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et développement dans les régions côtières et les petites îles |
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ENSEIGNEMENT, COMMUNICATION ET DÉVELOPPEMENT DURABLE DANS LES ZONES CÔTIÈRES
Laurent Charles Boyomo Assala, Université de Yaoundé II, Cameroun
RÉSUMÉ
Dans le contexte de la crise qui marque à la fois l'économie des pays africains et spécialement le développement des régions côtières et des petites îles d'une part, et l'interaction entre les sols, l'état des zones côtières et des océans et celui des écosystèmes d'autre part, l'enseignement et la communication apparaissent largement comme les aspects les plus négligés des actions.
Au plan international en effet, il est difficile d'énumérer les activités des organismes des Nations Unies dans ce domaine, même si l'état des programmes de collecte d'informations des pays rend difficile l'établissement de bilans sectoriels. Dans le cadre de la sixième session de la commission du développement durable, le Secrétaire général des Nations Unies a ainsi établi un rapport qui montre l'extrême diversité des secteurs d'intervention de l'organisation internationale dans le domaine des ressources en eau, notamment en ce qui concerne :
Pourtant les vicissitudes et les retards dans les secteurs de la communication et de l'enseignement en Afrique et plus singulièrement dans les pays concernés masquent à un double niveau le caractère inéluctable des évolutions en cours à l'échelle internationale. On sait que la communication et l'enseignement conditionnent le développement des pays du fait qu'ils constituent un outil de développement pour les autres secteurs. Le développement durable dans les pays à façade maritime et les petites îles dépendra par conséquent dans une large proportion de la capacité des acteurs locaux à s'investir dans la communication moderne ou traditionnelle, et à faire de celle-ci, au niveau local, des outils d'intermédiation entre les individus et, par les pratiques sociales dont elle constitue le support, à créer de nouvelles formes de sociabilité.
Il s'a git, par conséquent avant tout de sensibiliser et d'éduquer la population des pays concernés afin de l'amener à intégrer la protection de l'environnement dans ses priorités de développement :
Enfim, la définition des plans de communication au niveau régional, l'exploitation locale des nouvelles techniques d'information et de communication (la création de sites web), le développement de médias traditionnels de même que l'appui au développement de l'enseignement scolaire et extra-scolaire et des médias communautaires, peuvent permettre de traduire au plan localles nombreuses initiatives internationales dont la plupartrestent souvent méconnues des populations.
INTRODUCTION
Dans les actions menées au plan international pour protéger l'environnement et réaliser un développement durable, particulièrement dans les zones côtières et les îles, l'enseignement et la communication apparaissent comme les aspects les plus négligés. Autant en effet les actions sont nombreuses et diverses, pour d'une part établir la relation entre les sols, l'état des zones côtières et des océans et des écosystèmes, et d'autre part permettre aux populations de plus en plus nombreuses qui habitent ces zones (les deux-tiers de la population mondiale) de parvenir à un développement durable grâce notamment à une exploitation rationnelle et efficiente des ressources océaniques mondiales concentrées sur le plateau continental, autant la communication d'abord et l'enseignement ensuite, n'ont pas été suffisamment explorés par les organisations internationales dans leur apport à la réalisation des objectifs considérés.
Pourtant en mettant l'accent sur la nécessité d'une gestion intégrée des zones côtières et des petites îles, le constat de l'UNESCO sur le déséquilibre entraîné par l'augmentation rapide au cours de ce siècle, du nombre de personnes vivant à proximité des côtes, et son corollaire sur la destruction des richesses ayant fait jadis l'attrait du littoral, ce constat pose les problèmes de la responsabilité des hommes dans cette situation et des moyens d'y remédier en recourant au changement des comportements, pratiques, attitudes et connaissances.
Dans ce texte, je me propose de montrer le rôle de la communication dans la prise de conscience par la population de ces questions et les moyens de développer des connaissances et des valeurs nouvelles de même qu'un savoir-faire et le désir de participation indispensable au développement durable, notamment par le biais de l'information-éducation-communication (IEC) et son approche stratégique qui a l'avantage de cumuler les approches communicationnelles et éducationnelles qui recouvrent également l'enseignement.
Je défendrai par conséquent l'idée selon laquelle un modèle mixte englobant l'enseignement comme sous-programme de la dimension stratégique de l'éducation, est susceptible de produire de meilleurs résultats qu'une distinction très marquée entre la communication d'une part et l'enseignement d'autre part, dans la mise en oeuvre des actions visant à renforcer la participation des populations au développement durable. De mon point de vue en effet, l'élaboration des programmes d'enseignement - scolaire, extra-scolaire et permanent - n'est viable et pertinente que si elle s'insère dans une stratégie globale de problèmatisation et de réalisation du développement durable dans les zones côtières et les petites îles.
