Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
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Thème 1
PROBLÉMATIQUE DE L'OCCUPATION DE L'ESPACE ET DE LA GESTION DES AMÉNAGEMENTS HYDRO-AGRICOLES DANS LE DELTA DU FLEUVE SÉNÉGAL

Préambule
Démarche et méthodologie
Objectifs
Introduction
I - L'occupation de l'espace
II - La gestion des aménagements hydro-agricoles
III - Impacts des aménagements
Discussions et recommandations
Liste des acronymes
Annexe: Prises de vue concernant les aménagements agricoles dans le Delta du fleuve Sénégal, l'estuaire du fleuve et le barrage de Diama

PRÉAMBULE

Les sorties pédagogiques organisées sur le terrain depuis l'année dernière se placent dans le cadre de la formation des étudiants en DEA de la chaire UNESCO/UCAD sur "la gestion intégrée et le développement durable des régions côtières et des petites îles". La sortie organisée dans le delta du fleuve Sénégal, en avril 1998 se situe également dans ce contexte. Elle permet de démontrer de manière pratique sur le terrain certaines méthodologies qui ont été développées au cours des enseignements théoriques dispensés dans le cadre du DEA de la chaire UNESCO/UCAD.

Le thème sur lequel a porté notre réflexion durant la sortie sur le terrain dans le delta du fleuve Sénégal s'intitule: "Problématique de l'occupation de l'espace et de la gestion des aménagements hydro-agricoles dans le delta du fleuve Sénégal".

Des visites ont été effectuées, en l'occurrence, au niveau de certains sites aménagés dans le delta du fleuve Sénégal et dans un certain nombre de villages concernés par la mise en valeur et la gestion des aménagements hydro-agricoles. Le présent rapport constitue un cadre de réflexion et d'analyse relatives aux problèmes d'environnement, de planification et d'aménagement du territoire soulevés par les relations entre l'occupation de l'espace, son utilisation et la gestion de l'environnement. Ce dernier est considéré ici suivant trois dimensions: écologique (ou physique), économique et sociale.

Il ne s'agit pas d'une étude exhaustive puisque les thématiques identifiées (à cause de leur complexité et de leur actualité) nécessitent une analyse beaucoup plus approfondie. Cependant, les sujets abordés dans ce rapport entrent dans le cadre du concept du développement durable (conciliation entre croissance économique et prise en compte de l'environnement à une échelle locale, voire régionale). En définitive, cette étude a été facilitée par les différentes personnes-ressources que nous avons rencontrées lors de nos visites sur le terrain. Nous tenons ainsi, à travers ces quelques lignes à leur exprimer notre profonde gratitude pour leur disponibilité. Nous remercions:

- l’ensemble de nos interlocuteurs au niveau des sites aménagés et des aires protégés, en particulier, M. Seck de AGRINORD, M. Ndiaye du Parc de Djoudj, les techniciens du barrage de Diama, les responsables du CIFA;
- l’ensemble de nos interlocuteurs au niveau des villages: M. Amadou Lamine Ndiaye, de Kassack nord, M. Sy de Savoigne et son ouvrier M. Kande.

Nos remerciements vont aussi à l'endroit de :

- M. le Doyen de la faculté des lettres et sciences humaines, le Prof. M. M. Sall;
- responsable de la chaire UNESCO/UCAD, le Prof. E. Salif Diop, sans qui la sortie n'aurait pu avoir lieu;
- MM. A. Kane et A. Bâ, maîtres-assistants au département de géographie de la FLSH de l’UCAD, pour l'encadrement sans faille dont ils ont fait montre sur le terrain;
- M. Sall, étudiant en licence de géographie à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis pour l’accueil hospitalier qu'il nous a réservé;
- Aboubacar Bâ, le chauffeur de la FLSH, pour toute sa compréhension;
- toutes les personnes-ressources rencontrées au PNOD, au barrage de Diama, à Savoigne, à AGRONORD.....qui ont aidé à la réussite de cette sortie pédagogique sur le terrain.

Malgré tout le soin apporté à la rédaction de ce rapport, des imperfections subsistent. Les critiques, remarques, suggestions, correctifs allant dans le sens de l'amélioration de ce document nous seront donc d'une grande utilité.

DÉMARCHE ET MÉTHODOLOGIE

Elle comporte cinq étapes:

1. La recherche documentaire
Elle a permis le choix des sites visités et la collecte des données secondaires.

2. Les visites
Elles ont été faites sur la base de plans d'entretien spécifiques.

2.1. Au niveau des sites aménagés: les visites ont toujours débuté par un exposé suivi de débats et elles se sont terminées par un examen des installations. Ce qui permettait de procéder à des observations directes.

2.2. Au niveau des villages: il s'agissait surtout d'entretiens semi-structurés de groupe avec des responsables des zones considérées (chefs de village, notables, dirigeants d'associations, etc.). Là aussi, des observations directes ont été aussi réalisées lors des déplacements dans les villages.

