Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
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Bilan du projet terrain
Amélioration de l'hygiène et des conditions environnementales, Yeumbeul, Sénégal

Date du bilan : 19 décembre 2001.
Bilan terminé le : 13 mai 2002.
Bilan réalisé par :

M. Philippe MacClenahan, Consultant UNESCO (sans lien spécifique avec le projet) ; M. Alioune Kane, responsable des Diplômes d’Etudes Approfondies (DEA) Chaire UNESCO, Université Cheikh Anta Diop (UCAD) ; M. Tandjia, responsable du projet, Département d’Hydrogéologie, UCAD ; M. Mamadou Moustapha Ndoye, étudiant en DEA de sociologie, UCAD.

Documentation :
  1. Enquête sur les différents usages domestiques de l’eau dans la zone périurbaine de Yeumbeul : gestion locale et stratégies d’optimisation, Amadou, Bélal Diawara, Rapport de DEA.
  2. Les stratégies d’interventions de structures communautaires et administratives dans la protection de la nappe phréatique à Yeumbeul, Sénégal, Marlin Kaspasgoul Gomis, 2000, Rapport de DEA.
  3. UNESCO, 1997. Qualité de l'eau de la nappe phréatique à Yeumbeul, Sénégal, CSI Info 3, Paris, 27 pp.
Activités :
  1. Rencontre avec le Grand Serinj de Dakar, M. Ndiaga Yade, Conseiller municipal et représentant de la Chefferie traditionnelle.
  2. Réunion avec les responsables du Centre communautaire sur les technologies d’amélioration de la santé (CCTAS),  M. El-Hadji Cheikh Tidiane Thiam, chercheur principal, fonctionnaire détaché du gouvernement; M. Papa Alboury-Ndiaye, responsable communautaire et gestionnaire; M. Alioune Bianquich,  tradipraticien (un tradipratitien est un médecin traditionnel soignant à l'aide de plantes médicinales) - responsable principal; Latyr Kote, tradipraticien résidant.
Contraintes : Le responsable du projet pilote n’a pu participer à la discussion finale à la fin de la visite. Il n’a pas été possible de rencontrer d’autres partenaires, tels que l’ONG Environnement et Développement Tiers Monde (ENDA).

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Bilan de projet terrain
 

La présente évaluation discute des activités du projet à ce jour selon plusieurs paramètres ou caractéristiques de « pratiques éclairées » sur le long terme

L’échelle qualitative suivante est utilisée :

Nullement : les activités du projet de terrain actuellement ne remplissent pas cette caractéristique, et/ou la caractéristique ne s’applique pas à ce projet.
Légèrement : les activités du projet commencent d’une certaine manière à satisfaire cette caractéristique.
Partiellement :: les activités du projet satisfont de manière significative la caractéristique.
Entièrement : les activités du projet remplissent la caractéristique.

Cette évaluation repose uniquement sur les activités entreprises jusqu’à ce jour et n’inclue pas les activités prévues dans le futur.

Les activités du projet ont-elles assuré un bénéfice à long terme ?  

Partiellement

Toutes les interventions visent l’amélioration des conditions de vie et sanitaires des populations du quartier de Yeumbeul. Les populations ont pu bénéficier d’un important programme de branchements sociaux qui a permis à plusieurs concessions d’avoir accès à l’eau du robinet. L’eau est traditionnellement collectée dans des puits qui sont souvent contaminés par les effluents humains. Ces nouveaux branchements contribuent à une alimentation en eau potable plus fiable à long terme.

Les activités du projet contribuent au développement des moyens et au renforcement institutionnel ?

Partiellement

Le projet renforce la capacité de négociation des populations pour obtenir d’autres programmes comme les branchements sociaux au réseau de distribution et demander l’extension des systèmes d’assainissement. 

L’objectif du gouvernement est de fournir « des branchements sociaux » à l’eau du robinet. Mais pour en bénéficier, les maisons doivent se situer à proximité du réseau d’adduction et la population doit apporter une contribution financière. Mais 53% des habitants connectés ne parviennent pas à honorer correctement leurs factures d’eau, ce qui entraîne des coupures d’eau et des payements de pénalités lorsque l’approvisionnement est rétabli. 

Une étroite collaboration de l’équipe universitaire avec le CCTAS a permis d’améliorer les connaissances sur l’approvisionnement en eau et les conditions environnementales, lui permettant ainsi de mieux cadrer ses interventions.

