Environment and development
in coastal regions and in small islands
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PÊCHE DURABLE EN JAMAÏQUE
Dans la Baie de Portland, les pêcheurs sont devenus gestionnaires pour lutter contre la surexploitation des ressources


© Peter Espeut
   

Pouvoir continuer à vivre de la pêche.

Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Jamaïque a le taux de déforestation le plus élevé du monde et on y pratique la pêche la plus intensive de toutes les Caraïbes. C’est dans ce contexte que le gouvernement a pris la décision de céder la gestion de la nouvelle zone protégée de la Baie de Portland (PBPA) à une organisation non gouvernementale, et à travers elle, aux 50 000 habitants de la région.

«C’est une expérience courageuse en matière de développement durable, qui combine des aspects sociaux, économiques et politiques», reconnaît Peter Espeut, le directeur de l’ONG en question, créée en 1993, la Fondation pour la gestion du littoral des Caraïbes (CCAM). Lui-même est chimiste-zoologiste et sociologue du développement rural.

La zone protégée de 187600 hectares comprend des forêts côtières, des zones humides, des récifs de corail, des lits de mousse de mer, plus d’une vingtaine d’îles et des bancs de corail. La plupart des habitants tirent leurs maigres revenus de la pêche et de l’exploitation des forêts et des zones humides. Peu d’entre eux ont été au-delà de l’école primaire.

C’est à eux que le CCAM veut donner la priorité. «Il est inconcevable de se soucier davantage des arbres et des tortues que des êtres humains, s’indigne Peter Espeut. Certaines zones feront naturellement l’objet d’une préservation maximale, mais la grande majorité de la baie sera exploitée à des fins de subsistance. Si la gestion de l’environnement ne sert pas à améliorer les conditions de vie sur place, à quoi sert-elle?»

APRÈS LA MÉFIANCE...

Le CCAM mène des études dans les domaines socio-économique et biophysique et organise des consultations avec les riverains, dont la mobilisation ne va pas forcément de soi.

«Il existe une méfiance naturelle et à mon avis fondée, explique Peter Espeut. Trop de gens sont déjà venus ici pleins de promesses et plusieurs pêcheurs se sont laissé avoir. De plus, se réunir prend du temps sur des activités rentables. Certaines personnes ne peuvent tout simplement pas se le permettre

Cela n’empêche pas le CCAM d’être à l’origine de trois Conseils de cogestion des ressources. Le Conseil de gestion de la pêche de la baie de Portland compte 32 membres, surtout des représentants des petits pêcheurs et vendeurs mais aussi des clubs de pêche sportive et des pouvoirs publics. Ce Conseil a fait de nouvelles propositions pour le contrôle de la pêche dans la zone (interdite dans certains secteurs) et la réglementation de l’utilisation de certains équipements (filets, dynamite, pièges). Ce texte a été soumis aux organisations de pêcheurs et se trouve entre les mains du ministère de la pêche.

Une cinquantaine de gardes-pêche bénévoles ont également été formés. Ils sont dotés de pouvoirs d’arrestation et d’enquête. Les résultats sont très encourageants. «Ils prennent leur travail très au sérieux, dit Peter Espeut. Pour éviter la tentation du favoritisme, il est prévu que si des personnes de leur entourage violent la loi, ce seront les gardiens eux-mêmes qui seront mis en cause. Plusieurs arrestations ont eu lieu. On assiste à une baisse sensible de la pêche à la dynamite et du nombre de tortues et de lamantins tués.»

... LA DYNAMIQUE EST LANCÉE

Dans le même esprit ont été créés l’Office du tourisme et le Conseil des citoyens de la Baie de Portland. «Les problèmes posés par les moustiques, le système d’égoût inadéquat et le manque d’eau potable et de téléphone sont discutés au sein du Conseil des citoyens, devenu le lieu où toutes les parties peuvent chercher ensemble des solutions», commente Peter Espeut.

En s’appuyant sur les contributions de ces trois conseils, le CCAM a élaboré un plan de gestion sur trois ans de la zone protégée, approuvé par l’agence gouvernementale de protection de l’environnement.

L’UNESCO a, pour sa part, lancé une série d’études socio-économiques sur la Baie de Portland. Elle a également organisé des rencontres entre les pêcheurs de Portland et leurs homologues haïtiens, permettant à chacun de visiter le pays de l’autre. Par ailleurs, la Division des régions côtières et des petites îles a créé un site internet pour le PBPA et le CCAM. «Il serait prématuré de crier victoire, qu’il s’agisse de la protection des ressources naturelles ou de l’amélioration des conditions de vie, conclut Peter Espeut.   Mais une dynamique est lancée, qui semble avoir des chances d’aboutir

Sue Williams, Sources, septembre 1999 - N°115, p. 22

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