Environnement et développement
dans les régions côtières et les petites îles
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CSI info 7

DÉVELOPPEMENT DURABLE DES RÉGIONS CÔTIÈRES : LES ENJEUX DE LA COMMUNICATION ET DE L'EDUCATION EN TANZANIE

Revocatus Makaranga, Journal "Mtanzania", Dar es-Salaam, Tanzanie

Ces dernières années, les efforts pour freiner la dégradation de l'environnement ont été intensifiés, en raison de la vitesse à laquelle elle progresse. Cette détérioration est due, en grande partie, aux activités humaines, qui ne connaissent plus de limites. Nous devons toutefois reconnaître que la croissance accélérée de l'exploitation des ressources a contraint l'homme à entrevoir de nouvelles perspectives sur ses activités, alors même que la demande qui pèse sur les ressources naturelles s'accroît de jour en jour. Et par "nouvelles perspectives" nous entendons en réalité essayer de trouver un équilibre entre les besoins courants en ressources naturelles et la dégradation de l'environnement, de façon à ne pas priver les générations futures de leurs droits sur la nature.

Le danger qui nous menace est de découvrir un jour un monde inhabitable par suite de l'exploitation désordonnée de l'environnement. L'homme comprend ce danger depuis les découvertes de Darwin. C'est ce qui nous oblige aujourd'hui à mener campagne pour la protection de la nature et l'exploitation rationnelle de l'environnement. Il s'agit d'en appeler à l'humanité pour qu'elle maintienne l'harmonie écologique, condition indispensable à la vie sur terre.

La dégradation du milieu ou plus précisément, le dérèglement écologique est devenu un problème si grave qu'il n'est désormais plus possible d'en attendre l'amélioration si la société toute entière n'y participe pas. Pour obtenir des résultats mesurables dans la lutte pour freiner ou plutôt, renverser la situation, il faut garder à l'esprit que, pour plus riche et puissant fût-il, aucun gouvernement ne pourrait réussir, à lui tout seul s'il n'a pas derrière lui l'ensemble de la société, de la base au sommet. Les gouvernements et les experts peuvent contribuer à renverser le processus mais la participation de la communauté est sans aucun doute le seul moyen d'obtenir que se maintienne la bonne entente entre l'homme et l'environnement.

La dégradation de l'environnement est un phénomène très répandu, mais dans mon article je m' en tiendrai au cas des zones côtières. Depuis longtemps les habitants des côtes, non seulement en Tanzanie mais, je suppose, dans le monde entier et surtout dans les sociétés en développement, dépendent des ressources naturelles de la mer et du littoral. La dépendance se manifeste dans leurs modes de vie - habitations, nourriture, loisirs, etc. Nous ne devons donc pas être surpris si ce que nous avons observé sur pratiquement toute la côte est un dérèglement écologique. Il est dû, en partie, à un changement radical des conditions climatiques (entièrement naturel et échappant au contrôle de l'homme) mais nous avons également observé une sérieuse dégradation de l'environnement du littoral due à l'exploitation déraisonnable de la nature par l'homme. L'érosion côtière, la disparition d'une végétation spontanée - modeste mais néanmoins très importante au plan écologique - la pollution du rivage et donc de la mer, ne sont que des répercussions de la relation inamicale de l'homme avec l'environnement. Quant à la conséquence globale, ce n'est rien moins que la désertification des côtes.

Les activités humaines peuvent aussi affecter les zones côtières en cas de surexploitation des ressources vivantes, notamment des poissons, et d'aménagements côtiers, comme la mise en chantier d'hôtels de tourisme, qui ne prennent pas en compte les fonctions des écosystèmes. Tout cela produit des avantages économiques à court terme, sans considération des effets à long terme sur l'environnement. Autrement dit, la plupart de nos projets concernant le littoral sont souvent exécutés en dehors de toute analyse de rentabilité concernant leurs incidences à long terme sur le milieu.

D'où l'importance de la communication et de l'éducation pour aider les gens à mieux prendre conscience des enjeux et les comprendre. L'éducation et la communication constituent par ailleurs un moyen efficace de développer les connaissances, les attitudes et le savoir-faire nécessaires à la participation du public au développement durable des régions côtières. En d'autres termes, il faut que les gens soient à même de prendre des décisions, et nous devons les y aider en effectuant des études de rentabilité sur les avantages et les inconvénients de toute activité envisagée. Les gens ont tendance à ne voir que les bénéfices économiques immédiats (à court terme, le plus souvent) ; il faudrait les armer d'instruments de réflexion adéquats afin qu'ils puissent jeter un regard critique sur l'environnement et prévoir les effets, bons ou mauvais, d'un projet avant son exécution. A cet égard, l'information par l'éducation, sous toutes ses formes, à l'école ou en dehors de l'école et à tous les niveaux, constitue l'une des conditions indispensables si l'on veut atteindre le niveau de sensibilisation qui permettra aux gens de prendre des décisions. Il est important de signaler, ici, que notre intention n'est pas d'instaurer une relation de type banquier-client mais bien de créer une personne pensante, capable de relations de dialogue et de communication. C'est pour cette raison que l'information doit être diffusée par tous les moyens tels que conversation, théâtre, journaux, radio et télévision, avec toujours, à la base, la volonté d'équiper l'interlocuteur des instruments d'analyse qui l'aideront à calculer la rentabilité d'une opération chaque fois qu'il est question d'exploiter l'environnement.

