Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
colbartn.gif (4535 octets)

CSI info 7

COMMUNICATION ET EDUCATION : UN POINT DE VUE MAURITIEN

Marylène François, journal ‘Week-End’, Port Louis, Maurice

L'actualité, éphémères informations, peut-elle influer sur la compréhension globale du concept d'une gestion intégrée des zones côtières dans le cadre d'un développement durable ? Sans conteste, oui. Car les médias, principalement la presse écrite indépendante, restent l'ultime forum où peuvent s'exprimer, voire s'indigner, les oubliés d'un projet de développement qui n'a guère tenu compte des divers enjeux socio-économiques et écologiques. Ce qui va à l'encontre même de ce concept de gestion intégrée dans lequel doivent se retrouver tous les secteurs concernés par le développement côtier. Maurice vit à l'heure d'un tourisme littoral , grand consommateur de ressources côtières comme les plages, les sites naturels de grande valeur géologique, lagons et récifs coralliens et autres patrimoines paysagers. En retour, les activités de cette industrie touristique s'inscrivent, à l'actif, dans le développement économique du pays, avec des recettes totalisant 459 millions de dollars pour l'année 1997 et constituent la troisième industrie de Maurice après l'agriculture et le secteur manufacturier.

Maurice accueille 600 000 touristes par an et selon une projection jusqu'à l'an 2002, ce nombre passera à 845 975. La population est de 1,1 million. Les 90 hôtels enregistrés sont tous placés sur les zones côtières dont les sites à vocation touristique occupent 118 kilomètres des 177 kilomètres du rivage de Maurice, dont la superficie est de 1 860 kilomètres carrés. Mais, sans une administration de ces ressources prenant en compte des éléments interdépendants en vue d'une coordination des activités dans une perspective de développement durable, cette industrie peut s'effondrer. Ce n'est pas pour rien qu'après des années de développement non maîtrisé, on commence à parler aujourd'hui de tourisme durable. Sans compter l'impact de cette industrie reconnue pour sa vitesse de croissance sur la population côtière et son environnement, d'où les conflits qui trouvent souvent leur exutoire, en désespoir de cause, dans les journaux.

C'est en 1990 que la nécessité d'un développement durable - alors que le concept est né dès 1972 de la Déclaration de Stockholm, au moment même de l'entrée en scène fracassante du tourisme mauricien - est exposée pour la première fois dans la presse mauricienne par rapport à l'enjeu environnemental. C'était dans "Week-End", dans le sillage de la construction, commencée en 1989, d'un hôtel à Balaclava, sur la côte nord-ouest du pays, identifiée comme la seule baie à Maurice où 90% des coraux sont encore vivants et comme le site susceptible de devenir le premier parc marin de Maurice. Les coraux et récifs émergés de ce site marin unique à Maurice avaient été tout simplement rasés pour créer une piste de ski nautique... Après ce scandale, une loi pour la protection de l'environnement fut présentée en 1991 avec comme résultat que tout projet hôtelier sur la côte doit être accompagné d’une étude d’impact sur l’environnement pour l'obtention d'un permis de construction. Ce qui n'a pas empêché l'absence d'une autre considération primordiale dans le développement durable : l'enjeu social. Toujours à travers la presse écrite, notamment dans "Week-End", éclate l'exaspération des pêcheurs d'un village situé sur la côte est du pays, Trou d'Eau Douce, face aux travaux de dragage dans le lagon pour la création d'un îlot artificiel par un hôtel du groupe Sun Resorts. En effet, ces travaux effectués en 1993 avaient irréversiblement modifié la nature des courants et remis en cause l'une des principales activités économiques de cette communauté, la pêche artisanale. Résultat de cette "communication" à travers la presse : le promoteur hôtelier réalise l'impact négatif de son projet de développement sur la population locale et une compensation en argent a été octroyée aux pêcheurs. Toutefois le rétablissement des équilibres écologiques de ce lagon est resté en suspens et les pêcheurs se sont orientés vers d'autres créneaux d'activités liés au développement touristique de la région, aidés en cela par l'argent de la compensation.

La compréhension globale de ce qu'implique un développement durable s'est peu à peu installée et le rôle de la communication, par journaux interposés, à ce stade est indéniable. Outre les cas concrets de plus en plus souvent relatés dans la presse, il existe désormais des espaces de réflexion et d'analyse menant vers une conscientisation des enjeux liés au développement durable, plus particulièrement dans le cadre d'une gestion intégrée des zones côtières de Maurice. Et la presse suit : compte-rendus, interviews, reportages et cela dans un langage plus accessible, moins technique et accompagnant les préoccupations des citoyens.

DE LA COMMUNICATION À L'ÉDUCATION

La dissémination des informations sur l'environnement et un rôle accru de l'éducation dans les stratégies de développement durable débouchent, enfin, sur la compréhension que les ressources naturelles sont limités et que c'est notre responsabilité, à tous, de les conserver. Il faut donc connaître, à commencer par les acteurs de la communication et les journalistes, les données scientifiques des écosystèmes et de l'impact des activités humaines. La presse est un outil indispensable, puissant, pour créer cette prise de conscience, surtout au niveau de la prise de décisions, soit du côté gouvernemental soit du secteur privé. A l'instar des médias, les secteurs éducatifs informels comme les bibliothèques, les parcs et réserves natureles et les programmes de formation, les centres de documentation rejoignent les objectifs d'une éducation tournée vers la gestion de l'environnement. Toutefois, des messages de diverses sources peuvent brouiller l'information générale.

Si l'actualité peut servir cette cause, comme nous l'avons démontré, il n'en reste pas moins qu'une implication plus poussée à travers une formation spécialisée reste encore à venir. Le rôle de l'éducation dans une stratégie de développement durable des zones côtières consiste principalement à promouvoir un comportement et un savoir-faire dans le processus d'une exploitation économique enrichie de la connaissance des écosystèmes et des ressources naturelles. Des partenariats s'imposent donc entre les groupes communautaires, les ONG, les secteurs industriels et les acteurs de l'éducation formelle et informelle.

début Introduction Activités Publications Recherche
Pratiques éclairées Régions Thèmes