3. Les restitutions journalières
Chaque soir, une séance de travail réunissait l'ensemble des participants afin d’échanger des impressions et des informations à l'issue des visites de la journée.

4. La synthèse générale
Elle a été réalisée avec l’ensemble de l’équipe et a permis de dégager les idées forces et la structure du rapport.

5. La rédaction du rapport
Ce rapport a été finalisé par I. Mbaye et T. Ndour. Il a été revu et corrigé par A. Kane, A. Bâ et E. S. Diop.

OBJECTIFS

Les visites qui ont été réalisées sur le terrain nous ont permis:
1. de mener une réflexion sur l'impact des aménagements hydro-agricoles (et plus particulièrement l’impact du barrage de Diama) sur l'environnement fluvio-deltaïque du Sénégal (Fig. 1).
2. de procéder à un diagnostic sur l'état de dégradation des écosystèmes fluvio-deltaïques du Sénégal.

INTRODUCTION

Le Nord du Sénégal a subi durant ces dernières années d'importantes modifications, sous l'action de la sécheresse, d'une part, et, d'autre part, de l'artificialisation de tout le système hydrologique avec l’édification et la mise en eau des barrages de Diama en aval, et de Manantali en amont (Fig. 1).

Les changements survenus avec ces deux ouvrages hydrauliques n'ont pas manqué d'avoir des conséquences sur le plan agricole, écologique et sanitaire. Mais, comment se présente le cadre physique et humain du delta du fleuve Sénégal?

1. Caractéristiques du milieu physique
Sur le plan géomorphologique, le delta du fleuve Sénégal, de topographie basse est essentiellement constitué de plaines (parfois inondées) et de bas plateaux. Cependant, l'élément caractéristique du paysage demeure l'étendue des dunes rouges continentales appelées "ogoliennes", qui s’estompent progressivement vers le littoral où elles cèdent la place à des cordons littoraux sableux plus récents.

Le climat est soumis à un régime sahélien à faible pluviométrie. La diminution de la pluviométrie s'accompagne d'une grande variabilité inter annuelle et d'un raccourcissement de la saison des pluies de 4 mois à 2 ou 3 mois suivant les années.

Au point de vue hydrologique, le fleuve Sénégal constitue le principal réseau d'eau douce. Les deux barrages (Diama et Manantali) qui ont été construits afin de remédier aux difficultés entraînées par la baisse de la pluviométrie et la sécheresse ont complètement bouleversé la dynamique naturelle du fleuve. Aujourd'hui, en amont du barrage de Diama, les eaux sont douces tout au long de l'année; alors qu'au début des années 80, l'invasion saline pouvait remonter jusqu'à Podor, à 250 kilomètres plus en amont. En aval, l'estuaire est alternativement envahi par les eaux marines après la fermeture du barrage de Diama en fin de crue. Mais, jusqu'à présent, l'ouverture périodique des vannes a empêché, par simple dilution, une sursalinisation des eaux sous l'effet de l'évaporation. L'examen de la carte végétale du territoire nord sénégalais et plus précisément du delta du fleuve, fait ressortir un contraste régional entre le secteur du littoral et celui continental de l'intérieur.

Au niveau du littoral, les formations végétales caractéristiques sont la mangrove, la steppe et la végétation relictuelle des " Niayes " - dépressions interdunaires inondées par la nappe phréatique. Par contre, plus à l'intérieur s'individualise en général une steppe arborée. Les espèces ligneuses, le plus souvent des épineux, dominent les plantes herbacées clairsemées ainsi que les buissons d’euphorbiacées. Dans la vallée du fleuve Sénégal et plus particulièrement dans le cours inférieur, la végétation climacique est constituée par une forêt de gonakiés (Acacia nilotica).

La carte pédologique révèle dans l'ensemble deux catégories de sols: les sols zonaux et les sols azonaux. Parmi les sols zonaux, on distingue les sols subarides (sols bruns à brun-rouges), qui se développent sur un substrat sableux ou sablo-argileux et parfois même sur quelques affleurements de roches calcaires et de marnes auxquels s’ajoutent les sols ferrugineux tropicaux (sols diors). Quant aux sols azonaux, il s'agit essentiellement des sols hydromorphes (sols engorgés d'eau en raison d'une submersion temporaire tels qu’on les retrouve dans les " Niayes ", le delta et l'estuaire du fleuve Sénégal) et des sols halomorphes ou salés.

2. Le cadre humain
Il se caractérise par une mosaïque d'ethnies où dominent en général les peuls. Les populations s'adonnent à des activités assez diversifiées dont les plus caractéristiques sont: l'agriculture (y inclus le maraîchage), l'élevage et la pêche. Cependant, avec les mutations intervenues dans cette zone (construction du barrage de Diama), on assiste à l'émergence de conflits potentiels entre ces différents secteurs d'activités.