Le rôle de la communication dans la prise de conscience
Du point de vue historique et théorique, la communication apparaît peu ou prou en 1995 comme l'un des six axes principaux qui caractérisent l'environnement à savoir : le développement durable, la consommation durable (responsabilité et responsabilisation des consommateurs), l'aménagement, les états des écosystèmes et de la population, et enfin la communication. L'axe communication est alors présenté comme un tétraèdre dont chaque côté représente un axe principal (Vigneron et Francisco, 1998). "L'optimisation des contraintes revient à chercher une zone barycentrique qui tient compte des différentes contraintes", l'axe communication assurant la stabilité du tétraèdre.
Se construit donc progressivement la notion de communication environnementale puis celle d'Information-Education-Communication (IEC) comme outil indispensable pour impliquer et faire participer les populations à la réalisation d'objectifs qui sont généralement l'amélioration du niveau et de la qualité de vie de ces populations.
L'invention de la communication environnementale
C'est par la notion de "communication verte " forgée par Thierry Libaert (1992) que l'on a pris connaissance de la communication environnementale, même si Paul Debacker (1992) aborde cette notion dans son ouvrage "le management vert" (Paris Dunod). Mais ce dernier ouvrage intègre la communication dite verte dans la stratégie globale de l'entreprise, tout comme le premier qui dégage déjà les spécificités de la communication environnementale qui sont :
Le schéma directeur de ce mode de communication comprend :
Sur cette base, Vigneron et Francisco vont élaborer ce qu'ils appellent les dix commandements de la communication environnementale :
Dans cette même perspective, le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) a promu à la fin des années 80 la notion d'IEC dans la mise en oeuvre des programmes de population.
Rôle de l'information, l’éducation et la communication
Bien qu'étant un axe central dans la mise en oeuvre des politiques de population, l'IEC reste encore un des maillons faibles des programmes destinés aux populations, compte tenu notamment des contraintes majeures qui l'enserrent. L'IEC peut se définir comme un programme d'action intégrant trois volets essentiels :
L'approche IEC permet de mettre en lumière les objectifs sectoriels, le cadre institutionnel de déploiement des activités, les programmes mis en oeuvre, les atouts et les contraintes de ces programmes.
Les objectifs sectoriels
La problématisation de l'état des zones côtières et des petites îles fait ressortir deux niveaux de situations : (a) les problèmes liés à la physiologie, (b) les problèmes nés de l'action de l'homme sur la nature.
Si les objectifs globaux visent ici à la recherche d'une coordination des activités entre les divers acteurs de l'aménagement du littoral (industriels de la pêche, entrepreneurs et promoteurs, agences de l'eau, pouvoirs locaux et responsables du logement et de l'élimination des déchets entre autres) en vue d'une gestion intégrée des zones côtières, l'IEC s'impose par conséquent comme intermédiaire privilégié pour :
Le cadre institutionnel
Aujourd'hui, la plate-forme UNESCO pour les régions côtières et les petites îles constitue une avancée indéniable dans la réalisation de ces objectifs, mais il convient d'aller au-delà et de concevoir un programme global, se traduisant par la mise en place dans chaque Etat et dans chaque île, d'un cadre permettant la coordination des activités et des acteurs concernés par le problème. La mise en oeuvre d'une communication de proximité, qui intègre la culture des individus, implique un cadre institutionnel qui fasse l'objet de la reconnaissance des communautés qui doivent légitimer son action. Le cadre institutionnel doit donc être d'essence nationale et intégrer toutes les composantes institutionnelles locales susceptibles d'appliquer les programmes conçus au plan international et conduits au niveau national.
Les programmes mis en oeuvre
Les activités seront orientées vers les secteurs suivants :
Les atouts et les contraintes des programmes
De nombreux projets réalisés de par le monde en direction des populations pèchent par leur manque de base sociologique. On se donne des projets sans jamais effectuer une étude de faisabilité, sans tenir compte des différences culturelles, sans même déterminer la cohérence conceptuelle des projets. Souvent des projets plus importants viennent se superposer à d'autres tout aussi mal fondés, depuis les niveaux les plus fondamentaux. Quelquefois tout ceci vise à rassurer les bureaucrates en leur donnant le sentiment d'être utiles, et à convaincre les électeurs de leur fonction d'utilité sociale.
