archipel de Santa Cruz) : 44 langues malayo-polynésiennes (12 menacées, deux disparues), 10 papoues (une menacée, trois disparues),

  • Vanuatu : 110 langues malayo-polynésiennes (33 menacées, trois récemment disparues).

* Tiré de l’Atlas des langues du monde menacées de disparaître

Inventorier le patrimoine oral et immatériel

La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a été adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO en octobre 2003. Elle vise, entre autres objectifs, à garantir le respect du patrimoine immatériel des communautés, groupes ou particuliers, à y sensibiliser le public, à en promouvoir la reconnaissance mutuelle et à lui assurer la coopération et l’assistance internationales. En juin 2004 Maurice a été le deuxième État membre à ratifier la Convention et d’autres petites nations insulaires devraient la ratifier également dans les mois qui viennent.

Cinq chefs-d’œuvre insulaires du patrimoine immatériel

Cuba. La Tumba francesa, musique de la Fraternité d’Oriente, une fusion des danses populaires françaises du 18ème siècle et de la musique provenant d’une région de l’ancien Dahomey (en Afrique de l’Ouest), apportée à Cuba par des esclaves haïtiens qui avaient été réinstallés dans la partie orientale de l’île après les soulèvements des Haïtiens en 1792.

République dominicaine. L’Espace culturel de la Fraternité du Saint Esprit des congos, de Villa Mella, célébré principalement lors des festivals religieux et des cérémonies funèbres, où les musiciens jouent des tambours à main appelés «  congos  ».

Jamaïque. Le Patrimoine «  marron  » de Moore Town, qui abrita l’une des rares communautés de l’île composée d’esclaves évadés, appelés «  Marrons  », dont les ancêtres avaient fui au début du 17ème siècle et créé des communautés dans les montagnes Bleues et de Johncrow, dans la partie orientale de l’île.

Tonga. Les danses Lakalaka et les discours chantés, généralement considérés comme danses nationales de Tonga, réunissent l’ensemble de chaque communauté pour célébrer le couronnement du monarque, les cérémonies d’inauguration et autres événements majeurs.

Vanuatu. Dessins de sable, non seulement expression artistique séculaire mais véritable moyen de communication entre membres de quelque 80 groupes utilisant des langues différentes, habitant les îles centrales et septentrionales de cet archipel.  

Pour les cultures insulaires, le patrimoine oral et immatériel présente un intérêt particulier : c’est l’ensemble des expressions culturelles et sociales propres à des communautés, qui se transmettent surtout par voie orale. Ces éléments du patrimoine, qui passent d’une génération à la suivante, se modifient avec le temps selon un processus de recréation collective. Étant éphémères, ils sont souvent très vulnérables. Afin de sauvegarder, transmettre et revivifier cette précieuse part du trésor culturel humain, l’UNESCO a créé en 1998 un programme intitulé Proclamation des chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité.

Le programme de la Proclamation reconnaît les sites culturels et les formes traditionnelles d’expression culturelle d’une valeur exceptionnelle. Un site culturel se définit comme un lieu qui concentre des activités culturelles populaires et traditionnelles ainsi que le moment où se produit régulièrement un événement. La forme traditionnelle ou populaire d’expression culturelle peut signifier des expressions orales telles que poème épique, musique, danse, jeux, mythologie, cérémonies religieuses et autres rituels, costumes, artisanat, ainsi que formes traditionnelles de communication.  

Les deux premières proclamations, qui datent de mai 2001 et de novembre 2003 concernaient cinq chefs-d’œuvre de petites nations insulaires en développement. Il est bon de signaler que quatre de ces cinq œuvres comportent un important élément musical, ce qui confirme le rôle central que joue la musique dans les communautés insulaires, passées ou contemporaines. Prises dans leur ensemble, elles soulignent également la fusion des formes culturelles et les liens régionaux et interrégionaux qui unissent les îles, dans de nombreux cas.

Ces chefs-d’œuvre des petites îles attirent l’attention sur certains problèmes et difficultés réels auxquels on est confronté pour maintenir la viabilité et la vitalité du patrimoine mondial oral et immatériel. Chacun des chefs-d’œuvre se heurte aux problèmes et aux difficultés dus à la discrimination ethnique, à l’absence de soutien efficace de la part du gouvernement concerné, à l’influence délétère qu’ont exercée les missions évangéliques concurrentes, au déclin de l’intérêt des jeunes générations, à la course aux formes modernes de divertissement, à la disparition du sens symbolique profond de la tradition et de sa fonction sociale originelle.