I - L’OCCUPATION DE L'ESPACE

Deux types d'occupation de l’espace ont été identifiés dans le delta du fleuve Sénégal: une occupation traditionnelle et une occupation moderne.

1. L'occupation traditionnelle
L'occupation traditionnelle du delta du fleuve Sénégal n'a pas été fortuite. Elle a été déterminée par l'existence d'un certain nombre d'activités comme l'élevage, l'agriculture et la pêche. L'élevage était surtout pratiqué par les peuls. Par contre, la pêche et l'agriculture de subsistance du dièri étaient les principales activités des walo-walo. Autrefois, le delta était une zone presque vide avec des densités de population très faibles, de l'ordre de 1 à 5 habitants au kilomètre carré. Selon nos interlocuteurs de Kassack nord (village situé à plus d'une vingtaine de kilomètres de Ross-Béthio), c'est seulement en 1981 que les populations se sont fixées près des casiers rizicoles. En provenance de la rive gauche du fleuve Sénégal, aux environs de Podor, ces populations ont commencé à exploiter les terres depuis 1988, s'adonnant par ailleurs à l'élevage. Selon l'entretien que nous avons eu avec M. Sankharé de la Direction touristique, l'île de Saint-Louis héberge depuis 1659 les compagnies françaises et s'appelait alors île de Ndar. C’est depuis cette date qu’elle porte le nom de Louis XIII, alors que Guet-Ndar existait déjà depuis longtemps avec une population dont l'activité principale reposait sur la pêche.

Le pont Faidherbe, toujours selon M. Sankharé, a été construit en 1857 en remplacement d'un pont flottant. Il a été inauguré par André Lebon. En fait, les compagnies françaises, à partir de 1659, remontaient le fleuve jusqu'à Ngalam pour faire du commerce. Elles échangeaient des étoffes, de la quincaillerie, de l'alcool, des armes contre de la gomme, de l'ivoire, des plumes d’autruche et des esclaves.

2. L'occupation " moderne ": le cas des colonats, des daaras et de l'agro-business
L'intensification de la mise en valeur du delta du fleuve Sénégal est inhérente en grande partie aux aménagements de la SAED et à la construction du barrage de Diama. De nouvelles vagues de colonisation des sites traditionnels ont été observées, notamment avec les colonats, les daaras et l'agro-business.

2.1. Les colonats

Ils constituent une forme d'occupation de l'espace contemporaine des aménagements hydro-agricoles. Il s'agit de villages de colonisation, nés de l'initiative de la SAED dans sa phase expérimentale de développement de la riziculture. Les populations sont d'origine diverse, mais proviennent en majorité du Fouta. Les habitations, de style sahélien sont en forme oblongue (rappelant les anciennes habitations des cités de Tombouctou et de Djenné), certainement pour se protéger contre les effets contraignants des vents de sable. Les colonats que nous avons visités sont à Savoigne, Boudoum-barrage et Kassack nord. Savoigne est un village de colonisation, situé à 27 km environ de Saint-Louis. Ici, les premiers colons, souvent d'origine assez lointaine (Sine par exemple) se sont installés comme exploitants de casiers rizicoles.

De cette première vague de colonisation à laquelle appartiennent des exploitants individuels, comme c’est le cas de M. Sy qui fut étudiant de géographie à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. M. Sy dispose aujourd’hui d’une exploitation de quelques 7 ha. Il s'agit d'une exploitation essentiellement rizicole basée sur l'irrigation. Toujours selon M. Sy, les colons sont soit des " déflatés " de la fonction publique, soit des agents qui ont opté pour des "départs volontaires" ou de simples investisseurs dans le cadre de l'après-barrage. Il ne s’agit donc pas forcément de techniciens de l'agriculture, mais plutôt d’entrepreneurs décidés à faire fructifier leurs capitaux. De cette première vague de colons provient aussi M. Seck, un ancien contremaître de la SOCAS. M. Seck est aujourd’hui le propriétaire de la Société AGRINORD et exploite quelques 600 ha de terres dans le delta. A Kassack nord, nos interlocuteurs nous ont informé que leur sédentarisation en 1981 est liée pour une grande part à la construction de logements par la SAED. Il s'agit aujourd’hui de migrants définitifs qui ont trouvé dans le delta des terres de riziculture dont elles étaient à la recherche. A Boundoum-Barrage (localité située à 69 km de Saint-Louis), notre interlocuteur nous a révélé que c'est en 1967 que les populations (originaires de Saint-Louis, voire de Thiès et autres agglomérations plus lointaines) se sont définitivement installées sur place grâce aux logements construits par la SAED. Les premiers habitants étaient des peuls qui s'adonnaient à l'élevage. La deuxième vague de colonisation a suivi les aménagements de la SAED avec l'édification du barrage de Diama qui a permis en particulier un approvisionnement régulier en eau douce du bas delta du fleuve Sénégal. D'après notre interlocuteur, M. A. L. Ndiaye, l'ensemble des superficies exploitées dans le Boundoum ne dépasse pas 1200 ha. Les récoltes sont en grande partie destinées à la consommation et l'excédent est commercialisé.