LE CAS DE LA TANZANIE

En Tanzanie, la dégradation de l'environnement est un problème majeur, qui ne fait que s'aggraver depuis dix ans, au point de devenir très préoccupant. La côte tanzanienne s'étend sur 800 km, le long de l'océan Indien et, comme c'est le cas dans tous les pays en développement, elle connaît une évolution très rapide.

Les exemples suivants illustrent la dimension du problème.

Dar es-Salaam possédait des plages très propres et très attrayantes ainsi que d'excellents hôtels de tourisme. Or certains, sinon tous, sont actuellement menacés de s'effondrer, en raison de l'érosion côtière.

Les vagues s'abattent sur les plages avec une force terrible, ce qui rend l'érosion inévitable. Ce phénomène a été en partie accentué par la pratique de la pêche aux explosifs, qui a détruit les récifs coralliens qui autre fois amortissaient la puissance des vagues devant les hôtels. La pêche à la dynamite a ainsi non seulement détruit les organismes vivants mais a également donné libre accès à la mer pour qu'elle vienne détruire les plages.

L'hôtel Africana a été avalé par les eaux il y a quelques années ; parmi ceux qui sont également menacés de destruction dans les années à venir, citons les hôtels Bahari Beach, Kunduchi Beach, Silver Sands, et White Sands, qui date de quelques années à peine.

Pour combattre l'érosion, les propriétaires des hôtels ont fait ériger des barrières de roches et de béton sur les plages, mais cela n'a pas arrêté l'érosion. Ces constructions ont, par ailleurs, rendu ces plages laides et repoussantes pour les vacanciers, y compris les touristes.

Ces hôtels deviendront donc inutilisables dans quelques années, tout comme leur prédécesseur, l'hôtel Africana.

La construction d'un autre hôtel de plage, sur Oysterbay, vient d'être arrêtée dans son élan. Cet hôtel, mis en chantier par un homme d'affaires important de Dar es-Salaam, se trouve à moins de 60 m du rivage. Ceci est contraire aux lois relatives à de tels projets, qui stipulent que les hôtels doivent être construits à plus de 60 m du rivage. Le projet avait été approuvé du temps de la présidence de M. Ali Hassan Mwinyi. Bien des rumeurs ont circulé dans le pays. La vitesse à laquelle cet hôtel se construisait a également suscité beaucoup d'interrogations.

Or, pendant la campagne pour les élections générales de 1995, l'un des candidats à la présidence promit de régler cette question en priorité, s'il devait gagner. Il gagna en effet, et quelques mois plus tard il déclara que le propriétaire avait acheté le terrain en toute légalité et qu'il ne voyait donc aucune raison de faire cesser les travaux de construction. Cependant, une Commission présidentielle sur la corruption maintenait qu'il était possible que le terrain ait été attribué de façon illégale. Elle s'appuyait en partie sur le fait que, après avoir été rejetée plusieurs fois auparavant, la loi était cependant déjà entrée en vigueur lors de l'attribution du terrain.

Les propriétaires, Indian Ocean Hotels Ltd., ont interrompu la construction de l'hôtel, il y a plus d'un an. Le gouvernement aurait ordonné sa démolition et proposé d'indemniser les propriétaires des frais déjà encourus, tandis que la Commission municipale leur aurait adressé une interdiction permanente de construction, il y a deux ans, et aurait par conséquent fait suspendre leur activité.

LE PROJET D'ÉLEVAGE DES CREVETTES DU DELTA DU RUFIJI

Un investisseur étranger se propose d'installer un élevage de crevettes dans le delta du Rufiji, le plus grand fleuve de Tanzanie, ce qui implique la construction de 15 000 ha de bassins. Ce projet est très controversé, en raison du nombre de villageois qui devraient être déplacés et des incidences à long terme sur l'environnement de cette zone.

Certains opposants au projet n'ont pas hésité à le comparer à la tragédie qu'ont connue les Ogonis du Nigeria, dont les terres ont été dévastées par les agissements des multinationales pétrolières.

Les habitants du delta du Rufiji eux-mêmes sont divisés à ce sujet, entre ceux qui l'appuient, en raison des avantages économiques (y compris en termes d'emploi) et ceux qui s'y opposent.

Ces derniers sont soutenus par une myriade de défenseurs de l'environnement, qui comptent des ONG aussi écoutées que l'Organisation tanzanienne des journalistes de l'environnement, l'lnstitut de recherche et de documentation sur les droits fonciers, et le Programme tanzanien des réseaux Hommes et Femmes, ainsi que le Conseil national de gestion de l'environnement, qui a effectué une étude d'impact sur l'environnement et donné au gouvernement un avis négatif.