Il est clair que l'observation faite à maintes reprises par l'UNESCO, sur la difficulté de recueillir des données sur la situation réelle dans les zones côtières et les petites îles, que ce soit sur la pénurie en eau ou le niveau de dégradation de l'environnement du fait des conditions géophysiques ou de l'action démographique, frappe de suspicion les actions menées jusqu'ici pour parvenir à un développement durable de ces régions. De fait, aucune action de communication n'y est possible si l'on ne met pas en lumière au préalable les représentations que se donnent les populations dans leur environnement à travers leurs comportements, croyances, attitudes et pratiques. L'action de communication n'est pas, on s'en doute, l'action d'un sujet (l'homme) sur un objet (l'environnement), mais celle d'un sujet (l'homme) agissant sur (les représentations de) l'homme par le détour des signes. La communication ne consiste pas à réparer les dégâts causés sur la nature par l'homme, mais à conduire l'homme à modifier son comportement néfaste sur la nature par la modification de ses représentations sur celle-ci.
Ce faisant, la communication seule porte en elle ses propres limites ; tout comme l'enseignement qui laisserait à l'école seule le rôle de dispenser le savoir à une époque où les moyens de communication de masse imposent à celle-ci une rude concurrence. D'où la nécessité d'élaborer un modèle mixte réintégrant l'enseignement au sein du volet éducation de l'IEC.
MIXITÉ DU MODÈLE INFORMATION, EDUCATION ET COMMUNICATION
La conceptualisation de l'atelier technique consacré au rôle de la communication et de l'enseignement, indique clairement que l'un n'implique pas forcément l'autre, les deux pouvant même s'exclure, se compléter ou s'opposer. Ce faisant cette pers pective reprend la distinction qui est opérée dans la réalité entre l'école et les médias, mais en même temps elle jette un trouble dans la manière de les aborder quand on observe justement à quel degré d'antagonisme sont parvenus aujourd'hui les médias et l'école. Sans entrer dans l' analyse de ces relations conflictuelles, il suffit de rappeler combien l'individu est aujourd'hui inondé d'informations par l'image, le son et le texte, qui devancent et remettent en cause l'enseignement qu'il a reçu en classe. Télévision, cinéma, publicité, presse, radio, affiche, élargissent son hori zonaux dimensions de la planète, voire du cosmos, et en font le témoin direct et instantané des événements les plus lointains. Aussi la distinction entre communication et enseignement fait-elle problème à deux titres au moins :
Aussi me semble-t-il nécessaire d'envisager l'intégration de l'enseignement dans l'IEC à travers (1) une observation de la planification stratégique et (2) quelques exemples pratiques.
1. La planification stratégique
Sans y coller à la lettre, la planification stratégique d'IEC respecte l'esprit des dix commandements de la communication environnementale de Vigneron et Francisco, et se décline en 11 étapes :
| i. | Les objectifs : à distinguer entre les objectifs généraux de la stratégie et les objectifs spécifiques ; |
| ii. | Les groupes-cibles à atteindre : on en distingue souvent quatre, dont : |
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| iii. | Les changements nécessaires pour que chaque groupe cible atteigne les objectifs du programme ; |
| iv. | Les facteurs déterminants pour la participation ou la non-participation de chaque groupe cible du programme ; |
| v. | Les activités d'IEC nécessaires pour amener les changements escomptés (séminaires, compagnes, plaidoyers, causeries éducatives) ; |
| vi. | Les messages et les stratégies de messages appropriés pouvant jouer un rôle déterminant ; |
| vii. | La combinaison la plus appropriée des canaux de communication, presse, radio, télévision, affichage, cérémonies religieuses ou traditionnelles, théâtre, discussions de groupe, lobbies, etc. ; |
| viii. | La stratégie d'organisation et de gestion pour la mise en oeuvre du programme (au niveau local, national, international, intégration, coordination, etc.) ; |
| ix. | Le coût du programme ; |
| x. | Les délais de réalisation ; |
| xi. | Evaluation, facteurs devant être éliminés ou pouvant déterminer la révision ou l'approbation de la stratégie. |
L'enseignement apparaît dans la cinquième étape comme une des activités de l'IEC et qui, selon le problème à résoudre et le public considéré, peut conduire à l'élaboration d'un programme d'enseignement formel ou de modules de formation permanente et/ou ponctuelle.
Cette élaboration doit naturellement correspondre aux objectifs stratégiques considérés, et coller à ceux-ci, même dans la perspective d'une formation diplômante, de même doit-elle intégrer l'ensemble des items élaborés, les messages véhiculés par les mass médias au sein des structures les plus diverses de socialisation.
En fait, les étapes v, vi et vii posent le problème de la nécessité d'adapter les activités, les messages et les supports aux publics-cibles visés. Il est clair que des messages radio sont différents de ceux des affiches et ne visent pas les mêmes publics. L'enseignement ne serait alors que le prolongement de certaines actions en direction d'une population que l'on se propose de responsabiliser dans un futur plus ou moins proche. De nombreuses expériences menées en Afrique illustrent bien cette nécessité d'envisager les activités, les messages et les publics-cibles de façon différenciée.