2.2. Les daaras

Ce sont des concessions religieuses exploitant des casiers rizicoles, aménagés par la SAED. La main-d'œuvre est constituée d'élèves des écoles coraniques (les talibés); elle ne réside que très temporairement sur les lieux. Il s'agit de daaras de la "confrérie mouride" appartenant à Serigne S. Mbacké et à Serigne M. B. Mbacké. Ces daaras sont situés dans le moyen delta, à quelques encablures de Ross-Béthio. Les activités rizicoles des daaras sont fonction des pompages d'eau dans les stations d’exhaure de la SAED. Les disciples (talibés) que nous avons trouvés sur les lieux étaient au nombre de cinq. D'après les informations que nous avons pu recueillir auprès du plus âgé, du nom de Dieng, c'est le marabout qui négocie avec la SAED les modalités pour le ravitaillement en eau douce des casiers rizicoles. Les disciples dont le nombre augmente considérablement durant les périodes d'activités rizicoles, constituent la main-d'œuvre par excellence. Les daaras, qui sont assez nombreux dans le delta, exploitent de vastes superficies pour les besoins en riz pour la consommation, mais aussi pour le grand magal de Touba (ville religieuse, située dans la région de Diourbel). Il s’agit donc de productions importantes de riz. Au total, les daaras appartiennent à la deuxième génération de colonisation avec de grands producteurs à l'image des marabouts.

2.3. L'Agro-business

Elle correspond à une nouvelle forme d'occupation et d'utilisation de l'espace dans le delta du fleuve Sénégal. On y distingue des propriétés individuelles et des sociétés industrielles. Les premières semblent donner la priorité à la riziculture tandis que les secondes s'intéressent plutôt au maraîchage (oignons, tomates, etc.).

La filière rizicole a bénéficié, depuis l'installation de rizeries à Richard-Toll et Saint-Louis, de la création de petites unités de décorticage d'une capacité de 50 à 100 tonnes. Ces unités industrielles ont contribué à l'essor de la riziculture dans le delta et ont favorisé l'introduction de plusieurs variétés. Selon M. Sy, la riziculture pratiquée dans les parcelles individuelles s'effectue avec une variété d'origine thaïlandaise qui dure 4 mois; une variété aïkape qui dure moins de 3 mois et une variété IR1529 qui exige 5 mois. M. Sy s'adonne aussi au maraîchage avec la culture du gombo, de l'oignon, dont les cycles varient de 2 à 10 mois. Tout au début de ses opérations d’exploitation, M. Sy nous a signifié qu'il travaillait avec ses propres fonds avant d'entrer en contact avec la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA) dont l’un des objectifs est d’octroyer des prêts aux producteurs à des taux avantageux.

La présence de la SNTI et de la SOCAS ont facilité l'essor de la tomate dans le delta. Actuellement seule la SOCAS est fonctionnelle. La filière de la canne à sucre assure une production moyenne de 6 à 10.000 tonnes avec près de huit à dix mille ouvriers permanents ou temporaires. Cette culture de la canne est essentiellement pratiquée dans les casiers de Richard-Toll.

Pour la filière de la tomate, la SOCAS est la première unité qui a procédé à des aménagements sur des dunes ogoliennes. Elle utilise des pompes capables d'irriguer 100 ha en 24 heures sur un rayon de 600 m. Il ressort aussi des propos de M. Sy que la SAED ne gère actuellement que l'eau qu'elle paie à 49.000 F CFA/ha. La distribution de l'eau douce se fait sous forme de canaux secondaires d’adduction à partir du canal principal de la SAED avec l'usage d'une motopompe. Grâce à ses canalisations personnelles, M. Sy ne paie que le quart (1/4) de ce qu'il devrait payer à la SAED c'est à dire 49.000/4 = 12.250 F CFA. La motopompe de M. Sy comporte deux cylindres pouvant alimenter 25 ha, moyennant 500 F CFA/ha qui doivent revenir à l'OMVS. Elle est donc sous-utilisée.