Les activités du projet sont-elles durable ?  Partiellement
En contribuant  à la connaissance de la qualité de l’eau souterraine dans la zone de Yeumbeul, et en apportant des conseils sur la manière d’améliorer sa qualité, le projet  aide à prévenir davantage de détérioration des aquifères communicants dans la zone de Yeumbeul. Ceci assure des réserves en eau aujourd’hui et préservées pour le futur. 

L’objectif du CCTAS est que la population gère et entretienne ses projets et ses structures liés à l’eau. Par exemple, les problèmes de santé sont autogérés par l’apport de financement de la part des populations qui deviennent membres de l’association pour bénéficier de soins médicaux. Le Centre couvre aussi par ses ventes jusqu’au trois-quarts des besoins en budget de fonctionnement.

Les activités du projet ont-elles été transférées ?

Nullement

Les activités du projet n’ont pas encore été transférées.

Les activités du projet sont-elles interdisciplinaires et intersectorielles ?

Entièrement

La collaboration entre l’Université (UCAD), les ONG, et les Associations Communautaires a eu lieu petit à petit pendant les rencontres sur le terrain. Les ONG et l’Université s’adressent aux mêmes populations et souvent aux mêmes organismes (y compris l’UNESCO). Des résultats concrets de cette collaboration sont visibles : (1) L’Université, à travers la Chaire UNESCO, encourage les étudiants à étudier certains aspects scientifiques comme l’état de la pollution, la mesure des niveaux de la nappe, le niveau des parasitoses, ce qui implique au moins trois domaines scientifiques : hydrogéologie, parasitologie et sociologie ; (2) ENDA a les moyens de réaliser certaines actions comme les « branchements sociaux » et la construction de latrines étanches; (3) Les Associations Communautaires assurent la diffusion des informations lors de séances de restitution et apportent un soutien matériel en mettant des locaux et équipements de travail à la disposition des intervenants.  

Le CCTAS se positionne à l’articulation des savoirs traditionnels et des connaissances scientifiques. Il est coordonné par un conseil scientifique et fonctionne par groupes de travail dont celui sur l’eau qui vise à sensibiliser aux usages et à la qualité de l’eau. D’autres groupes s’intéressent à l’intercommunalité et à l’usage des plantes médicinales traditionnelles. ENDA Economie Populaire (ECOCOP) utilise les résultats des recherches des scientifiques sur l’analyse de la qualité de l’eau pour la mise au point et la construction de latrines, comme par exemple les tranchées et réservoirs étanches. Il y a un bénéfice mutuel dans cette collaboration.

Les activités du projet incorporent-elles un processus de participation ?

Partiellement

Au début du projet, l’équipe a contacté ENDA-ECOCOP qui ensuite a approché les délégués locaux et les communautés. Ces groupes ont aidé les scientifiques a accéder au puits choisis pour l’étude. Les populations participent aussi à l’exécution des travaux de recherche sur le terrain et aident à l’organisation de toutes les réunions. Les conseillers municipaux et les maires sont aussi conviés à toutes les réunions.  

Les activités du projet contribuent-elles à l’établissement d’un consensus ?

Légèrement

La population de Yeumbeul est très hétérogène aussi bien du point de vue des groupes ethniques que du niveau de vie. D’où le problème de l’accès à l’eau potable pour les communautés les plus pauvres et qui s’approvisionnent à partir de puits traditionnels dont nombre sont pollués. Les propriétaires les plus riches installent des fosses septiques pour leurs maisons sans prendre en compte les conséquences possibles des fuites sur les puits traditionnels des maisons voisines. Il n’y a donc pas de consensus sur le partage et la bonne gestion  des ressources en eau.

Les activités du projet intègrent-elles un processus de communication réel et efficace ?

Partiellement

En rapport avec les Associations communautaires et les mairies d’arrondissement de Yeumbeul, l’équipe de recherche de l’UCAD en partenariat avec ENDA-ECOPOP ont entrepris une série de rencontres périodiques avec les populations. A l’occasion de ces rencontres, l’équipe restitue les résultats montrant les paramètres de qualité de l’eau et reçoit les commentaires des groupes communautaires. Les populations prennent ainsi conscience de leur propre rôle dans la dégradation de la qualité de la nappe phréatique et de leur environnement et comment elles peuvent y remédier. Toutefois, de nombreuses associations communautaires ne collaborent pas entre elles.   