2. La diversité de stratégies - Exemples concrets
Warren Parker (1997) montre comment, en Afrique du Sud, ce qu'il appelle les médias d'action ont permis la promotion de la santé, à rebours du modèle linéaire communication - message - récepteur. Les médias d'action sont toute une approche qui exige la production de matériels appropriés permettant d'intégrer les intérêts du communicateur et ceux du public visé.
Cette méthode intègre :
David Kerr (1997) montre pour sa part comment on s'est servi, dans les régions rurales du Malawi, de pièces de théâtre pour sensibiliser les communautés aux exigences fondamentales de la santé. Tout comme Félix Fandyroy Moyo au Zimbabwe, il en conclut que cette stratégie présente des avantages incontestables :
Mais en même temps, elle peut conduire à la professionnalisation des acteurs culturels et donc à la commercialisation de leurs talents et à la folklorisation de la culture de référence qui s'en trouverait ridiculisée.
Lynn Dalrymple (1997) montre comment le programme de sensibilisation au SIDA dénommé DRAMAIDE, a permis de lutter contre cette pathologie en milieu scolaire en Afrique du Sud. DRAMAIDE emploie des formes expressives locales (pièces de théâtre, chansons, poèmes, danses, posters) des ateliers et des journées communautaires pour créer un mouvement social autour du choix de mener une vie saine.
De ces différents exemples, il ressort chaque fois la nécessité d'adapter les activités et les messages au public-cible. L'IEC propose une stratégie plus agréable, plus profonde, au sein de laquelle les médias d'action, le théâtre ou DRAMAIDE viendraient compléter des sermons, des discours d'officiels, l'élaboration de textes juridiques, les cliniques spécifiques, les causeries éducatives ou les campagnes multimédias, coordonnés par un cadre institutionnel particulier à chaque Etat côtier et dans les petites îles, en vue d'y promouvoir le développement durable.
CONCLUSION
La justification d'une stratégie globale d'information, éducation et communication, assurant le développement d'actions spécifiques à chaque volet de la stratégie, souligne les vertus du modèle mixte (information-communication, éducation-enseignement) pour promouvoir le développement durable dans les zones côtières et les petites îles.
Les options dont disposent ces zones pour lutter contre les aléas de la nature sont très limitées et accroissent par conséquent l'action de l'homme sur l'environnement, à la recherche de profits économiques ou politiques rapides. L'effet de ces actions sur la dégradation des sols, les ressources en eau douce, l'état des océans, l'accès aux poissons et autres produits marins est telle qu'elle implique la mise à contribution de l'information (les médias modernes et traditionnels), de la communication (campagnes d'information et de sensibilisation par la communication interpersonnelle) et de l'éducation (programmes d'enseignement par l'école, la famille, les médias modernes ou communautaires) de même que la conjugaison des canaux les plus divers (prônes du dimanche, cérémonies traditionnelles, marchés, chants, fables, poèmes, théâtres, crochets radiophoniques, oriflammes, etc.) et des activités de plaidoyer selon les publics considérés.
La formation par les pairs (femmes, pêcheurs) de même que la formation des acteurs chargés de la mise en oeuvre de stratégie d'IEC constituent l'un des aspects spécifiques du volet communication. Mais il importe au préalable que les organisations internationales aident à une meilleure connaissance des données de base sur les comportements, attitudes, croyances et pratiques des populations, et au développement des moyens de communication dans les zones insulaires pour que les stratégies menées soient seulement concevables.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Boyomo Assala, L. C. (sous la direction de) 1991. Stratégie Nationale d’IEC – Cameroun, Yaoundé, MINEFI/FNUAP
Dalrymple, L. 1997. The Use of Traditional Culture in Community Education, AMR, 11(1): 75-91
Debacker, Paul. 1992. Le Management Vert, Dunod, Paris
Fandyroy Moyo, F. 1997. Drama: An Appropriate Tool in Development Communication, AMR, 11(1): 92-105
Kerr, D. 1997. Cultural Engineering and Development, AMR, 11(1): 64-74
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Parker, W. 1997. Action Media: Consultation, Collaboration and Empowerment in Health Promotion, AMR, 11(1) 45-63
UNESCO 1998a. Activités des organismes des Nations Unies dans le domaine des ressources en eau douce, Rapport du Secrétaire Général. Paris.
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UNESCO 1998c. Planète océan, Paris
Vigneron, J.; Francisco, L. 1998. La Communication Environnementale, Economica, Paris.