L'agro-business est surtout perceptible avec AGRINORD. C'est l'exemple typique d'une exploitation moderne, qui utilise des pivots pour l'arrosage (existence de grands périmètres irrigués de quelques 600 ha environ , à l’instar de ceux de M. Seck (Fig.2). Avec la présence du CIFA (Centre Inter professionnel pour la Formation aux métiers d'Agriculture), on a affaire à un type d'agriculteur tout à fait différent de celui des années passées. Ce centre est installé à Ndiaye et se singularise par l'importance de sa bibliothèque et de son centre d'alphabétisation. La documentation offre toute sorte de cartes concernant la basse vallée du fleuve Sénégal (population, capacité de décorticage, groupements existants, utilisation de l'eau dans la vallée du fleuve Sénégal, de Saint-Louis à Dagana, zones d'intervention de la SAED...).

II - LA GESTION DES AMÉNAGEMENTS HYDRO-AGRICOLES

1.  L’intervention des sociétés d'encadrement
L'agriculture irriguée, principalement la riziculture est une pratique étrangère aux techniques culturales locales. C'est pourquoi sa gestion a été confiée à des sociétés d'Etat, dont la plus importante demeure la SAED. L'intervention de la SAED consistait en l'aménagement des casiers rizicoles, à la fourniture d'intrants ainsi qu'à la formation du paysan.

Avec l'édification du barrage de Diama, l'approvisionnement en eau douce est assuré dans les casiers rizicoles. Situé à 27 km en amont de Saint-Louis, ce barrage anti-sel est destiné à arrêter la remontée de la "langue salée", phénomène longtemps connu dans le delta et la basse vallée du fleuve Sénégal. Le barrage est fermé pendant la saison sèche de novembre à juin. Il est ouvert progressivement avec l’arrivée de l'onde de crue (fin août; début septembre) et en fonction du remplissage des cuvettes.

Avec le barrage de Diama, l'estuaire du Sénégal est dorénavant scindé artificiellement en deux parties distinctes pendant environ huit mois de l'année: l'aval envahi par la mer, l'amont constituant la zone de stockage en eau douce. Toutefois des lâchers plus ou moins importants ont lieu sous diverses contraintes, notamment pendant l'étiage, pour permettre un meilleur équilibre des plans d’eau et pour éviter de fortes pressions sur les vannes. Selon les informations recueillies auprès des techniciens chargés de la gestion du barrage de Diama, plus de "30 millions" de m3 d'eau douce sont déversés annuellement dans l'océan. Le barrage possède aussi un autre rôle qui est lié à la navigation fluviale jusqu'à Kayes. Cette navigation implique la construction d'un port au niveau de l'hydrobase de Saint-Louis, site que nous avons eu à visiter durant notre sortie (Fig.4).

Il faudrait noter au passage que le barrage de Diama est entré en construction au mois de janvier 1982; la fin des travaux a eu lieu en Août 1986, date à laquelle l'exploitation a commencé. Le barrage en lui-même comporte sept vannes principales et deux vannes de restitution. Il permet d’irriguer 240.000 ha dans la partie sénégalaise (essentiellement dans le delta - Fig. 3), 120.000 ha en Mauritanie et entre 10.000/15.000 ha au Mali. Combiné au barrage de Manantali, ils permettent tous deux d'assurer l'irrigation de 375.000 ha. De surcroît et grâce à l’existence de ces deux barrages, le niveau du fleuve peut être exhaussé pour permettre l'irrigation par gravitation et l'alimentation des zones dépressionnaires, à savoir le Lac de Guiers au Sénégal et le lac Rkiz en Mauritanie.

De même, le passage des bateaux est rendu possible grâce à l’existence d’écluses et le soulèvement des vannes par à un appareil, appelé Ritmaer, qui constitue un système de contrôle en amont et en aval du barrage. Chaque vanne se soulève par paliers en raison de 23 niveaux de 0.47 m chacun; soit un soulèvement de 11.77 m au total.

Le barrage de Diama connaît cependant un certain nombre de problèmes parmi lesquels figure celui de l'envasement. Des séances de dragage de la vase s'effectuent tous les ans. Néanmoins, selon les prévisions, le barrage de Diama devrait retenir de moins en moins d'eau dans les années à venir alors que Manantali va augmenter sa capacité de stockage pour faire tourner correctement ses turbines afin de produire de l'électricité.

Parmi les zones d'intervention de l'Etat dans le delta du fleuve Sénégal, il convient de retenir le Parc National des Oiseaux de Djoudj (Fig. 5). Situé dans la région de Saint-Louis, le PNOD couvre une superficie de 16.000 ha. Ce parc attire prés de six cents millions (600.000.000) d'oiseaux migrateurs en provenance d'Europe auxquels s'ajoutent plusieurs milliers d'oiseaux afro-tropicaux (information fournie par M. Ndiaye). Le Djoudj a été inscrit en 1981 par l'UNESCO sur la liste des sites du Patrimoine Mondial. En outre, il est considéré comme zone humide d'importance internationale (site Ramsar). Son existence se trouve donc garantie à la fois par le Sénégal et la Communauté internationale. Aujourd'hui, cet écosystème fluvio-deltaïque est complètement modifié par la construction des barrages de Diama et de Manantali qui ont rendu le système fluvial totalement artificiel. L'importance de la biodiversité se perçoit à travers la richesse piscicole dans l’axe du Gorom-lampsar et le capital floristique. Selon M. Ndiaye, la migration des oiseaux d'Europe s'explique par trois facteurs fondamentaux:

(i) l'existence de nourriture (insectes et criquets essentiellement) dans la zone tropicale, comparativement à l'Europe;
(ii) les bienfaits du soleil, car la neige et la pollution constituent en général des éléments contraignants;
(iii) les eaux douces

Malgré les menaces qui pèsent sur l’écosystème du parc (invasion de plantes flottantes aquatiques, artificialisation du milieu...), les flux touristiques ne cessent d'augmenter.

2. Le Désengagement de l'Etat
Il s’opère à partir de 1991. En clair, les producteurs ne sont plus pris en charge par l'Etat. A Boundoum-Barrage, notre interlocuteur A. L. Ndiaye nous a révélé qu'avec le désengagement de l'Etat, sept villages se retrouvent au sein d'une structure dénommée Union des Organisations Paysannes de Boundoum (UOPB) qui gère l'eau à partir d'un certain niveau de parcours. La communauté rurale se charge elle-même de la distribution dans les parcelles. Parmi les sept villages de l'Union on peut citer Diawar (siège social), Ronx, Wasso, Boudoum Est.... A Boundoum, chaque producteur est tenu de verser, d'après M. Ndiaye, 60.000 F CFA/ha à l'Union qui se charge du règlement auprès de l'OMVS, par l'intermédiaire de la SAED, pour l'approvisionnement en eau. Dans d'autres sociétés d'Etat, la gestion des aménagements hydro-agricoles et particulièrement de la filière rizicole a vu l'influence étatique s'amenuiser. Cette situation est à l'origine des mutations dans les structures agraires préexistantes et dans l'environnement socio-économique de la zone.

III - IMPACTS DES AMÉNAGEMENTS

1. Les impacts socio-économiques
Les aménagements hydro-agricoles du delta du fleuve Sénégal présentent à la fois des avantages et des inconvénients. En effet, avec le désengagement de l'Etat, on assiste à l’émergence de grands producteurs exploitant de vastes périmètres à l'image de M. Seck de AGRONORD et de petits périmètres, mettant en valeur de modestes superficies (comme c'est le cas de M. Sy que nous avons rencontré à Savoigne). La possession des terres était traditionnellement liée à l'héritage. Mais, désormais, les terres sont distribuées selon la taille de la famille (comme c'est le cas à Kassack nord) ou octroyées aux détenteurs de capitaux sous forme de location-bail.

Cependant, l'impact négatif le plus marquant de la nouvelle donne socio-économique dans le delta du fleuve Sénégal, demeure sans doute la prolétarisation du paysan qui est devenu un ouvrier agricole. Ainsi, nous avons rencontré dans les périmètres irrigués de M. Sy, un ouvrier agricole nommé D. Kandé, originaire de Kolda. Cet ouvrier est lié par un contrat avec M. Sy et dispose d’un salaire moyen de 50.000 F CFA par mois (nourriture comprise). M. Kandé réside dans les casiers et se charge de leur surveillance.

La production rizicole est souvent combinée au maraîchage (gombo, tomates, oignons, etc.). Ceci est valable aussi bien au niveau des exploitations de M. Sy et de M. Seck que dans les daaras. La main-d'œuvre utilisée peut être d'origine lointaine ou locale. Selon les besoins des casiers rizicoles, elle peut être temporaire ou permanente, comme c'est le cas de M. Kandé. L'introduction de la culture maraîchère a permis au paysan de vendre une partie de sa production pour couvrir ses besoins. Il entre ainsi dans le cercle contraignant de la loi de l'offre et de la demande. L'incapacité de conserver sa production accentue la pression sur le paysan qui est ainsi obligé d'écouler sa récolte à des prix dérisoires. Il se trouve souvent dans l’impossibilité de recouvrir sa dette (intrants, semences, etc.); ce qui fragilise davantage son statut social; cette précarité est d'autant plus mal vécue avec la concurrence du riz importé.

2. Les impacts environnementaux
Ils sont nombreux et assez diversifiés et peuvent se regrouper en deux grandes rubriques:
- Les problèmes liés à l'eau;
- Les problèmes liés à la dynamique éolienne.