Les activités du projet sont-elles respectueuses de la culture ?

Entièrement

Chercheurs et étudiants respectent et acceptent les coutumes et comportements des populations, par exemple comme la visite de courtoisie rendue lors du présent bilan à la famille de M. Yade, le Grand Serinj de Dakar. Les savoirs des tradipraticiens, en particulier en matière de plantes médicinales, sont au coeur de l’économie du Centre, CCTAS, puisque les remèdes sont conditionnés et vendus sur place. 

Les activités du projet prennent-elles en compte les questions liées aux genres (féminin/masculin) ?

Partiellement

Les jeunes et les femmes jouent un rôle important dans l’exécution des activités du projet : ils participent à la sensibilisation et aident au transport de petit matériel d’une concession à l’autre, par exemple à l’aide de carrioles pour emporter les déchets lorsque les rues sont inaccessibles aux véhicules. Les femmes jouent aussi un rôle important dans le conditionnement des plantes médicinales.  

Les activités du projet renforcent-elles les identités locales ? 

Partiellement

En termes d’utilisation des plantes médicinales, les tradipraticiens maintiennent le savoir traditionnel tout en l’incorporant dans la pharmacopée et la pratique de la médecine moderne, renforçant ainsi les identités locales. 

Les activités du projet façonnent-elles la politique légale nationale ?

Légèrement

Les chercheurs travaillent directement avec les responsables locaux, qui en raison de la décentralisation sont entièrement responsables des questions environnementales. Toutefois, les activités ne façonnent pas la politique légale nationale.

Les activités du projet intègrent-elles la dimension régionale ?

Légèrement

La dimension régionale, c’est à dire au delà du Sénégal, n’est pas prise en compte. En terme de dimension régionale dans le pays même, les sources d’approvisionnement en plantes médicinales ne sont pas limitées au jardin de Yeumbeul puisque le CCTAS dispose de plantations dans l’est du Sénégal.  

Les activités du projet contribuent-elles aux Droits de l’homme ?

Partiellement

Les initiatives d’amélioration de la qualité de l’eau et par là de la santé des populations répondent à l’article 25.1 de la déclaration universelle des droits de l’homme)[1].   

Les activités du projet ont-elles été documentées ?

Entièrement

Les activités du projet ont été entièrement documentées ; voir la liste des documents consultés indiquée au début du présent bilan.

Les activités du projet ont-elles été évaluées ?

Nullement

Ceci est le premier bilan.

[1] Article 25.1 : « Chacun a le droit à un niveau de vie suffisant pour la santé et le bien être de sa personne et de sa famille, y compris la nourriture, les habits, l'habitation et les soins médicaux et services sociaux de base, et le droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'handicap, de veuvage, de vieillesse et autres manques dus à des circonstances en dehors de son contrôle ».

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Synthèse des questions principales à l'issue du bilan 

  1. Il faut continuer le travail afin que tous les membres de la population, riches et pauvres, comprennent bien les problèmes liés à la pollution, à la contamination de l’approvisionnement en eau ainsi qu’aux problèmes de santé qui en résultent et comprennent le besoin de partager et gérer de manière éclairée les ressources en eau.

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Activités futures revues   

  1. Une étude a démarré à la fin de 2001 pour renouveler les analyses chimiques et bactériologiques afin d’établir s’il y a eu des améliorations des conditions environnementales et de santé des populations depuis la construction des puits et des installations sanitaires. Si l’amélioration est constatée ceci apportera une justification importante au partage et à la gestion éclairée des ressources en eau.
  2. Formaliser la collaboration entre l’UCAD et le CCTAS pour assurer la continuité des interventions avec les autres acteurs.
  3. Avec l’aide d’un coordonateur et d’un groupe de travail, améliorer la gestion des activités de l’UCAD.
  4. Poursuivre la recherche, avec une thèse en sociologie (par M. Mamadou Moustapha Ndoye) ainsi qu’un DEA en collaboration avec le M. Yémou Dieng de la Faculté de Pharmacie et de médecine.
  5. Transférer certaines des leçons tirées, par exemple l’approche de collaboration à d’autres secteurs périurbains de Dakar et l’expérience de développement et de gestion d’un jardin pharmaceutique à d’autres centres au Sénégal.
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