Cependant, ces exemples pris dans les petites îles indiquent aussi les mesures que les communautés locales et nationales entament aujourd’hui pour donner un nouveau souffle à la reconnaissance, au statut et à la viabilité de certaines traditions : promouvoir l’introduction des langues locales dans les écoles primaires, inventorier celles qui, parmi les pratiques culturelles, restent vivantes et participent à la vie quotidienne des communautés et des particuliers, créer des centres communautaires dotés de musées et d’ateliers d’artisanat, rassembler une documentation écrite et audiovisuelle, veiller à la protection juridique des œuvres, encourager les initiatives pédagogiques et de sensibilisation à l’école et dans les médias, et enfi n organiser divers types de festivals et d’ateliers.  

Fraternité du Saint Esprit des congos, 
de Villa Mella (République dominicaine), 
l’un des premiers lots de chefs-d’œuvre 
du patrimoine oral et immatériel de 
l’humanité proclamé par l’UNESCO en 
2001 à Paris.  

Protéger le patrimoine culturel matériel

Dans le champ du patrimoine culturel matériel, les efforts de l’UNESCO visent surtout à identifier, protéger et préserver le patrimoine culturel et naturel considéré comme porteur d’une valeur extraordinaire et universelle pour l’humanité.

Adoptée en 1972, la convention compte aujourd’hui 167 États Parties. En cette fi n septembre 2004 la Liste du patrimoine mondial, créée dans le cadre de cette convention comporte 788 sites, dont 611 culturels, 154 naturels et 23 mixtes, situés dans 134 pays. 21 d’entre eux appartiennent à dix petites nations insulaires : Cuba, Chypre, la Dominique, la République dominicaine, Haïti, Malte, St Kitts et Nevis, Sainte Lucie, les îles Salomon et les Seychelles. Parmi les lieux construits se trouvent la Vieille Havane et ses fortifications à Cuba, Paphos et les églises peintes de la région des Trodos à Chypre, la ville coloniale de Saint Dominique en République dominicaine, le parc d’histoire naturelle et la citadelle, Sans Souci et Ramiers à Haïti, la ville de Valetta et les temples mégalithiques de Malte, et le parc national de la forêt de Brimstone Hill à Saint Kitts et Nevis.  

Quant aux sites à la fois culturels et naturels, la liste du patrimoine mondial comporte relativement peu de sites chez les petites nations insulaires en développement ; plusieurs dispositions sont prises pour remédier à ce déséquilibre. En février 2004 une conférence s’est tenue à Sainte Lucie afi n d’élaborer un plan d’action pour le patrimoine culturel des Caraïbes. La conférence était non seulement le point d’aboutissement d’une succession de réunions d’experts et de stages de formation sur le Patrimoine mondial, entreprises dans la région depuis 1995, mais elle marquait aussi la transition vers un Plan d’action plus ambitieux pour les Caraïbes dans les dix ans à venir. Pour la région du Pacifique, une version de la mallette pédagogique sur Le Patrimoine mondial entre les mains des jeunes, sera bientôt mise au point à l’intention des enseignants. Il vise à intégrer l’éducation relative au patrimoine culturel dans l’école. Depuis 1998 le nombre de petits États insulaires du Pacifique, Parties à la Convention, est passé de trois à 13 et plusieurs États se préparent à soumettre des propositions d’inscription à la Liste du patrimoine ou à la « Liste indicative du patrimoine mondial ». On remarquera entre autres activités en cours chez les petites nations insulaires le classement par ordre d’importance de sites de la Route des esclaves.

Ces activités en cours dépendent du renforcement des capacités et de toutes sortes d’activités de formation dans les Caraïbes, le Pacifique et la région de l’océan Indien occidental. Les échanges interculturels sont, eux aussi, favorisés par la logistique et les accords de coopération de la Convention sur le patrimoine mondial. On peut citer en exemple un voyage d’étude effectué par les chefs de Pohnpei, des États fédérés de Micronésie, au parc national de Tongariro en Nouvelle Zélande, qui fut en 1993 le premier bien à figurer sur la Liste du patrimoine mondial selon les critères des paysages culturels.

Sur de nombreux sites du Patrimoine mondial, restaurer et consolider sont
des éléments importants du programme d’action. À Haïti, par exemple, le 
Parc d’histoire naturelle, créé par décret présidentiel en 1978, comporte 
trois monuments datant de la proclamation de l’indépendance de Haïti, au 
début du 19ème siècle : la Citadelle, le palais Sans souci et les bâtiments
de Ramiers.
© UNESCO/Michel Claude  

Promouvoir les entreprises culturelles

Ces dernières années ont été marquées par l’intérêt croissant qu’a suscité l’utilisation des biens culturels comme moyen d’élever le niveau de vie tout en préservant la diversité culturelle et en encourageant la créativité et l’esprit d’entreprise. Parmi les domaines qui se prêtent à l’établissement de telles entreprises comme facteurs de croissance économique et de développement national on trouve les objets d’artisanat, le stylisme, la musique, la publication imprimée et multimédia, la production de films et d’émissions télévisées ainsi que le tourisme autour du patrimoine.