2.1. Les problèmes liés à l'eau

Ils se résument à la pollution des nappes, au drainage et aux maladies récurrentes. Les quantités importantes de produits chimiques utilisés dans l'agro-business et dans les exploitations individuelles entraînent la pollution des nappes d'eau superficielles et souterraines par infiltration (Fig. 6). Ainsi, M. Sy utilise près de 250 kg/ha d'engrais pour améliorer ses rendements et pour la restauration des sols (engrais à base de phosphates pour la plupart). En outre, les exploitations sont à 80 % mécanisées (tracteurs, moissonneuses-batteuses, etc.). L'importance des écoulements superficiels de ce milieu favorise la sédimentation superficielle par le biais des particules solides qui vont se déposer dans les dépressions. Des phénomènes de colmatage sont ainsi constatés au niveau du drain de Ndiael comme dans celui du Gorom-lampsar. Le drainage y pose aussi un véritable problème avec le déversement des eaux usées et polluées, notamment avec les écoulements d'eau provenant des industries agro-alimentaires. Or, les réservoirs d'eau douce comme le Gorom-lampsar sont utilisés par les populations locales pour la consommation, la baignade, le linge et l'abreuvage du bétail. C’est ainsi que nous avons été les témoins oculaires d'un bétail en train de s'abreuver dans le drain de Ndiael, qui se déverse dans la cuvette du même nom avec un débit de 17,2 m3/s. On peut cependant noter quelques améliorations dans certaines localités comme à Boundoum-Barrage avec l'existence de bornes-fontaines installées par la coopération allemande.

Du point de vue hygiène et santé, beaucoup de maladies liées à l'eau sévissent de manière endémique dans le delta. Elles ont pour noms: le paludisme, la diarrhée et surtout la bilharziose intestinale. Pour le cas de cette dernière, une enquête de l'UICN (Union Mondiale pour la Nature) a révélé un taux de prévalence de 60% à Richard-Toll en 1990. Alors que l'évolution de ces épidémies devient de plus en plus inquiétante, la couverture médicale ne cesse d'être déficiente.

2.2. Les problèmes liés à la dynamique éolienne

La riziculture exige avant tout l'abattage des arbres; ce qui met à nu les sols et les expose à la déflation éolienne. Toutes les surfaces cultivées dans le delta sont déboisées et ne peuvent être reboisées, selon M. Sy, de peur que les arbres n’abritent des nids d'oiseaux granivores. On ne peut étudier la dynamique éolienne de cette zone sans s'intéresser à la localité de Fondé Boki dans le Ndiael et au secteur Boundoum-Djoudj, situés à quelques kilomètres de Ross-Béthio. Ici, se trouve la station de mesure de vents implantée par l'équipe du Professeur M. M. Sall. Cette station très coûteuse, résulte d'une convention inter-universitaire (UCAD-ULP de Strasbourg) et son financement a été assuré par le Ministère Français de la Coopération. La station est largement ouverte sur la Mauritanie et se compose d'appareils permettant de mesurer l'effet de rugosité du sol, la vitesse et la capacité de soulèvement des particules sableuses, la direction du vent, etc...

Nous avons constaté qu'il s'agissait d'un milieu dépourvu de végétation. La surface du sol, complètement déblayée, ne laisse apparaître que la carapace dure et résistante du substrat. Entre Boudoum et le parc de Djoudj, le phénomène le plus marquant demeure l'importance numérique des nebkhas. On a affaire ici à un nombre incalculable de petites monticules de sable qui ont pris naissance à partir de touffes de végétation. Ces nebkhas témoignent de la mobilisation d'énormes quantités de sable à partir de la Mauritanie et du Ndiael. Ce secteur nord-ouest du Sénégal subit à la fois des influences éolienne et hydrique.

Enfin, la "Langue de Barbarie" que nous avons parcourue sur 24 km environ de long, mérite une attention particulière (Fig.7). Il s'agit en fait d'un cordon littoral depuis Gokhou-Mbathie (quartier de pêcheurs à Saint-Louis) jusqu'à l'embouchure du fleuve Sénégal. Cette bande de terre est soumise à trois dynamiques: la dérive littorale, la déflation éolienne et les effets des apports fluviaux. Par ailleurs, il faut souligner aussi que la Langue de Barbarie abrite un parc national et qu’il fait partie des aires protégées. Ce parc est situé à 12 km environ en aval de Saint-Louis et couvre une superficie de 2000 ha. Il comprend une partie du cordon littoral de l'embouchure du fleuve Sénégal et intègre également quelques lagunes saumâtres et une mangrove relictuelle sur la rive gauche du fleuve. Ce parc joue un grand rôle dans la protection de milliers d'oiseaux nicheurs, principalement des laridés. Enfin, il constitue le lieu de frai de poissons et des crevettes parfois menacé par les eaux usées, polluées provenant de la ville de Saint-Louis.

