Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
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Philippines : l'aiguilleur de Palawan

Extrait de UNESCO Sources (131) publié février 2001, page 14 - 15

Pêcheurs, professionnels de l’industrie touristique, habitants, défenseurs de l’environnement et marine nationale ne sont pas toujours les meilleurs amis du monde, du moins s’agissant de la protection des côtes. Et peu de gens le savent mieux que Miguel Fortes, professeur de science maritime à l’Université des Philippines et président du Comité national des sciences maritimes de l’UNESCO aux Philippines. «Il est urgent d’instaurer le dialogue et l’information afin que l’on débatte publiquement de ces divergences d’intérêts», déclare-t-il. C’est pourquoi le Forum virtuel de l’UNESCO sur les pratiques éclairées en région côtière (nom d’utilisateur : csi, mot de passe : wise) est à ses yeux «le plus pratique et le moins cher des moyens aujourd’hui disponibles pour diffuser une information aussi bien locale qu’internationale, et permettre l’accès à cette information». 

— La baie d'Ulugan, aux Philippines, encore intacte, est très convoitée, y compris par la marine nationale 
(© UNESCO/D. Troost)

La province insulaire de Palawan, souvent désignée comme l’ultime frontière des Philippines, présente une concentration inégalée d’initiatives de l’UNESCO pour les régions côtières et les petites îles. En 1992, l’UNESCO a classé toute la province comme réserve de biosphère du Programme MAB (l’Homme et la biosphère) ; le parc marin national du récif de Tubbataha, de même que le parc national de la rivière souterraine de Puerto Princesa, la plus longue au monde avec ses huit kilomètres, sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Mais le joyau de toute la région est la baie d’Ulugan, avec ses plages tranquilles, ses criques cachées, sa mangrove restée intacte depuis la nuit des temps, ses 102 espèces de corail, ses sept espèces de salicorne herbacée, ses oiseaux aquatiques et une stupéfiante diversité de poissons tropicaux. La baie d’Ulugan est un des projets pilotes du programme CSI (Régions côtières et petites îles) de l’UNESCO et elle est au centre d’un projet conjoint UNESCO-PNUD sur la gestion des ressources côtières et le tourisme durable. 

Tout le problème, explique Miguel Fortes, est d’arriver à concilier les intérêts conflictuels en présence dans la province, en particulier dans cette baie d’Ulugan. Ainsi, explique-t-il, «pour les pêcheurs, la baie est un site de pêche sans pareil et un lieu de reproduction pour le poisson». Mais, désireux de réaliser de rapides profits, certains se laissent tenter par des méthodes de pêche non durables, à la dynamite ou au cyanure, qui à terme détruiront l’écosystème… et leurs propres moyens d’existence. La baie d’Ulugan est à un saut de puce en avion de la principale attraction touristique de Palawan, la rivière souterraine de Puerto Princesa, où un tourisme sauvage ne tarderait pas à faire des ravages, comme cela s’est produit ailleurs.

Ces vingt dernières années, la marine nationale philippine s’est à son tour intéressée à la baie d’Ulugan. «C’est la seule grande baie de Palawan qui donne sur la mer de Chine, précise Miguel Fortes, et elle n’est qu’à 120 milles du récif Mischief, dans les îles Spratly, qui fait l’objet d’un différend territorial avec la Chine.» Pour renforcer la sécurité nationale, la marine nationale veut maintenant construire une base dans la baie. 

Les différentes initiatives de conservation sont une étape essentielle vers la protection de la région. Mais «un pays pauvre comme les Philippines n’a pas les ressources nécessaires pour gérer simultanément plusieurs sites protégés. Et ces différents projets se recoupant, la solution la plus pragmatique est donc une approche intégrée et un partage des ressources disponibles», assure Miguel Fortes. Sa position unique d’habitant des Philippines, de professeur et de chercheur à l’Université et de représentant de plusieurs projets de l’UNESCO a fait de lui «l’aiguilleur» idéal pour cette mission d’intégration.  

Créer des passerelles

 —  L'aquaculture fait partie 
du projet de gestion durable 
UNESCO-PNUD à Palawan 
© UNESCO/D.Troost

En 1998, l’UNESCO a confié à Miguel Fortes une chaire universitaire en Gestion intégrée et développement durable des régions côtières et des petites îles. Il a alors décidé de faire de ce poste le maillon qui manquait jusque-là pour instaurer un dialogue entre les différentes initiatives de l’UNESCO – notamment le Forum électronique sur les pratiques éclairées CSI (nom d’utilisateur : csi, mot de passe : wise) – et «le principal partenaire intéressé, les 6 000 personnes vivant dans les cinq barangays (communautés) de la baie» et qui y sont «chez elles». Les études de cas et les commentaires diffusés sur le Forum donnent des exemples de ce qui réussit, ou échoue, ailleurs dans le monde. C’est aussi l’occasion de recueillir des réactions internationales au sujet d’initiatives locales. Puis ces informations reviennent vers la base, grâce aux cours universitaires et aux ateliers communautaires. C’est pourquoi Miguel Fortes a choisi, le temps d’un trimestre ou d’un semestre, de partager sa chaire UNESCO avec des collègues philippins : Luzviminda Valencia, professeur en sociologie environnementale ; Esteban Magennon, spécialiste de l’anthropologie sociale à l’Université de la Sorbonne, à Paris ; et Rebecca Rivera-Guieb, spécialiste des questions et des tendances sociales en matière de gestion côtière. Miguel Fortes a aussi établi des ponts entre les projets de l’UNESCO et le travail de Gerthie Mayo-Anda. Cette juriste a créé une organisation non gouvernementale, le Centre d’assistance légale en matière d’environnement, qui contribue à former les populations locales aux aspects juridiques que pose la conservation. Toutes ces initiatives commencent à porter leurs fruits. «La population locale n’est plus passive, affirme Miguel Fortes. Elle se sent réellement propriétaire de ce qu’elle a réussi à mettre en place». Cela s’est vérifié de façon spectaculaire lorsqu’une communauté a pris sur elle d’arrêter l’équipage d’un bateau de pêche qui avait pénétré illégalement dans la baie d’Ulugan. En ce qui concerne le projet de base militaire dans la baie d’Ulugan, Miguel Fortes se découvre aussi un rôle de médiateur entre la communauté, la réserve de biosphère de l’UNESCO et la marine nationale.

Une autre de ses nombreuses casquettes est en effet celle de «membre de l’École nationale de défense des Philippines, chargé de la sécurité environnementale». S’appuyant sur son travail mené au sein des différents projets CSI de l’UNESCO, il a créé une base de données qui recense tout ce qui serait détruit si la marine réalisait ses projets : elle construirait alors une raffinerie, des bouées d’amarrage et des casernes. Au cours d’une série de rencontres qu’il qualifie de «très positives» avec des officiers de marine, Miguel Fortes a su faire passer le message de la conservation. Et lorsque des étudiants de l’école locale d’architecture lui ont soumis un projet du centre de ressources sur la défense de l’environnement dans la baie d’Ulugan, il les a mis en contact avec la marine, qui de son côté avait besoin d’un projet architectural pour sa base. «Du moins cette base sera-t-elle ainsi respectueuse de l’environnement si la marine persiste à la construire, souligne Miguel Fortes. Mais le projet n’a pas encore été présenté à la population. Et celle-ci ne veut pas de cette base.» À suivre… sur le Forum (nom d’utilisateur : csi, mot de passe : wise), qui diffusera certainement les prochains épisodes de ce feuilleton. Restez en ligne !

Peter Coles

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