En dépit de toute cette opposition, le gouvernement a approuvé le projet. Bien que sa mise en oeuvre n'a pas encore débuté , les populations du Rufiji ont intenté un procès pour le contester.

Je voudrais m'arrêter un instant pour souligner le rôle méritoire qu'ont joué les médias de Tanzanie pour sensibiliser le public et susciter le débat sur la saga de l'hôtel Indian Ocean, et sur le projet des crevettes du Rufiji, qui n'a pas encore démarré. C'est par leur intermédiaire que les gens ont pris connaissance de la violation de leurs droits d'accès à la plage et de la loi qui interdit la construction de structures permanentes sur les plages publiques. Ils ont appris l'existence du projet d'élevage des crevettes lorsque les médias ont intercepté certains documents à ce sujet et les ont immédiatement révélés au public. Bien que le gouvernement ait approuvé le projet, la plupart des gens du Rufiji n'en sont pas partisans.

EDUCATION ET COMMUNICATION

L'éducation et la communication sur la dégradation du milieu doivent tendre à faire admettre que, même s'il est vrai que la nature doit être exploitée pour que l'homme puisse vivre, cette exploitation ne doit être ni totale ni destructrice. Que l'homme ne devrait pas s'enrichir aux dépens de la nature, ou en détruisant l'environnement, car cela pourrait, à la longue, entraîner l'extinction de l'humanité.

Dès lors se pose la grande question : qui aura la responsabilité de diriger l'éducation et la communication ? La réponse varie selon les écoles de pensée.

Certains estiment que c'est le gouvernement qui devrait en être le fer de lance, épaulé par les ONG. Le gouvernement devrait prendre l'initiative de la campagne chaque fois que son autorité est requise. A l'heure actuelle, le portefeuille de l'environnement en Tanzanie est détenu par le cabinet du vice-président.

Mais d'autres pensent que nos gouvernements ne sont pas des défenseurs convaincus de l'environnement et que la pratique de la corruption, qui a été observée et continue à l'être, fait qu'il est improbable que des politiciens (détenteurs du pouvoir) se mettent à fournir à la population des armes dont ils savent qu'elles finiront par se retourner contre eux. Alors, qui se chargerait de l'éducation ? Certains préconisent que cette charge soit confiée à des organismes non gouvernementaux, tels que les ONG, les associations des médias de l'environnement, les groupes de défenseurs de l'environnement dans tout le pays etc.

Mais, somme toute, nous ne devons absolument pas minimiser le rôle du gouvernement car, pour devenir exécutoires, certaines décisions exigent son intervention. Prenez l'exemple de la pêche aux explosifs en Tanzanie : les enjeux sont si importants que sans l'intervention du gouvernement les chances de résoudre le problème par un simple appel au bon sens et par la sensibilisation du public sont très minces. C'est un problème qui ravage nos côtes depuis quelques années et qui a largement contribué à accélérer l'érosion des plages. Le combat contre cette pratique désastreuse de pêcheurs sans scrupules exige des moyens conséquents. Indépendamment de l'éducation sur les effets de cette pratique, l'usage de l'autorité est également indispensable pour faire comprendre à ceux qui pêchent à la dynamite les fautes qu'ils commettent. Cela implique des poursuites judiciaires à l'encontre de ceux qui sont pris en flagrant délit.

En Tanzanie, le Conseil national degestion de l'environnement (NEMC), organisation semi-gouvernementale, est chargé de superviser les ONG les plus actives dans la lutte contre la dégradation du milieu côtier. Le NEMC n'existe que depuis quelques années, mais il effectue un bon travail de sensibilisation aux questions de l'environnement, au moyen des médias, comme la radio. Le Conseil a une émission régulière, diffusée une fois par semaine sur Radio Tanzanie Dar es-Salaam.

Par le canal du NEMC la Tanzanie participe aussi au programme de Gestion intégrée des régions côtières (SICOM) après avoir créé, en 1995, son programme national comme moyen de parvenir à l'utilisation durable des ressources côtières et marines. Des projets locaux de SICOM sont en cours d'exécution à Tanga, Kunduchi, Mafia et Mtawa ra/Lindi. Le programme de la SICOM fait appel à la population pour qu'elle comprenne les enjeux de la dégradation de l'environnement et qu'elle participe à la résolution du problème.

Pour leur part , les ONG font aussi du bon travail. Ce sont elles, par exemple, qui ont donné à la population du Rufiji la chance d'intenter un procès contre le projet des crevettes. Ce résultat a été obtenu à la suite d'une campagne concertée qui a décidé certains responsables des ONG à se rendre au Rufiji pour informer les gens des incidences du projet. Des séminaires et des ateliers ont également été organisés à cet effet.

CONCLUSION

Puisqu'il n'est pas possible de s'opposer à la recherche du profit, qui bouleverse les zones côtières, il est nécessaire d'harmoniser les efforts pour s'assurer que ces zones ne seront pas totalement dévastées. La population doit être amenée à comprendre que la surexploitation des ressources naturelles se retournera, à la longue, contre l'humanité. Les ONG devraient devenir le fer de lance de la campagne contre la dégradation de l'environnement côtier.

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