En direction de l'embouchure (dernier site que nous avons visité), nos observations du paysage de la rive gauche du fleuve laissent apparaître des dunes blanches fortement érodées, malgré la présence des arbres qui sont progressivement emportées par l'eau du fleuve. Ce phénomène est, selon A. Kane, surtout perceptible en période de hautes eaux hivernales. La partie terminale de la Langue de Barbarie, contiguë à l'embouchure du fleuve Sénégal, est alimentée en sédiments par la dérive littorale sur le rivage externe, par la dynamique éolienne très intense en surface et les apports sédimentaires du fleuve. Selon les mesures réalisées de 1986 à 1990, la Langue de Barbarie a progressé de plus de trois kilomètres et demi vers le sud (Fig. 8).

DISCUSSIONS ET RECOMMANDATIONS

Au terme de nos observations, il semble légitime d'affirmer que les problèmes de l'occupation du sol, de l'utilisation et de la gestion de l'espace dans le delta du fleuve Sénégal mettent en évidence trois acteurs : l'Etat, les populations locales et les producteurs privés (l'agro-business). Une zone où il y avait jadis un équilibre relatif entre société et nature est en proie, depuis quelques années, à de profondes mutations des structures agraires et dans laquelle on assiste à l'émergence de problèmes environnementaux d'envergure. La responsabilité de l'Etat se mesure à travers la non applicabilité des codes de l'environnement, de l'hygiène et de l'eau, mais aussi à travers son désengagement. Alors que, eu égard aux potentialités que recèle ce milieu, le Nord du Sénégal pourrait servir de levier de développement à l'ensemble de la sous-région, à travers l'O.M.V.S. Les barrages de Diama et de Manantali qui ont été construits dans l'optique de stimuler l'agriculture irriguée, de produire de l'électricité et de rendre navigable le fleuve, n'ont pas encore atteint leurs objectifs. Si les grands ouvrages hydro-agricoles présentent des avantages, ils présentent aussi des inconvénients (prolétarisation du paysan, problèmes environnementaux de grande ampleur, etc.).

Afin de résoudre la question de l'auto-suffisance alimentaire, la SAED, au nom du gouvernement sénégalais, s’est chargée d'appuyer, d'encadrer et d'organiser les populations. Cependant et à cause de la lourdeur des charges, l'Etat a été obligé de se désengager, laissant ainsi émerger des producteurs privés. Ces derniers semblent peu soucieux des problèmes environnementaux perceptibles à travers le drainage des eaux usées, l'usage des produits chimiques et le rejet d'eaux polluées dans le Gorom-lampsar, principale source d’approvisionnement en eau douce des populations locales, de Ronkh à Saint-Louis. Ainsi, les populations sont exposées à des risques potentiels de maladies; elles le sont d’autant plus que leurs conditions de vie ne cessent de se précariser avec l'agro-industrie et l'explosion démographique qui sévit dans la zone.

Devant une telle situation, le développement harmonieux durable des écosystèmes deltaïques nécessite une approche holistique (globale), intégrée, qui suppose la coordination entre les acteurs directs (les populations locales) et les acteurs indirects (élus locaux, État, les scientifiques) dans l'élaboration des stratégies de lutte contre la dégradation des écosystèmes sensibles. Une telle approche devrait permettre de tirer le maximum de profit des ressources du delta, tout en évitant de compromettre la vie des générations futures. C'est pour toutes ces raisons qu'il importe:

- d'informer, d'éduquer et de sensibiliser les populations locales sur les problèmes environnementaux;
- d'impliquer les populations dans la conception, la réalisation et le suivi des projets qui leurs sont destinés;
- d'appliquer les codes de l'environnement, de l'hygiène et de l'eau;
- de systématiser les études d'impact sur l'environnement et la santé des populations locales et des écosystèmes.

LISTE DES PARTICIPANTS

1. Enseignants-encadreurs  
- M. KANE Alioune, maître-assistant - M. BA Alioune, maître-assistant

2. Étudiants de la Chaire UNESCO/UCAD
- M. MBAYE Ibrahima
- NDOUR Thierno
- SENE Claude
- FAYE Joseph Martin W.
- DIA Aïssata
- KA Mamadou Moustapha
- SARR Joseph
- SAGNA Landing
- THIAM Mamadou Moustapha
- NDIAYE Ndèye Aïcha
- LY Amadou
- SANE Tidiane

LISTE DES ACRONYMES

AGRINORD: Agriculture - Nord
CIFA: Centre Inter-professionnel pour la Formation aux Métiers d’Agriculture
CNCA: Caisse Nationale de crédit Agricole
FLSH: Faculté des Lettres et Sciences humaines
OMVS: Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal
PNOD: Parc National des Oiseaux de Djoudj
UCAD: Université Cheikh Anta Diop de Dakar
UICN: Union Mondiale pour la Nature
ULP: Université Louis Pasteur - Strasbourg
UNESCO: Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture
UOPB: Union des Organisations Paysannes de Boundoum
SAED: Société d’Aménagement et d’Exploitation du Delta
SNTI: Société Nationale de Tomates Industrielles
SOCAS: Société de Conserveries Alimentaires du Sénégal
 
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