L’action de l’UNESCO en ce domaine a reçu une nouvelle impulsion après le lancement, en janvier 2002, de l’Alliance globale pour la diversité culturelle. L’Alliance réunit 170 partenaires des secteurs public, privé et non gouvernemental, et sert de catalyseur pour stimuler les industries culturelles locales et protéger les droits de propriété intellectuelle. Deux de ses nombreux projets pilotes concernent la musique aux Caraïbes.

Il existe un autre domaine prometteur pour les entreprises culturelles des régions de petites îles, c’est celui qui encourage et soutient la mise en réseau des «  travailleurs en col noir  », modélistes, dessinateurs, photographes et autres créateurs, qui s’habillent souvent en noir, travaillent en indépendants et utilisent l’Internet comme support professionnel. Il s’agit dans ce cas d’unir les groupes de créateurs en une chaîne de production et de commercialisation dans des domaines comme ceux du film d’animation, qui exigent des apports fragmentaires de la part d’acteurs très nombreux.

Sur un plan plus large, l’Organisation internationale du Travail (OIT), la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et l’UNESCO élaborent actuellement le cadre d’une politique intégrée pour le secteur des industries de création, destiné à réduire la pauvreté, améliorer les régimes de droits d’auteur, faciliter la création d’emplois et l’expansion du commerce. Le rôle spécifique des trois organisations est précisé dans la Déclaration sur la promotion des cultures et des industries culturelles des ACP (groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique), adoptée par la première conférence des ministres de la culture des ACP en juin 2003.  

Les industries de création sont parmi celles qui se développent aujourd’hui le plus vite dans l’économie mondiale. Elles recouvrent l’enregistrement sonore, la production musicale et théâtrale, le cinéma, la publication de livres et de journaux, la photo et les autres arts visuels, la radio, la télévision et leur diffusion. Ces industries apportent une valeur ajoutée aux contenus culturels et des revenus aux particuliers et aux sociétés. Elles font appel à beaucoup de connaissances et de personnel, créent des emplois et des richesses, entretiennent la créativité – leur «  matière première  » – et poussent à innover en matière de procédés de production et de commercialisation.

Dans les années 90, les industries de création ont connu une progression foudroyante en termes d’emplois créés comme en termes de produit intérieur brut. On estime qu’ensemble, elles représentent plus de 7 % du PIB mondial et qu’elles sont appelées à progresser de 10 % par an en moyenne.

Il existe toutefois un fossé entre le Nord et le Sud, qui empêche la plupart des pays en développement de récolter les fruits de cette croissance. Comment les petits pays insulaires en développement pourraient-ils relever le défi , c’est une question qui exige une attention particulière et concertée pendant les opérations de révision de Barbade+10 et de son suivi.  

« Ouvrir des perspectives aux musiciens cubains » le projet a été lancé au début de 2004 en collaboration avec l’Institut supérieur des arts (ISA), groupement bien expérimenté de musiciens et d’autres associations nationales cubaines. Il initie des musiciens aux principes de base du droit d’auteur et des droits voisins ainsi qu’aux types de contrats en vigueur dans le domaine musical au niveau national et international. En février 2004 un séminaire de présentation a permis aux étudiants de l’ISA d’acquérir des moyens et des connaissances pratiques pour défendre leurs droits et les aider dans leur carrière.

Au fil des années, même si les musiciens cubains ont acquis la réputation d’être très doués et d’être des professionnels bien formés, il leur manque souvent les connaissances et les outils nécessaires pour fonctionner dans un milieu commercial : il leur arrive d’accepter des engagements contraires aux intérêts de leur vie professionnelle. L’idée d’inclure dans le programme de l’ISA un module de formation aux principes élémentaires du droit d’auteur et des contrats répond au désir d’informer les musiciens en herbe quant aux réalités du milieu professionnel qui sera le leur. Ce projet, élaboré en grande partie par le bureau de l’UNESCO à La Havane, entend généraliser la transmission de ce type de savoir auprès des auteurs, compositeurs et interprètes dans les autres écoles de la région des Caraïbes et de l’Amérique latine.

Toujours aux Caraïbes, l’Alliance globale soutient actuellement l’élaboration d’une stratégie nationale pour l’industrie musicale de la Jamaïque. Il s’agit de créer une industrie plus professionnalisée, dont le gouvernement comprendra mieux les besoins, ce qui servira non seulement les acteurs créatifs qui y participent, mais aussi l’ensemble de l’économie jamaïcaine.

© 2004 Andreas Lukin

   

 

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